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4ème de couverture :
Anna n'est pas qu'une femme, qu'un splendide spécimen du sexe féminin, c'est une femme dotée d'un sens moral entier, tout d'un bloc, prédominant : tout ce qui fait partie de sa personne est important, a une intensité dramatique, et cela s'applique aussi bien à son amour.
Elle n'est pas, comme Emma Bovary, une rêveuse de province, une femme désenchantée qui court en rasant des murs croulants vers les lits d'amants interchangeables. Anna donne à Vronski toute sa vie.
Elle part vivre avec lui d'abord en Italie, puis dans les terres de la Russie centrale, bien que cette liaison « notoire » la stigmatise, aux yeux du monde immoral dans lequel elle évolue, comme une femme immorale. Anna scandalise la société hypocrite moins par sa liaison amoureuse que par son mépris affiché des conventions sociales.
Avec Anna Karénine, Tolstoï atteint le comble de la perfection créative.
Vladimir Nabokov.

Mon avis :
"Toutes les familles heureuses se ressemblent. Chaque famille malheureuse, au contraire, l'est à sa façon." (Le Livre de Poche - p.17). Dès les premières pages, que dis-je dès la première phrase, je suis tombée sous le charme de ce livre ! J'ai été catapultée dans la Russie du XIXè siècle : ce n'est pas tant l'histoire d'Anna Karénine que Tolstoï nous conte, c'est une page d'Histoire à travers le destin de personnages tellement réels que je me suis demandé s'ils n'avaient pas tous existé ! En ce sens, je n'aurais pas du tout été surprise que ce livre soit sous-titré "Petite histoire de la Russie du XIXè siècle". Car, au-delà du tragique destin d'Anna Karénine, femme adultère qui quitte mari et enfant pour vivre en marge de la société avec son amant, c'est une multitude de personnages et de facettes de la Russie de son époque que nous présente cet auteur.

Tout au long du roman, presque sur chaque sujet abordé, Tolstoï nous montre une double vision des choses : 
Deux visions de l'adultère tout d'abord avec Anna Karénine et son frère (il est d'ailleurs assez curieux que ce soit précisément son frère). Anna trahit son mari et, bien qu'elle ne l'aime pas, se sent très coupable et mal à l'aise et ne peut être pleinement heureuse dans cette situation qui lui paraît injuste vis-à-vis de son conjoint et fourbe; elle préfèrera donc se séparer de lui, même si cela implique de quitter également son fils adoré ! Au contraire, son frère, Stépan Arkadiévitch, aime sa femme mais la trahit presque sans scrupule et s'étonne presque de sa réaction lorsqu'elle apprend sa trahison; dans son esprit, elle aurait dû se montrer plus indulgente ! "Il lui semblait même que Dolly, fatiguée, plus toute jeune, ni jolie ni remarquable en quoi que se soit, tout simplement bonne mère de famille, devait en toute justice se montrer indulgente." (Le Livre de Poche - p.20). Les deux conjoints respectifs réagissent d'ailleurs très différemment : Alexis Karénine fait tout d'abord semblant de ne rien voir, puis, lorsqu'il n'est plus possible de nier l'évidence, il va recherche un compromis avec Anna. Au contraire, Dolly, en l'apprenant, veut divorcer sur le champ !
Deux visions de l'amour ensuite. Celui d'Anna et de Vronskï, fulgurant, dévorant, exigeant  satisfaction en dépit des conventions, des usages et de la famille : un amour passion qui ne peut que consumer les amants ! A l'opposé, celui de Lévine et Kitty naît tout doucement, il apparaît calme, tout semble se faire selon les usages. Ces deux amours ne seront toutefois pas épargnées par la jalousie qui semble être un ingrédient très important des amours selon Tolstoï...
Deux visions de la vie également : celle des bourgeois et des nobles en ville, se grisant de fêtes et de sorties est en totale opposition à celle des propriétaires terriens vivant une vie laborieuse à la campagne beaucoup plus sobre et réfléchie. D'ailleurs, lorsque Lévine séjourne en ville, il se comporte totalement différemment et s'adonne à des distractions (et des dépenses) qui lui sont inconnues dans son domaine et qui lui paraîtraient d'ailleurs complètement hors de question !
Tolstoï aborde également quantité d'autres sujets : la naissance (là, encore avec deux naissances bien différentes !), la mort, l'économie du pays, la politique,... ce roman est tellement foisonnant qu'il est impossible de le résumer en quelques phrases : il faut le lire !

J'ai beaucoup aimé ce roman mais j'ai cependant trouvé certains passages extrêmement longs et descriptifs qui, à mon avis, n'apportent rien à l'histoire et l'allongent inutilement... Aussi, ces passages m'ont un peu gâché la lecture et c'est pourquoi, j'ai eu tant de mal à le finir !

Quelques passages très imagés, pour le plaisir...:
Une petite définition de l'adultère qui ne manque pas... d'appétit !
"- Voilà. Supposons que tu sois marié, que tu aimes ta femme, mais qu'entraîné par une autre...
- Excuse-moi mais je ne comprends pas du tout cela. Peut-on imaginer, par exemple, qu'un homme, après avoir bien dîné, puisse voler un pain à l'étalage d'un boulanger ?
Les yeux de Stépan Arkadiévitch brillaient plus qu'à leur ordinaire.
- Pourquoi pas ? Le pain a parfois une si bonne odeur qu'on ne peut résister à la tentation. "
(Le Livre de Poche - p.65)

Un amour naissant, interdit, mais qui, malgré la culpabilité, rayonne : "[...] Moi je suis un être qui a faim et à qui l'on donne à manger. Il a peut-être froid, son habit est peut-être déchiré et il en a honte, mais il n'est pas malheureux. Moi, malheureuse ! Non, tu es mon bonheur !" (Le Livre de Poche - p.244)

La jalousie, cette gâcheuse d'amour : "Ces scènes de jalousie, qui, ces derniers temps, devenaient de plus en plus fréquentes, l'effrayaient ; bien qu'il s'efforçât de ne pas le laisser paraître, bien qu'il vit en cela la preuve de l'amour d'Anna, il sentait se refroidir le sien. [...] Vronskï la regarda comme un homme regarde la fleur qu'il a arrachée. Dans cette fleur flétrie, il a peine à reconnaître la beauté à cause de laquelle il l'a cueillie et fait périr. Mais, alors qu'au moment où son amour pour Anna était le plus fort, il se sentait capable de l'arracher violemment de son coeur, maintenant qu'il lui semblait ne plus l'aimer, il avait conscience que le lien qui les unissait ne pouvait être brisé." (Le Livre de Poche - p.453-454) 

Un classique à découvrir, lorsque vous aurez des heures de lecture devant vous... ;-)

Plaisir de lecture :  lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation0_30lecture_notation0_30