Vie_choix

Editions : Editions des Deux Terres - Traduction : MANCEAU Simone - Titre original : A Golden Age - Nombre de pages : 420

4ème de couverture :
Ce matin de mars 1971, Rehana est heureuse : elle fêtera le soir même, comme chaque année, le retour de ses deux enfants - presque adultes maintenant - Sohail et Maya. Les roses de son jardin sont en fleurs. Mais après les dernières élections, un vent de changement souffle sur le Pakistan oriental. La région est à l’aube de sa révolution ; chacun va devoir choisir. Rehana, qui lutte seule pour protéger ses enfants, se trouve confrontée à cette vague de violence. Face au dilemme : « Quand on vous demandera ce que vous pensez de la guerre, si vous croyez au Bangladesh ou au Pakistan, que répondrez-vous ? » Rehana répondra : « Ce qu’il faudra. »

Mon avis :
J'ai vraiment beaucoup aimé ce roman : une belle plongée au cœur de la vie d'une femme qui fera tout pour sauvegarder ses enfants alors que l'Histoire de son pays est en plein bouleversement et que des événements terribles se profilent...

C'est le premier roman que je lis qui traite exclusivement de cette scission entre le Pakistan Occidental (qui deviendra le Pakistan) et le Pakistan Oriental (qui deviendra le Bangladesh) en nous donnant le point de vue Bangladeshi de la naissance du Bangladesh. J'ai trouvé ce roman très intéressant : il ne relate pas tous les événements historiques de cette guerre (comme le ferait un livre d'Histoire) mais il nous permet  d'entre-apercevoir ce qu'a été la vie d'une femme seule avec ses enfants dans ce pays en guerre et c'est ce que j'ai trouvé particulièrement notable : quels choix prendra-t-elle ? Jusqu'où est-elle prête à aller pour ses enfants alors que les temps sont troubles ?

Le roman commence en 1959 : Rehana vit à Dacca au Pakistan Oriental avec ses deux enfants : Sohail et Maya. Veuve depuis peu, sans argent, elle perd la garde de ses enfants ! La décision du tribunal est sans appel : ses enfants doivent aller vivre chez le frère de son défunt mari à Lahore, au Pakistan Occidental, à quelques 1 800 km de Dacca ! C'est un déchirement pour Rehana qui se recueille sur la tombe de son mari :
"Cher époux,
Nos enfants ne sont plus nos enfants."
(Editions des deux terres - p.17)

Mars 1971 : Rehana se prépare à fêter le dixième anniversaire du retour de ses enfants ! Car, en effet, elle les a récupérés; nous ne savons pas encore comment mais on devine que cela n'a pas été sans sacrifice... Pour l'heure, l'ambiance est à la fête : Rehana a invité des voisins, ses partenaires de rami, ses locataires, tous se réunissent pour passer un bon moment autour d'un biryani, de laddoos, de jelabis...
Mais la conversation tourne très vite autour des événements politiques en cours. Sohail et Maya, militants politiques très actifs dans leur université, souhaitent que le Pakistan oriental soit reconnu car, bien que fournissant de nombreuses matières premières au Pakistan occidental, celui-ci ne semble pas vouloir investir dans cette partie du pays et tend à le laisser sans infrastructure digne de ce nom. Quelle belle opportunité que l'élection à venir : et si le nouveau premier ministre était du Pakistan oriental ? Justement, il y a un candidat ! Mais le Pakistan Occidental n'est absolument pas prêt à laisser le pouvoir aux mains d'un Bangladeshi et celui-ci est arrêté... l'indépendance du Bangladesh est déclarée... la guerre commence le 25 mars par l'invasion du pays par l'armée du Pakistan Occidental.
"On imputa la faute à une surdité soudaine et collective. Sinon, comment expliquer les avions militaires qui avaient atterri à l'aéroport, les soldats à qui on avait dit qu'ils venaient sauver le monde ? Sinon, comment expliquer de n'avoir pas su, pas entendu ? Et plus tard, ils allaient dire qu'ils auraient dû entendre les oiseaux abandonner les arbres pour s'envoler vers l'est, et les grillons fuir, et les chauves-souris replier leurs ailes et les petits lézards vert tendre se cacher dans les fissures, sous les pantouflent."(Editions des deux terres - p.91)

Avril 1971 : La guerre s’installe. Sohail et Maya s’impliquent de plus en plus dans le soutien à leur pays, Rehana, elle, soutient ses enfants : elle accepte de cacher des armes et des médicaments chez elle…
"Lentement, la ville s’adapta à l’occupation. Comme elle s’adapta à la présence des soldats en faction au coin des rues, à leurs uniformes empesés, à leurs visages pâles et grimaçants. La ville s’adapta aux tanks, lourdement installés au milieu des routes, et aux check points où des soldats inspectaient les voitures, aboyaient des ordres à des conducteurs qui hochaient la tête et agitaient les bras pour assurer de leur innocence. La ville s’adapta aussi au silence, car il n’y avait plus ni discours, ni défilés, ni manifestations ; rien qu’un calme immobile et angoissant, interrompu deux fois par jour par la sirène du couvre-feu. Hormis cela, tout était fantomatique avec, pour marquer la limite entre le jour et la nuit, le bruissement des arbres et le grésillement du mois d’avril." (Editions des deux terres - p.113)

Mois après mois, nous suivons la vie de cette femme : ses secrets, ses combats, ses limites…

Lisez-le, même si, petit bémol (et oui, y'en a un), le style n'est pas forcément remarquable... ;-)

Un autre avis, celui de Naina.

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation0_30