collins_blanc
Editions : Phébus libretto - Traduction : de l'anglais par L. LENOB -
Titre original : The Woman in White - Nombre de pages : 550

4ème de couverture :
Les Français avaient oublié ce roman, ancêtre de tous les thrillers, qui fascinait Borges et rendit jaloux Dickens. Il nous révèle une sorte de "Hitchcock de la littérature" : suspens, pièges diaboliquement retors, terreurs intimes, secrètes inconvenances - rien n'y manque. Pourtant le chef-d'oeuvre de Collins n'a jamais cessé d'être dans les pays anglo-saxons un succès populaire : l'un des plus sûrs moyens, en tout cas, d'empêcher l'innocent lecteur de dormir.

Mon résumé :
Walter Hartright, professeur de dessin à Londres, nous livre un récit étonnant... Un soir, comme deux soirs par semaine, il se rend chez sa mère et sa soeur et a la surprise d'y trouver son ami Pesca. Ce dernier lui a trouvé une place de maître de dessin auprès de deux jeunes filles à la campagne, place "de rêve" pour un homme dans sa situation. Alors qu'il doit se rendre à Limmeridge House pour y prendre ses fonctions, il rencontre, en pleine nuit, sur une route déserte, une mystérieuse dame vêtue de blanc qui semble bien apeurée (elle craint un certain "baronnet" sans toutefois citer son nom) et, coïncidence assez curieuse, semble bien connaître Limmeridge House...
"Je me retournais vivement, les doigts crispés sur le pommeau de ma canne.
Là, derrière moi, au milieu de la nuit, se tenait une femme, sortie de terre comme par miracle ou bien tombée du ciel. Elle était tout de blanc vêtue et, le visage tendu vers moi d’un air interrogateur et anxieux, elle me montrait de la main la direction de Londres. J’étais bien trop surpris de cette soudaine et étrange apparition pour songer à lui demander ce qu’elle désirait. C’est elle qui parla la première.
- Est-ce la route de Londres ?
Je la regardai avec attention, étonné de sa singulière question. Il était alors près d’une heure. Je distinguai au clair de lune un visage jeune, pâle, maigre, fatigué ; de grands yeux au regard grave, des lèvres frémissantes et des cheveux d’un brun doré. Il n’y avait rien de vulgaire ni de grossier dans ses manières ; elle était calme et semblait pleinement maîtresse d’elle-même. Quelque chose en elle évoquait la mélancolie, une certaine méfiance peut-être. Sans avoir l’attitude d’une lady, elle n’avait rien d’une femme de basse extraction. La voix, pour le peu de paroles que j’avais entendues, m’avait parue curieusement éteinte et mécanique, malgré une élocution rapide. Elle tenait à la main un petit sac, et ses vêtements, d’après ce que je pus en juger, n’étaient pas luxueux. Elle était mince, et de taille plutôt supérieure à la moyenne. Sa démarche et ses gestes étaient tout à fait normaux. Ce fut tout ce dont je pus me rendre compte dans la demi-obscurité et dans l’étonnement où me plongeait presque jusqu’à l’étourdissement cette rencontre inattendue, bizarre. Quelle sorte de femme était-ce ? Et comment se trouvait-elle seule, sur la grand-route, en pleine nuit ? J’étais incapable de le deviner. J’étais certain d’une seule chose : l’homme le moins pénétrant ne se serait pas trompé sur le sens de ses paroles, même à cette heure suspecte et en ce lieu désert."
(Phébus libretto - p.24-25)

Absolument pas échaudé par cette rencontre, il se rend à Limmeridge House où il fait la connaissance de ses deux élèves : Marian Halcombe, vive, brillante mais fort peu gracieuse et sa ravissante demi-soeur Laura Fairlie. Très vite, il tombe sous le charme de Miss Fairlie mais cet amour, bien que partagé, ne peut s'épanouir puisque Laura est déjà fiancée avec un baronnet (tiens, tiens...), Sir Percival... Walter décide, sur les conseils avisés de Marian, de quitter la demeure malgré le contrat qui le lie à Mr Fairlie, l'oncle et tuteur désagréable, vaniteux et hypochondriaque de Laura et malgré son profond attachement pour Laura...

Je vous laisse découvrir la suite...

Mon avis :
Tout d'abord j'ai beaucoup aimé la construction du livre : comme devant un tribunal (c'est le préambule qui le dit), l'histoire est écrite par des personnes différentes, relatant chacune les périodes de l'histoire dont elles ont été le témoin direct ou au cours desquelles elles ont eu un rôle a joué. Nous avons donc une alternance de récit, pages de journal ou même lettres constituant l'ensemble de "l'affaire"... Je déplore cependant l'utilisation d'un style constant dans les différents récits : en effet, on peut supposer qu'une femme dynamique comme l'est Marian n'a pas la même façon de s'exprimer que Walter Hartright; or, alors même que la forme est différente (confession au sein de pages d'un journal pour l'une, récit pour l'autre), je n'ai pas senti de différence notable dans le style de la narration...

Ensuite, j'ai adoré cette plongée dans l'Angleterre du XIXème siècle; Collins, et je ne suis pas la seule à le penser (loin de là !) a un talent certain pour brosser le portait de la société de son époque : sens de l'honneur (pour les gentils seulement), respect des convenances et de la parole donnée (Laura est ainsi obligée d'épouser un homme bien plus vieux qu'elle et dont elle ne sait rien car son père a donné sa parole !!), esprit de chevalerie... autant de moeurs délicieusement désuètes très divertissantes à lire mais que je ne cautionnerais en aucun cas de nos jours ! De même, les descriptions des personnages sont très fouillées, même les personnages secondaires, ce qui leur donne du volume et rend leur participation à l'histoire plus intéressante.

Par ailleurs, si je trouve l'idée de départ très originale et l'intrigue bien menée (je n'avais absolument pas deviné "le secret"), j'ai trouvé que nous étions assez loin de l'ambiance à la Hitchcock promise par la quatrième de couverture : point de sentiment d'oppression, point de suspense me tenant éveillée une partie de la nuit... Aussi, bien entendu j'ai été déçue !!

Enfin, et là, c'est mon côté "marre de la dictature des belles cruches plantes" qui parle et on a tout à fait le droit de ne pas être d'accord, j'ai trouvé l'histoire d'amour totalement nunuche et je regrette que le choix de Walter se soit porté sur Laura, belle et riche, certes, mais que je trouve si peu intéressante (et nunuche aussi d'ailleurs) par rapport à Marian, pleine de bon sens, dynamique mais qui, elle, est laide et sans le sou !

J'ai lu ce livre dans le cadre d'une lecture commune avec Manu et Karine:) : qu'en auront-elles pensé ?  ;-)

A lire pour la plongée dans Le XIXème siècle, pour la narration et, aussi, pour l'intrigue...  ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation05_30lecture_notation0_30

classiques

Ce livre a également été lu dans le cadre du challenge "J'aime les classiques" organisé par Marie L.: allez voir son récapitulatif chaque fin de mois, avec tous les articles des participants publiés dans le mois : Les Carabistouilles de Marie L.

Pour la petite histoire 1 :
Sarah Waters est fréquemment présentée par les critiques comme une W. Wilkie Collins contemporaine et, là, si je peux émettre un avis, à choisir, je préfère sans doute possible Sarah Waters !

Pour la petite histoire 2 :
Une nuit d’été 1855, Wilkie Collins, son frère Charles et le peintre préraphaélite J. E. Millais sont en promenade dans Londres. A la grille d'une grande maison de Regent's Park, une jeune femme en blanc, très belle, les supplie de lui venir en aide avant de disparaître. Fasciné Collins mène l’enquête pour découvrir que son apparition, Caroline Graves est séquestrée avec son bébé par un mari à demi-fou. Il la délivre et devient son amant jusqu’à sa mort en 1889. Ce qui aurait pu rester un fait divers romanesque inspire à Collins l’intrigue de son premier chef-d’oeuvre: La Dame en Blanc, publié d'abord en feuilleton dans All the Year Round de novembre 1859 à octobre 1860. (source : Authologies)