dublin

Editions : Nil - Traduction : de l'anglais (Irlande) par Michèle ALBARET-MAATSCH - Titre original : Christine Falls - Nombre de pages : 439

4ème de couverture :
"Dans le service de médecine légale, il faisait toujours nuit. C'était un des trucs qui plaisaient à Quirke dans son boulot - avec cette impression d'y perpétuer des pratiques ancestrales, des techniques secrètes, une oeuvre trop sombre pour être accomplie en pleine lumière."
C'est là, dans son repaire, un soir d'ivresse, que le cadarvre d'une inconnue déclarée morte dans de troublantes circonstances va obliger Quirke à sortir de l'ombre - à se lancer dans une enquête que tous cherchent à lui faire abandonner. Car cette enquête, qui met en cause l'Eglise toute-puissante des années 1950, menace de dynamiter la haute société catholique, de Dublin à Boston. Et de gangréner l'âme de sa propre famille, en réveillant ses blessures les plus enfouies.

Il est médecin légiste, veuf, misanthrope, souvent soûl - bref, pas très catholique. Avec Quirke, John Banville a créé un héros que vous allez adorer.

Mon avis :
Mon avis est assez mitigé concernant ce livre : je m'attendais à une véritable enquête policière et, en réalité, il n'y a pas vraiment d'enquête si ce n'est, peut-être, au coeur des souvenirs des personnages qui composent ce roman... Aussi, j'ai trouvé cette lecture certes agréable et non dénué d'intérêt mais sans surprise et je n'ai pas franchement réussi à adhérer complètement à l'histoire, parfois trop "guindée" à mon goût... D'ailleurs, après lecture, je me demande tout simplement si je ne suis pas passée à côté d'une partie du livre car la "menace de dynamiter la haute société catholique, de Dublin à Boston" ne m'a pas franchement frappée... alors qu'en revanche, j'y ai vu clairement la menace de "grangréner sa propre famille, en réveillant ses blessures les plus enfouies"...

Le roman commence par un prologue emprunt de mystère et très accrocheur : une femme, infirmière de son état, attend en faisant les cents pas sur une jetée : elle a accepté une mission qui lui fait peur... il fait nuit, une voiture s'arrête, une femme en sort et lui donne un bébé qu'elle devra emmener avec elle aux Etats-Unis...

Premier chapitre, changement de décor, Quirke, quelque peu éméché, entre dans "son" bureau, qui n'est autre que la morgue pour y découvrir son beau-frère Malachy (dit Mal) : que fait-il là ? En effet, si lui est médecin légiste, Mal est gynécologue : il aide donc à donner la vie et n'est pas sensé s'occuper des morts... Le lendemain, Quirke, se rend compte que le dossier d'une jeune fille a été falsifié et qu'"on" a ordonné le déplacement du corps... il n'en faut pas plus à Quirke pour soupçonner son beau-frère et pour se lancer dans une enquête : qui était cette Christine Falls ? Pourquoi son beau-frère veut-il cacher la véritable cause de son décès ? Qui est Dolly Moran et pourquoi veillait-elle sur Christine ? Au cours de son "enquête", Quirke se rapprochera de sa belle-soeur, la femme de Mal, qui était également la soeur de sa défunte femme et bien plus encore... A vouloir élucider ce mystère, Quirke ne se doutait pas qu'il allait devoir faire face à ses démons, reconnaître ses faiblesses et faire un retour sur son passé... Ainsi, comme je vous l'annonçais ci-dessus, il s'agit plus d'un retour sur le passé des personnages qu'une véritable enquête...

A savoir que ce livre constitue le premier volume d'une série à priori en cours de traduction dont Quirke sera un personnage récurrent. Je le retrouverai avec plaisir dans sa prochaine enquête... ;-)

Le début :
"Elle était contente de prendre le paquebot-poste du soir, parce qu'elle avait l'impression qu'un départ matinal aurait été au-dessus de ses forces. A la fête, la veille, un des étudiants en médecine avait sorti un flacon d'alcool à 90° qu'il avait mélangé à de l'Orange Crush et elle s'était enfilé deux verres de ce beuvrage, si bien qu'elle avait encore l'intérieur de la bouche irrité et qu'une sorte de tambour cognait derrière son front. Toujours dans le brouillard, elle avait passé la matinée au lit sans pouvoir fermer l'oeil et en larmes la moitié du temps, un mouchoir sur les lèvres pour étouffer ses sanglots. Quand elle pensait à ce qu'elle avait à faire le jour même, à ce qu'elle devait entreprendre, elle avait peur. Oui, peur." (Nil - p.9)

Morceau choisi :
"A cause de tout le gin qu'elle avait ingurgité, elle dut batailler pour trouver le trou de la serrure. Dans le vestibule, elle perçut un courant d'air venant du fond de la maison mais n'y prêta pas attention. Même lorsqu'elle constata que le transistor marchait doucement dans la cuisine - les Inkspots fredonnaient "It's a Sin to Tell a Lie" - , elle se dit qu'elle avait dû le laisser allumé avant de sortir et oublier de l'éteindre dans sa précipitation. Elle accrocha son manteau et gagna le salon. Là aussi, il régnait une fraîcheur inhabituelle; il allait falloir qu'elle pense à acheter une poêle électrique avant l'hiver, un de ces trucs avec une lumière rouge à effet de feu de bois. Elle était à genoux devant l'âtre et mettait du bois dans la cheminée en ce demandant où elle avait bien pu coller ces fichues allumettes quand elle les entendit derrière elle. Lorsqu'elle regarda derrière son épaule, ils étaient à l'entrée de la cuisine. Subitement, tout se ralentit, comme si un énorme moteur en elle était passé en mode ultra-lent. Elle s'étonna de remarquer autant de choses : sous la lumière électrique, les cheveux du gros avaient une vilaine couleur orangée, son pull informe était tricoté main, le type au nez crochu était plus rougeaud que jamais et, entre un doigt jauni par la nicotine et son pouce, c'était une cigarette roulée qu'il serrait. Elle vit aussi, très clairement, ce qu'elle savait ne pouvoir voir, le carreau cassé à l'angle de la porte du fond juste au-dessus du loquet, et elle sentit l'air de la nuit froide et noire s'engouffrer par le trou. Et pourquoi avaient-ils allumé le transistor ? Bizarrement, c'était le détail qui l'effrayait le plus, le transistor en marche avec ces Noirs qui chantaient d'une voix de fausset." (Nil - p.109-110)

Une petite déception donc mais une lecture tout de même bien agréable...  ;-)

Plaisir de lecture :  lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation0_30lecture_notation0_30

D'autres avis : Mango ("a bien aimé ce roman irlandais" mais s'est étonné de l'emploi du terme "infichu" : je n'ai pas pu ne pas le remarquer moi-même ayant lu l'avis de Mango avant de lire ce livre ;-)) et Cécile (qui a "passé un excellent moment de lecture").

logobob01Je remercies BoB ainsi que les Éditions Nil qui m'ont envoyé ce livre me permettant ainsi de découvrir cet auteur (plus connu sous le nom de John Banville et notamment pour son livre La mer pour lequel il a reçu le Booker Prize en 2005) et cette nouvelle série policière...

Le saviez-vous ? The Ink Spots est un groupe vocal de rhythm and blues américain, précurseur du doo-wop. Ils se sont formés à Indianapolis au tout début des années 1930. Spécialistes de la ballade sentimentale, ils sont l'une des rares formations à séduire un public noir comme un public blanc. Après de nombreux changements de personnels, ils se séparent en 1952.


The Ink Spots
It's a Sin to Tell a Lie