Coeur_cousu
Editions : Folio - Nombre de pages : 440

4ème de couverture :
Dans un village du sud de l'Espagne, une lignée de femmes se transmet depuis la nuit des temps une boîte mystérieuse... Frasquita y découvre des fils et des aiguilles et s'initie à la couture. Elle sublime les chiffons, coud les êtres ensemble, reprise les hommes effilochés. Mais ce talent lui donne vite une réputation de magicienne, ou de sorcière. Jouée et perdue par son mari lors d'un combat de coqs, elle est condamnée à l'errance à travers une Andalousie que les révoltes paysannes mettent à feu et à sang. Elle traîne avec elle sa caravane d'enfants, eux aussi pourvus - ou accablés - de dons surnaturels.
Carole Martinez construit son roman en forme de conte : les scènes, cruelles ou cocasses, témoignent du bonheur d'imaginer. Le merveilleux ici n'est jamais forcé: il s'inscrit naturellement dans le cycle de la vie.

Mon avis :
Que dire ? Combien de coups de coeur ce livre a suscités dans le blogosphère ? Je ne les ai pas comptés mais, assurément, ce roman a été apprécié par une grande majorité de la blogosphère ! Et on comprend pourquoi : un style merveilleux, magique, emprunt de poésie, de rêve, de magie, d'imaginaire, et une histoire peu commune qui pourrait, sans conteste, être tout droit sortie des Milles et une Nuit... C'est un conte exceptionnel que nous propose Carole Martinez dont l'écriture est si maîtrisée qu'il est difficile de l'imaginer en premier roman...

Oui, mais ? Car il y a, en effet, un "mais" et j'en suis la première étonnée : j'ai eu beaucoup de mal à adhérer à l'histoire, alors même que je trouve le style magnifique si bien que je me suis demandé ce qui m'arrivait car chaque phrase (ou presque) était un enchantement...
Alors, quoi ? A vrai dire, je ne l'explique pas vraiment si ce n'est que j'ai trouvé le destin de ces femmes un peu trop triste peut-être et sans doute un peu trop inimaginable... Car, ne vous y trompez pas : merveilleux et magique ne veux pas dire "heureux" ainsi, dans ce roman, les destins sont tragiques, la mort cotoie les enfants, la folie du jeu s'empare des êtres, la révolution entraîne son lot de malheurs, l'ogre rode et l'avenir est loin d'être tout tracé... "Damnée ! Notre lignée est damnée ! Grouillante d'histoires sans queue ni tête dans lesquelles nous étouffons, grouillante de fantômes, de prières, de dons qui sont autant de plaies.
Nous voilà, nous avançons en marge de nos vies, en marge du monde, incapables d'exister pour nous-mêmes, portant des fautes que nous n'avons pas commises, pliant sous un destin de plomb, sous le fardeau des siècles de douleurs, de croyances, qui nous ont précédées !"
(Folio - p.379).

Sans doute, parais-je bien sévère pour un livre si unanimement encensé mais sachez que je suis la première étonnée et, alors que j'ai refermé ce roman il y a seulement quelques heures, je me demande si j'avais choisi le bon moment pour le lire... car je n'arrive pas vraiment à expliquer mon indifférence à cette histoire... L'histoire du coqueleux m'a paru bien abracadabrante, Fraquista m'a paru bien étrange parfois, le destin tragique d'Angela à la voix si ensorcellante ne m'a pas ému, les dessins de Pedro El Rojo capables de provoquer une folie meurtrière chez leur concepteur ne m'ont pas convaincus... En revanche, les histoires d'Anita la conteuse m'ont fait sourire, les baisers de Moritio m'ont bien refroidis et la plume de Soledad m'a bien charmée... ;-)

Le début, bien enchanteur :
"Mon nom est Soledad.
Je suis née, dans ce pays où les corps sèchent, avec des bras morts incapables d'enlacer et de grandes mains inutiles.
Ma mère a avalé tant de sable, avant de trouver un mur derrière lequel accoucher, qu'il m'est passé dans le sang.
Ma peau masque un long sablier impuissant à se tarir.
Nue, sous le soleil peut-être verrait-on par transparence l'écoulement sableux qui me traverse.
LA TRAVERSEE
Il faudra bien que tout ce sable retourne un jour au désert."
(Folio - p.11)

Morceau choisi :
"Par où commencer ?
Malgré tous ces mots déjà couchés sur le cahier, voilà que se pose la question d'un début.
Nous partîmes droit devant nous dans la trace de notre mère.
On dit que j'étais là déjà, dans la chair, sous les fleurs de tissu. Et ensuite ?
Ensuite, l'espace démesuré et le temps pelotonné, pas de commencement. Un point unique tenant l'infinité des mondes ensemble. Un point relie nos tissus de chair et de mots. Un point, un noeud à défaire pour que la vie soit.
Commençons par le milieu du voyage."
(Folio - p.215)

A lire, sans doute, mais qui ne l'a pas encore lu ? ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation05_30lecture_notation0_30lecture_notation0_30

Ce livre a été lu dans le cadre d'une lecture commune : allons voir ce les autres lectrices en auront pensé : L'or des chambre, Sandy, Pickwick , Anjelica et Delphine.