maruzza

Editions : Fayard - Traduction : de l'italien par Dominique VITTOZ - Titre original : Maruzza Musumeci - Nombre de pages : 157

4ème de couverture :
Pauvre émigré sicilien, Gnazio Manisco a réussi en Amérique. Mais quand il refuse un service à la mafia, il sait que ses jours sont comptés et décide de rentrer au pays. De retour à Vigàta, il acquiert une terre en bordure de mer, dont on murmure que le propriétaire précédent est mort d’avoir surpris une étrange créature pleurant sous l’olivier millénaire. Grâce à l’entremetteuse du village, Gnazio pourrait épouser Maruzza Musumeci, une femme d’une grande beauté qu’un trouble peu banal retient jusque-là de se marier : elle se prend pour une sirène. Gnazio est-il l’homme qui saura la convaincre du contraire ?
Entre récit romanesque et conte fantastique, Maruzza Musumeci narre avec sensualité et truculence la destinée d’une famille sicilienne, de 1895 à 1943.

20080506_Sicile_051Mon avis :
"J'ai voulu réentendre un conte de fées", nous dit l'auteur et c'est bien de cela dont il s'agit... où commence la réalité et où finit l'imaginaire, la légende, le mythe... et est-il vraiment nécessaire de le découvrir ?
Gnazio Manisco est élevé par sa mère à Vigàta, en Sicile : jusqu'à ses vingt ans, il se loue comme ouvrier agricole avec une brigade de saisonniers, des peineux que "même Dieu oublient qu'ils existent". De son père, il ne connait que le nom, celui-ci ayant jugé bon d'aller faire fortune aux Etats-Unis alors que Gnazio n'était pas encore né !
A vingt ans, muni du petit pécule que sa mère a réussi a économisé durant sa vie, il part aux Etats-Unis où il vit près de vingt-cinq ans mais jamais ne lui vient l'idée de se marier là-bas car "Se marier aux Amériques signifiait mourir aux Amériques, et lui ne voulait pas mourir aux Amériques, il voulait mourir en Sicile, fermer les yeux pour toujours devant un olivier de chez lui." (Fayard - p.15).
De retour au pays, il achète un terrain en bordure de mer (bien qu'il déteste tout se qui se rapporte à la mer) mais où se dresse un olivier qui, dit-on a plus de mille ans : "C'était bien là un arbre qu'on voudrait avoir sous les yeux au moment de mourir." (Fayard - p.20)  ! Installé, il ne lui manque plus alors qu'une femme mais alors qu'il a maintenant quarante-sept ans, comment trouver la perle rare ? C'est la mère Pina, guérisseuse en tout genre et, à ses moments perdus, entremetteuse qui prend l'affaire en mains : elle lui présente alors Maruzza, une beauté sans pareille mais qui, certains jours, se prend pour une sirène...
Je vous laisse découvrir la suite...

C'est Kathel qui, sans le savoir, m'a donné envie d'ouvrir ce livre et je l'en remercie car j'ai vraiment beaucoup aimé cette lecture. Après un petit temps d'adaptation pour bien appréhender l'argot/patois sicilien (et là, je suis bien d'accord avec Kathel, traduit avec brio par D. Vittoz), je suis restée scotchée à ma lecture, me laissant bercer par cette histoire si belle malgré son langage si âpre... Je n'ai eu aucun mal à me transposer dans ce petit village de Sicile, sous l'olivier millénaire de ce terrain en bord de mer, peut-être parce que cela m'a rappelé mes vacances siciliennes ou peut-être tout simplement parce que j'avais envie d'y croire... ;-)

C'était la première fois que je lisais un roman de cet auteur et j'ai bien envie de continuer ma découverte avec, notamment, ses policiers qui se déroulent également dans la région imaginaire de Vigàta...

Morceau choisi :
20080506_Sicile_052"La mère Pina, soixante-dix ans, teint cireux, et corps recrénillé comme un vieux sarment, était toujours gaunée avec la même robe, noire autrefois, qui tirait sur le verdâtre, d'un grand châle qui lui arrivait aux chevilles et d'un foulard couleur crotte de chien malade, sous lequel elle cachait ses cheveux blancs. Elle coltinait toujours sur son dos un sac rempli d'une bardouflée de plantes. Elle partait à pied de Gallotta, un village sur la montagne, avant le lever du soleil, pour faire sa tournée à Vigàta. Car la mère Pina savait des plantes pour tout, chez l'homme comme chez la femme.
Mal de tête ? Mal de ventre ? Mal à la poitrine ? Mal aux yeux ? Mauvais sort ? Manque d'appétit ? Manque de vigueur dans la troisième jambe ? Sang du mois trop abondant ? Grossesse qui ne venait pas ? Fluxions qui ne passaient pas ? Difficulté à caquer ? Rhume rebelle ? Amour malheureux ? Tromperie conjugale, masculine ou féminine ? Brouilles familiales ? Vieillards qui rechignaient à défunter ? Jeunettes qui avaient mis au levain et ne voulaient pas l'enfant ? Mal de dents ? Etourdissements ?
Les plantes de la mère Pina soignaient tout cela et le reste. Mais, en cas de besoin, l'ancienne pratiquait un autre métier. A force de courater par monts et par vaux, elle connaissait son monde comme personne, c'est pourquoi, à ses moments perdus, elle acceptait d'arranger des mariages."
(Fayard - p.28-29)

A lire absolument ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation05_30

Challenge du 1% littéraire : 5/7    challenge_du_1_litteraire_2009

Les photos illustrant cet article sont de moi et ont été prises à Agrigente en Sicile, région natale d'Andrea Camilleri dont il se serait inspiré pour nous régaler des paysages de Vigàta... Comment ça vous ne voyez pas la mer ? Mais, si, tout au fond... regardez mieux ! ;-)