Vipere_poing

4ème de couverture :
Vipère au poing, c'est le combat impitoyable livré par Jean Rezeau, dit Brasse-Bouillon, et ses frères, à leur mère, une femme odieuse, qu'ils ont surnommée Folcoche.

Cri de haine et de révolte, ce roman, largement autobiographique, le premier d'Hervé Bazin, lui apporta la célébrité et le classa d'emblée parmi les écrivains contemporains les plus lus.

Mon avis :
Comment, pourquoi n'avais-je encore jamais lu ce livre ? Je ne sais... Je le connaissais pourtant : j'ai le souvenir de camarades de classe au collège qui devaient le lire, le résumer et nous en lire des passages...

Ce livre m'a emportée, je l'ai A.D.O.R.E. J'ai d'abord fait connaissance avec la Belle Angerie, la maison familiale :
" "La Belle Angerie" ? Un nom splendide pour séraphins déchus, pour mystiques à la petite semaine. Disons tout de suite qu'il s'agit d'une déformation flatteuse de "la Boulangerie". Mais ajoutons que "l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu", et l'altération du toponyme se trouvera justifiée, car je vous jure que Boulangerie ou Belle Angerie, on y a toujours fabriqué du pain azyme." (Le Livre de Poche - p.9)

Je me suis ensuite étonnée du "hasard" :
"Le hasard donc, le même hasard qui fait que l'on naît roi ou pomme de terre, que l'on tire une chance sur deux milliards à la loterie sociale, ce hasard a voulu que je naisse Rezeau, sur l'extrême branche d'un arbre généalogique épuisé, d'un olivier stérile complanté dans les derniers jardins de la foi. Le hasard a voulu que j'aie une mère." (Le Livre de Poche - p.13)

Et j'ai haï, avec le narrateur, cette mère insensible, cruelle, méchante et avare !
"Je me souviens, je me souviendrai toute ma vie, Folcoche... Les platanes, pourquoi portent-ils ces curieuses inscriptions, ces V.F. quasi rituels, que l'on pourra retrouver sur tous les arbres du parc, chênes, tulipiers, frênes, tous sauf un taxaudier que j'aime ? V.F... V.F... V.F... C'est-à-dire, vengeance à Folcoche ! Vengeance ! Vengeance à Folcoche gravée dans toutes les écorces, et sur les potirons de fin d'année, et sur le tufeau des tourelles, cette pierre tendre qui se laisse bien creuser à la pointe du canif, et même en marge des cahiers. Non, ma mère, cela n'est point, comme on vous l'a quelquefois prétendu, une ressource mnémotechnique : verbes français, ne pas oublier d'apprendre tes verbes fançais. Non, ma mère, il n'y a plus qu'un seul verbe qui compte ici, et nous le déclinons correctement à tous les temps. Je te hais, tu me hais, il la haïssait , nous nous haïrons, vous vous étiez haï, ils se haïrent ! V.F... V.F... V.F... V.F...
[...]
Je te cause, Folcoche, m'entends-tu ? Oui, tu m'entends. Alors je vais te dire "T'es moche ! Tu as les cheveux secs, le menton mal foutu, les oreilles trop grandes. T'es moche, ma mère. Et si tu savais ce que je ne t'aime pas ! Je te le dis avec la même sincérité que le "va, je ne te hais point" de Chimène, dont nous étudions en ce moment le cornélien caractère. Moi, je ne t'aime pas. Je pourrais te dire que je te hais, mais ça serait moins fort." (Le Livre de Poche - p.52-53)

J'ai également déploré (détesté) l'acceptation muette du père : "Au souper, papa ne put ne pas remarquer les traces du combat. Il fronça les sourcils, devint rose... Mais sa lâcheté eut le dessus. Puisque cet enfant ne se plaignait pas, pourquoi rallumer la guerre ?" (Le Livre de Poche - p.48)

A lire et relire !!

Ma note : 4.5/5