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Editions : Folio - Traduction : de l'anglais par Jean GATTEGNO - Titre original : The Picture of Dorian Gray - Nombre de pages : 378

4ème de couverture :
Le héros de l'unique roman d'Oscar Wilde doit rester éternellement jeune : son portrait seul sera marqué progressivement par le temps, les vices, les crimes, jusqu'au drame final.
Dans ce chef-d'oeuvre de l'art fin de siècle (1890), l'auteur a enfermé une parabole des relations entre l'art et la vie, entre l'art et la morale, entre le Bien et le Mal. Les apparences du conte fantastique, et du roman d'aventures, où le crime même ne manque pas, fascinent le lecteur ébloui par les dialogues étincelants de l'auteur de théâtre, les paradoxes de l'esthète, la phrase du poète. La tragédie vécue par l'écrivain, le bagne, le déshonneur, la mort prématurée laissent ainsi, lisse et pur, son roman unique.

Mon résumé :
Dorian Gray est beau, si beau que Basil Hallward, son ami, peintre de profession, le considère comme "son art", c'est par lui que son art peut s'exprimer et se développer : il lui est devenu "indispensable" pour peindre et ses oeuvres les plus réussies ne le sont que parce que Dorian Gray est à ses côtés lorsqu'il les a peintes... Complètement fasciné par le jeune homme, il décide de faire son portrait, portrait qu'il se refuse d'exposer car, de son propre aveu, il y a mis trop de lui-même...
Un jour, dans l'atelier même du peintre, Dorian Gray est présenté à Lord Henri Wotton, gentilhomme quelque peu désabusé. Dès cette première rencontre, Lord Wotton est fasciné par la personnalité du jeune homme et décide de façonner Dorian, d'influencer cette pure personnalité, conscient (et s'en amusant) qu'en faisant cela il va corrompre l'âme du jeune homme mais où serait le sel sans cela ?
"[...] influencer une personne, c'est lui donner son âme. Elle ne pense plus par ses propres pensées, elle ne brûle plus de ses propres passions. Ses vertus n'ont plus d'existence propre. Ses péchés, pour autant que le péché existe, sont empruntés Elle devient l'écho de la musique d'un autre, elle joue un rôle qui n'a pas été écrit pour elle." (Folio - p.75)

Dorian se laisse flatter par Lord Wotton et est bientôt séduit par les théories sur la jeunesse et le plaisir de ce nouvel ami... Et son influence fonctionne, dès le premier jour de leur rencontre, il arrive à lui instiller la peur de vieillir. "Un jour, quand vous serez vieux, flétri et laid, quand les pensées auront marqué votre front de leurs rides et que la passion aura marqué vos lèvres de ses feux hideux, vous l'éprouverez, vous l'éprouverez atrocement. Pour le moment, où que vous alliez, vous charmez le monde entier. En sera-t-il toujours ainsi ?" (Folio - p.81) !
Ainsi, rien d'étonnant à ce que la vue de son portrait peint par Basil lui inspire de la jalousie et une remarque (presque) anodine... "Comme c'est triste ! Je vais devenir vieux, horrible, effrayant. Mais ce tableau restera éternellement jeune. Il n'aura jamais un jour de plus que cette journée de juin... Si seulement ce pouvait être le contraire ! Si c'était moi qui restais toujours jeune, et que le portrait, lui, vieillit ! Pour obtenir cela, pour l'obtenir, je donnerais tout ce que j'ai ! Oui, il n'y a rien au monde que je refuserais de donner ! Je donnerais mon âme pour l'obtenir !" (Folio - p.86-87) Remarque vite oubliée d'ailleurs, c'est un voeu bien irréaliste...

Par la suite, Dorian tombe amoureux d'une jeune comédienne, Sibyl Vane, et, ébloui par son jeu, il lui promet le mariage. Le jour où il souhaite la présenter à ses deux amis, alors même qu'il leur a tant vanté ses talents de comédienne, Sibyl joue de façon catastrophique : l'amour l'empêche de bien jouer. Dorian rompt sans ménagement avec Sibyl... A son retour du théâtre, il remarque une ride d'expression cruelle sur le portrait, ride qu'il n'a pas sur son propre visage... et si son voeu avait été exaucé ?

Je vous laisse découvrir la suite...

Mon avis :
Autant vous le dire tout de suite : j'ai beaucoup aimé ce roman. Le style de l'auteur est très facile à lire, très fluide et je me suis laissée prendre par l'histoire que je ne connaissais que de très loin, me demandant jusqu'où allait aller l'influence de Lord Wotton sur Dorian, jusqu'où allait aller Dorian lui-même dans ses actes, ses pensées, ses perversions... C'est un livre à lire !! 

J'ai également beaucoup aimé cette nouvelle plongée dans l'Angleterre victorienne (une fois n'est pas coutume... ;-) ) où la part belle est donnée aux personnes riches et belles à qui tout est pardonné alors que les pauvres actrices... J'ai trouvé le portrait des trois personnages centraux très réussi et je me suis attachée à ceux-ci alors même qu'ils sont très différents mais très complexes aussi, ce qui leur donne, à mes yeux, d'autant plus d'intérêt.

Alors, juste parce qu'on ne peut éviter la question lorsqu'on termine ce livre : ai-je trouvé ce livre immoral ? Et bien, et au risque de choquer beaucoup de monde, non ! Certes, notre héros montre bien peu de remords suite à la fin tragique de Sibyl Vane et apparaît par bien des côtés assez "monstrueux"; certes, dans l'Angleterre de l'époque, il mène une vie bien décadente à se perdre dans les faubourgs mal famés où on ne sait d'ailleurs même pas explicitement ce qu'il y fait; certes, ce livre tant à montrer que l'art, la beauté, l'apparence, excusent tout : dès lors que l'on se trouve être une oeuvre d'art, le mal n'est qu'un idée... Oui, c'est certain, ce livre n'était sans doute pas recommandé (et recommandable) aux jeunes filles naïves et innocentes de l'époque mais... existent-elles encore aujourd'hui ? ;-)

Morceau choisi (un peu misogyne, ce cher Oscar ou reflet d'une époque ?)
"Mon cher enfant, aucune femme n'est géniale. Les femmes appartiennent à un sexe ornemental. Elles n'ont jamais rien à dire, mais le disent avec le plus grand charme. La femme représente le triomphe de la matière sur l'esprit, et l'homme le triomphe de l'esprit sur la morale." (Folio - p.119)

J'ai lu ce livre dans le cadre d'une lecture commune avec Ellcrys : qu'en a-elle pensé ?  ;-)

A lire...  ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation0_30

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Ce livre a également été lu dans le cadre du challenge "J'aime les classiques" organisé par Marie L.: allez voir son récapitulatif chaque fin de mois, avec tous les articles des participants publiés dans le mois : Les Carabistouilles de Marie L.