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4ème de couverture :
Mangalam Shubam ! Que le bonheur vous sourie !
C’est ainsi que Basheer ponctue ses histoires, facétieuses et riches d’enseignements. Et pour leur donner une saveur plus épicée, il n’hésite pas à puiser dans sa vie de militant et de nomade.
Dans les Murs, par exemple, il profite de son séjour en prison à Trivandrum, capitale du Kerala, pour prendre à son compte une histoire d’amour née de la séparation qu’impose un mur entre les hommes et les femmes. La poésie naît d’une odeur de femme, et de l’imagination débordante du prisonnier.
Cocasses négociations conjugales, peurs ancestrales tutoyant parfois le fantastique, toute situation est bonne pour l’écrivain qui brosse ici un saisissant portrait de la société indienne.
Tour à tour sage et loufoque, curieux comme un beau diable, toujours bienveillant même quand il est ironique, Basheer charme la réalité comme on fait danser les serpents : par la seule musique de sa prose simple et magique.

Mon avis :
*** Attention **** Ce livre mérite toute votre attention !
Excellent, génial, superbe, je manque de qualificatifs pour exprimer combien j’ai apprécié ce livre, toutes les nouvelles sont extrêmement touchantes et les mots sont comme susurrés à l’oreille, on a envie que cela ne s’arrête jamais... C’est de la pure poésie ! Et, en plus, c'est drôle !
Le lecteur n'a pas une seconde de répit : les phrases sont courtes, le rythme est rapide, la rapidité étant accentuée par l'utilisation presque continuelle des formes interrogatives et exclamatives... Je ne me suis pas ennuyée une seule seconde ! 

Dans Les Murs, le narrateur est un prisonnier politique qui écrit des nouvelles et donne du réconfort à ses co-détenus en composant des histoires et en leur recommandant de toujours être heureux. "Je ne manque jamais une occasion de rire. Le rire est un cadeau singulier de Dieu à l’être humain." (Zulma - p.16).
"Je trouvais normal que des hommes condamnés à être pendus aux premières heures du jour puissent boire un verre de thé la nuit qui précédait leur exécution. Un gardien venait me prévenir et repartait avec le thé préparé pour le condamné, plus une ou deux bidis et des allumettes. Je faisais passer au malheureux un message l’exhortant au courage. Il existe deux façons d’aller à la mort, lui écrivais-je, en pleurant, ou en riant. Dans un cas comme dans l’autre, la mort sera au rendez-vous. Alors autant y aller en riant. Haut les cœurs !" (Zulma - p.37).
Un jour, il entend un rire de femme et sent une odeur... "Je fus soudain assailli par le plus affolant des parfums, une senteur féminine, une odeur de femme ! J'étais bouleversé. Tous les atomes de mon corps étaient en éveil. Mes narines se dilataient. J'inspirais, j'inhalais le monde entier. Où était-elle ? je regardai autour de moi. Personne, aucun signe !" (Zulma - p.21)... il découvre alors que seul un mur le sépare de la prison des femmes. Un jour, de l’autre côté de ce mur, une voix de femme s’élève...

Dans L'Anneau d'or, l'épouse du narrateur attend un enfant. Il parie avec elle sur le sexe de l'enfant à naître mais pour être certain d'être gagnant, il parie également avec des amis... mais a-t-il bien réfléchi ? Un passage m'a particulièrement fait rire : "- Mais tais-toi donc ! Il n’y a pas de quoi en faire toute une histoire ! Combien de millions de femmes ont accouché avant toi ? Je suis bien renseigné sur les douleurs de l’enfantement. Nous, les hommes, nous savons très bien de quoi il s’agit ! Silence ! Concentre-toi !" (Zulma - p.69).

Dans La lettre d'amour, un jeune homme, éperduement amoureux de sa voisine, veut la convaincre de l'épouser. Il semble bien maladroit... "Puis, pour donner un exemple de ce qu’il avançait, il avait raconté l’histoire d’un homme respectable qui avait sept épouses. La septième tomba un jour sur les marches en pierre du seuil et s’ouvrit le crâne. De retour de l’hôpital où il l’avait fait transporter, son mari rendit visite à un de ses bons amis, un célibataire endurci, et lui rapporta ce qui était arrivé.
- En fait, commenta-t-il quand il eut fini, ce n’est pas un accident bien grave.
- Mais tu ne m’as pas dit qu’elle s’est ouvert le crâne ?
- Si, et alors ?
- Est-ce que le cerveau était à nu ?
- Quel cerveau ? avait répondu l’homme aux sept épouses. Même le crâne ouvert, il n’y a rien à voir. C’est une femme, non ?"
(Zulma - p.92) et la belle est rebelle et même un peu cruelle !... Y arrivera-t-il ?

Cherchez le diable est une nouvelle différente, presque à contre courant des autres, dans la mesure où elle évoque la brutalité des hommes envers les femmes lorsqu'ils ne savent pas réfréner leur désir..."En vérité, des événements aussi terribles arrivent chaque jour, devant nos yeux. Mais si, mais si. Ce n’est pas d’hier qu’on offre à son ennemi sous couvert d’amitié de la nourriture empoisonnée. Et vous vous demandez encore qui sont les diables ?". (Zulma - p.144)

Dans La Lumière bleue, non, mais, vous ne croyiez tout de même pas que j'allais tout vous dévoiler, j'en ai déjà bien trop dit ! ... "Quelle assurance dans mes propos ! Cependant, je ne suis ni brave, ni poltron. J’ai peur comme tout le monde. Donc, tout bien considéré, je suis peut-être un poltron. Qu’auriez-vous fait à ma place ?" (Zulma - p.168)

Je l'ai lu en août 2008 et j'en garde un souvenir merveilleux...

Ma note : 5/5