hiraide
Editions : Picquier poche - Traduction : du japonais par Elisabeth SUETSUGU -
Titre original : Neko no kyaku - Nombre de pages : 131

4ème de couverture :
Voici un roman touché par la grâce, celle d'un chat "si petit et si frêle qu'on remarquait tout de suite ses oreilles pointues et mobiles à l'extrême".
Quand un jeune couple emménage un jour dans le pavillon d'une ancienne demeure japonaise, il ne sait pas encore que sa vie va s'en trouver transformée. Car cette demeure est entourée d'un immense et splendide jardin, et au coeur de ce jardin, il y a un chat. Sa beauté et son mystère semblent l'incarnation même de l'âme du jardin, gagné peu à peu par l'abandon, foisonnant d'oiseaux et d'insectes. Tout le charme infini de ce livre tient dans la relation que le couple va tisser avec ce chat qui se fond dans la végétation exubérante pour surgir inopinément, grimpe avec une rapidité fulgurante au sommet des pins gigantesques, frappe à la vitre pour se réconcilier après une brouille. Un charme menacé, car ce qui éveille en nous la beauté et appelle le bonheur est toujours en sursis...
Hiraide Takashi, qui est avant tout poète, a insufflé une lumineuse et délicate magie à cette histoire du "chat qui venait du ciel", son premier roman, largement autobiographique.

Mon avis :
chat8Tout d'abord, j'adore les chats !
Ensuite la couverture m'a plu (Chat et poissons de Georges Manzana-Pissarro, un des fils de Camille Pissarro).
La quatrième de couverture qualifiant ce récit de "roman touché par la grâce" a bien entendu joué.
L'auteur est japonais et, comme depuis quelques mois je suis en pleine découverte du Japon, cela semblait tout indiqué...
Et, enfin, les nombreux avis plus qu'élogieux sur ce livre que j'ai lus ont achevé de me convaincre : ce livre était fait pour moi !!
Ainsi, un jour de juillet 2009, j'ai acheté ce roman... Mais, commencé à de nombreuses reprises depuis son achat, je reposais à chaque fois le livre me disant que cela n'était pas le bon moment... Puis, il y a quelques jours, je le lis, pour de bon cette fois, m'obligeant à aller jusqu’au bout pour le cas où le déclic arriverait un peu plus loin... mais, non, la magie n'a pas opéré et je suis déçue et je suis déçue d'être déçue parce que, vraiment, ce livre aurait dû me plaire...

L'histoire est assez simple : le narrateur, poète, et son épouse s'installent dans un pavillon à l'arrière d'une petite propriété. Sans enfant, ils vont très vite s'attacher au ravissant petit chat des voisins, Chibi. Assez singulier et mystérieux, Chibi, comme beaucoup de chat, est indépendant, il ne miaule pas, ne se laisse pas prendre dans les bras mais ne manque jamais de leur rendre visite chaque matin, réclamant à boire et à manger... Le roman raconte les nombreux moments partagés avec le félin, ce dernier devenant très rapidement le centre des préoccupations du jeune couple, prenant la place de l'enfant qu'ils n'ont pas eu. Mais un jour le chat meurt brutalement...
" "Et le chat ?
- Il est mort.
- Quand ça ?
- Dimanche !" a répondu la petite voix pleine d'entrain.
J'ai demandé : "Pourquoi ?
- Je ne sais pas."
Ignorait-il la raison, ou bien ne comprenait-il pas le sens du mot "mort" ? Toujours est-il que la réponse était nette et joyeuse.
Violemment, j'ai fermé les volets de la demeure les uns après les autres et je suis parti. De retour au pavillon, tout en faisant claquer mes socques sur le sol que je foulais exprès avec bruit, j'ai annoncé à ma femme le mort du chat, comme si je lui en voulais."
(Picquier poche - p.80-81)
Commence alors une période de deuil pour le narrateur et sa femme qui ne pourront même pas aller se recueillir sur la tombe de cet être cher car, après tout, ce chat n'était pas le leur... Hélas, les propriétaires de la maison qu'ils louent souhaitent vendre leur bien et le jeune couple doit alors déménager et, ainsi, quitter le lieu que le petit animal continue de hanter par son souvenir mais également parce qu'il est enterré dans le jardin... ses deux personnages vont devoir réapprendre à vivre... sans Chibi.

chat11Sans aucun doute, l'écriture est très belle, très poétique mais je n'ai pas été sensible à la magie du récit. Certes le jardin semble très beau, les descriptions des insectes (nous assistons notamment à l'envol d'une libellule) et surtout du chat en font des êtres magiques, presque irréels, "le passage de l'Eclair" même, la rue où habite le couple, est également une invitation à la rêverie mais j'ai trouvé le roman assez creux et monotone... De même, les trop nombreuses contemplations du poète dans son jardin m'ont parfois bien ennuyée !

Par ailleurs, et bien que je comprenne que ce couple considérait ce petit chat comme leur propre enfant, j'ai trouvé un peu disproportionnée la place que Chibi occupait dans leur vie et assez glauque leur persistance à vivre dans son souvenir, allant même jusqu'à rechercher un appartement qui leur permette de voir l'arbre sous lequel le chat est enterré... Sans doute que le fait d'avoir des enfants moi-même ne me permet pas de comprendre la place que peut prendre un animal dans la vie d'un couple qui n'a pas cette chance mais cela m'a tout de même paru quelque peu étrange.

Pour finir, Hiraide fait appel à de nombreuses références culturelles pour étayer son récit, expliquer son ressenti et les relations qu'il entretient avec Chibi : ainsi, par deux fois, il mentionne Machiavel, fait référence à Léonard de Vinci, aux contes et lithographies japonais et passe même quelques lignes à nous expliquer comment mesurer un arbre... Au final, qu'apportent ces références au récit ? Je dois reconnaître que je n'en sais rien... encore quelque chose que j'ai dû louper car, au risque de paraître extrêmement sévère, je n'y ai vu qu'un moyen de remplir le vide du récit voire d'y étaler sa culture...   

Morceau choisi (une très belle description féline) :
chat9"Ce Chibi était une merveille : la robe blanche parsemée de taches rondes d'un gris noir légèrement nuancé de marron clair comme il est fréquent d'en voir au Japon, il était mince et élancé, et réellement tout petit.
Ce qui le différenciait des autres chats, c'était précisément son extrême minceur, si petit et si frêle qu'on remarquait tout de suite ses oreilles pointues et mobiles à l'extrême. En dehors de cette particularité, on se rendait compte immédiatement qu'il n'était pas du genre à se frotter aux jambes d'un humain. J'ai d'abord cru que s'il ne s'approchait pas de moi, c'était parce que je n'avais pas l'habitude des chats, mais il n'en était rien. Une fillette s'était accroupie dans le passage de l'Eclair pour l'observer, il n'a pas chercher à fuir, mais à l'instant où elle faisait mine d'approcher, il l'a esquivé avec une vivacité presque coupante. J'ai senti briller dans ce refus un éclat pâle et froid.
J'ajouterai qu'il ne miaulait pour ainsi dire jamais. Quand il avait fait son apparition dans la sente de l'Eclair, j'avais cru entendre quelques faibles sons, mais par la suite il n'a plus jamais miaulé. A croire qu'il voulait nous habituer à l'idée qu'il ne nous ferait bientôt plus entendre sa voix.
L'attention qu'il portait aux choses se déplaçait avec une rapidité étonnante, caractéristique qu'il n'a pas perdue, même en grandissant. Etait-ce le fait de jouer seul la plupart du temps dans l'immense jardin qui lui avait appris à réagir avec vivacité aux insectes et aux lézard. J'avais presque fini par croire qu'il était sensible aux métamorphoses invisibles du vent ou la lumière. Car s'il est courant d'observer ce trait chez les chatons, les réactions de Chibi étaient d'une acuité sans pareille."
(Picquier poche - p.14 - 15)

 

Personnellement, je ne le recommande pas mais allez lire les autres avis plus enthousiastes que le mien, ils sont bien plus convaincants... ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation0_30lecture_notation0_30lecture_notation0_30lecture_notation0_30

D'autres avis dont certains sont largement plus enthousiastes que le mien : Chatperlipopette, Isabelle, Kalistina, Manu, Papillon et Uncoindeblog.

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Toutes les peintures présentées sur cet article sont de Laurence Nolleau, dont j'adore les toiles, particulièrement ses chats graphiques musiciens. Je vous invite vivement à visiter son site : http://www.peinturedechats.fr/