Levi_Si_homme

Editions : Pocket - Traduction : de l'italien par Martine SCHRUOFFENEGER - Titre original : Se questo è un uomo - Nombre de pages : 315

4ème de couverture :
"On est volontiers persuadé d'avoir lu beaucoup de choses à propos de l'Holocauste, on est convaincu d'en savoir au moins autant. Et, convenons-en avec une sincérité égale au sentiment de la honte, quelquefois, devant l'accumulation, on a envie de crier grâce. C'est que l'on n'a pas encore entendu Levi analyser la nature complexe de l'état du malheur. Peu l'ont prouvé aussi bien que Levi, qui a l'air de nous retenir par les basques au bord du menaçant oubli : si la littérature n'est pas écrite pour rappeler les morts aux vivants, elle n'est que futilité."
Angelo Rinaldi

Mon avis :
"Indispensable", c'est le qualificatif que j'ai le plus souvent rencontré sur les différents blogs à propos de ce livre et "Indispensable", il l'est assurément. Primo Levi s'est donné pour objectif de témoigner des mois qu'il a passés dans le Lager de Monowitz à quelques kilomètres de la ville d'Auschwitz : sans jamais juger, sans aucune haine, sans reproche d'aucune sorte, il raconte ses journées de travail forcé dans le froid, la faim, la peur de la maladie ou des sélections d'où personne ne revient jamais. Chaque événement, chaque anecdote, nous amène à nous poser la question qui donne son titre au livre : "Si c'est un homme"...

Est-on toujours un homme lorsque qu'on vous enlève votre nom au profit d'un numéro ? "C'est Null Achtzehn. On ne lui connait pas d'autre nom. Zéro dix-huit, les trois derniers chiffres de son matricule : comme si chacun s'était rendu compte que seul un homme est digne de porter un nom, et que Null Achtzehn n'est plus un homme." (Pocket - p.60)

Est-on toujours un homme lorsqu'on nous ôte toute possibilité d'hygiène, de pudeur et de soin corporel élémentaire ? "[...] c'est justement, disait-il, parce que le Lager est une monstrueuse machine à fabriquer des bêtes, que nous ne devons pas devenir des bêtes; puisque même ici il est possible de survivre, nous devons vouloir survivre, pour raconter, pour témoigner; et pour vivre, il est important de sauver au moins l'ossature, la charpente, la forme de la civilisation. Nous sommes des esclaves, certes, privés de tout droit, en butte à toutes les humiliations, voués à une mort presque certaine, mais il nous reste encore une ressource et nous devons la défendre avec acharnement parce que c'est la dernière : refuser notre consentement. Aussi est-ce pour nous un devoir envers nous-mêmes que de nous laver le visage sans savon, dans de l'eau sale, et de nous essuyer avec notre veste. Un devoir, de cirer nos souliers, non certes parce que c'est écrit dans le règlement, mais par dignité et par propriété." (Pocket - p.57)

Est-on toujours un homme lorsqu'on n'a plus d'espoir et que le lendemain n'est qu'un autre mauvais jour à passer ? "Pour les hommes libres, le cadre temporel a toujours une valeur, d'autant plus grande que celui qui s'y meut y déploie de plus vastes ressources intérieures. Mais pour nous, les heures, les jours et les mois n'étaient qu'un flux opaque qui transformait, toujours trop lentement, le futur en passé, une camelote inutile dont nous cherchions à nous débarrasser au plus vite. Le temps était fini où les jours se succédaient vifs, précieux, uniques : l'avenir se dressait devant nous, gris et sans contours, comme une invincible barrière. Pour nous, l'histoire s'était arrêtée." (Pocket - p.181-182)

Est-on toujours un homme lorsque la faim nous pousse à espérer la mort de son voisin dans l'espoir d'avoir un supplément de ration alimentaire ? Est-on toujours un homme lorsque la solidarité n'existe plus, lorsque l'on fait de "chacun pour soi" sa devise ? Et peut-on, nous, juger de cela, nous qui n'avons pas connu ces terribles conditions de survie ?

Pour finir, est-on toujours un homme lorsque, pour "obéir" aux ordres ou par peur ou par paresse ou par facilité, on laisse faire, voire on favorise même les événements par son silence ou par sa "politique de l'autruche" ?

Ce livre est à lire également (et surtout) pour se souvenir, pour que personne n'oublie, pour que cela ne se reproduise pas et surtout pas pour comprendre car, comme Primo Levi le dit si bien dans la postface de l'édition Pocket que j'ai lue : "[...] comprendre, c'est presque justifier. En effet, "comprendre" la décision ou la conduite de quelqu'un, cela veut dire (et c'est aussi le sens étymologique du mot) les mettre en soi, mettre en soi celui qui en est responsable, se mettre à sa place, s'identifier à lui. Eh bien, aucun homme normal ne pourra jamais s'identifier à Hitler, à Himmler, à Goebbels, à Eichmann, à tant d'autres encore." (Pocket - p310)

Indispensable ! Pour tous ceux qui pensent avoir tout lu sur cette période et qui n'ont pas lu ce livre, je leur dirais juste une chose : la lecture de ce livre ne sera jamais de trop... ;-)

Plaisir de lecture :  lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation0_30

Ce livre a été lu pour la lecture de janvier du Blogoclub. Allez voir les autres avis chez Sylire et Lisa.

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