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4ème de couverture :
Sans le savoir, beaucoup de lecteurs connaissent déjà ce roman, tous ceux qui virent au cinéma Pather Panchali, qui signifie "La chantefable, ou la complainte du chantier". Ce récit, publié en 1929, nous permet de comprendre la vie des pauvres en pays bengali. De cette humble histoire s'élève un chant qui justifie le titre du roman. Il s'agit de la quête du bonheur, dans les pires conditions. Ce petit garçon que vous suivrez pas à pas, vous ne l'oublierez jamais.

Comme Swift, comme Alice au pays des merveilles, La complainte du sentier s'adresse à tous, les adultes n'y trouveront pas moins de joie que les enfants. C'est la marque des plus grands livres.

Mon avis :
Ce livre est tout simplement MAGIQUE, c'est un poème, c'est un conte, c'est à lire...

Dès la première phrase, le décor est planté "A la limite Nord du village de Nischindipour se trouvait la petite maison de briques qu'habitait Harihar Ray, chef de famille de condition modeste qui vivait chichement du revenu d'un carré de terre hérité de ses ancêtres et des dons annuels de quelques disciples" (Gallimard - p.15). Une famille pauvre donc, dans un petit village en pays bengali.

Dans la première partie du livre, nous faisons connaissance avec les membres de la famille : Indir Thakroun, tout d'abord, pauvre parente éloignée de la famille qui vit à leurs crochets. Elle a toujours espéré des jours meilleurs sans jamais les avoir... Elle entretient une relation très affective avec Dourga, la fille de la famille. Dourga, espiègle et très attachante Dourga au coeur d'or qui, dès la naissance de son frère Apou n'aura de cesse de satisfaire ses demandes. Apou, le fils, est le héros de l'histoire. Il y a aussi Sarvajaya, la mère qui paraît parfois cruelle, notamment avec Indir Thakroun mais cette rudesse est dictée, pour beaucoup, par la nécessité de préserver sa famille, de la nourrir et si, pour cela, il faut chasser une parente éloignée, et bien tant pis ! "Que les autres fassent l'expérience de son caractère ! Je n'en veux plus chez moi, elle qui n'a même pas pensé à mes enfants. Qu'elle ne mette plus les pieds ici ! Qu'elle aille mourir dans les ordures !" (Gallimard - p.41). Ray Harihar, le père, qui cherche en vain un travail stable.

Dans la deuxième partie du livre, c'est la vie d'Apou (et de Dourga) que nous suivons à travers les yeux de cet enfant. Les scènes de vie sont mises bout à bout sans vraiment de liant (ce qui m'a un peu gêné je dois l'avouer) mais elles sont racontées avec tellement d'innocence que l'on ne peut rester indifférent. Ainsi, le récit de la première fois où Harihar emmène son fils en tournée avec lui et qu'il découvre un "monde" au-delà de son village : "Tu avançais enfant... Tu ne savais pas ce qui se présenterait à tes yeux, le long du chemin. Tes grandes prunelles neuves dévoraient avec avidité tout ce qui t'entourait. Par ta joie tu es un explorateur, toi aussi. Pour découvrir ce bonheur inconnu faudrait-il parcourir la terre ? Non, cela n'a pas de sens. Là où je n'étais pas allé auparavant j'ai mis le pied aujourd'hui. Qu'importe que, dans l'eau de la rivière où je me suis baigné, dans le village dont l'air m'a réconforté quelqu'un soit ou ne soit pas venu avant moi ! Ce pays inconnu est dans mon expérience." (Gallimard - p.110).

Encore plus irrésistible, le passage où Apou découvre un secret dans un livre de son père : "Un jour, à cette heure-là, Apou s'était enfermé secrètement dans la pièce en l'absence de son père et avait ouvert subitement le coffre de livres. Avec une extrême avidité il s'était mis à feuilleter un livre après l'autre pour regarder les images et voir dans quel ouvrage il trouverait une belle histoire. Sur la page de garde de l'un il lut un titre Le Résumé de toutes les Connaissances. Il n'avait pas la moindre idée de ce que cela voulait dire ni de quoi il pouvait être question. Quand il ouvrit le livre, une quantité d'insectes, mangeurs de papier, s'envolèrent sans bruit des pages. Apou approcha le livre de son nez et le sentit. Quelle odeur de vieux ! Il adorait cette senteur des feuilles épaisses et couleur de terre qui lui rappelait son père.
La reliure de ce vieux livre était abîmé en bien des endroits. C'était ces anciens volumes-là qu'il préférait. Aussi, il le cacha sous son oreiller, rangea les autres dans la malle qu'il referma. Un jour, il tomba en lisant ce livre sur cette chose extraordinaire. Si on l'entendait dire on en serait stupéfait mais c'était écrit en toute lettre dans le livre ! Il le lisait de ses yeux." (Gallimard - p.154). Non, non, non je ne dévoilerais rien !

Pour tous les rêveurs, pour toutes les personnes qui ont gardé leur âme d'enfant et pour tous les autres, lisez-le...

Ma note : 4/5