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Editions : Black Swan - Titre français : Meurtre dans un jardin indien (Editions Belfond) - Nombre de pages : 558

4ème de couverture (maladroitement traduite par mes soins) :
Il existe un système de castes - même en ce qui concerne le meurtre.
Il y a sept ans, Vicky Rai, le fils playboy du ministre de l'Intérieur de l'Uttar Pradesh, a tué Ruby Gill dans un restaurant à la mode de New Delhi, simplement parce qu'elle refusait de lui servir un verre. Aujourd'hui Vicky Rai est mort, tué dans sa propriété lors d'une fête qu'il donnait pour célébrer son acquittement. Il y avait beaucoup d'invités mais la police a découvert que six d'entre eux possédaient une arme, chacun ayant un mobile sérieux pour ce débarrasser de Vicky...
Le journaliste d'investigation le plus astucieux de l'Inde, Arun Advani, se donne pour mission de découvrir le meurtrier. Ainsi, les vies étonnantes, tendres, touchantes et hautes en couleur de ces six personnages excentriques se dévoilent à nos yeux. Mais peut-on faire confiance à Advani ? Ou a-t-il d'autres projets en tête ?

Un mystère éblouissant, un roman policier fascinant, un portrait kaléidoscopique de l'Inde contemporaine.

Mon avis :
Comme Les fabuleuses aventures d'un Indien malchanceux qui devint milliardaire de cet auteur, j'ai beaucoup aimé ce roman. La construction, les personnages, le style, tout a contribué pour que je passe un excellent moment de lecture et si j'ai mis plusieurs mois à lire ce livre, ce n'est en aucun cas parce qu'il ne me plaisait pas mais tout simplement parce que je l'avais acheté en V.O. et que mon niveau d'anglais est loin d'être élevé... Aussi, je ne m'y mettais qu'avec mon gros dictionnaire le week-end, ce qui, vous en conviendrez, ne contribuait pas à un plaisir de lecture optimal !! Heureusement pour moi, l'article de Fashion est tombé à point nommé et j'ai pu finir les 80 % qu'il me restait à lire en seulement une quinzaine de jours (en "oubliant" le dictionnaire et en prenant le livre avec moi dans les transports). Un grand merci à toi Fashion car, comme tu le dis, même si le sens de certains mots m'a échappé, j'ai tout de même pris plaisir à lire cette carte postale indienne et à tenter de découvrir le meurtrier...

J'ai trouvé la construction du roman très originale : à la manière d'un dossier policier (en tout cas, c'est ainsi que je me les imagine), Vikas Swarup présente tout d'abord les faits, puis les suspects, leurs mobiles et les preuves, avant le nous révéler la vérité à la une des journaux...

Les faits ?
Un article du journal du 25 mars écrit par Arun Advani nous apprend que Vivek 'Vicky' Ray, fils du ministre de l'Intérieur de l'Uttar Pradesh, a été tué dans sa propriété alors qu'il donnait une fête pour son acquittement dans l'affaire du meurtre de Ruby Gill. Six de ses invités étaient venus avec un revolver et ont été arrêtés par la police.

Les suspects ?
Mohan Kumar, bureaucrate corrompu et fort peu sympathique. Il doit concilier sa vie avec l'âme de Ghandi qui, parfois, élit domicile dans son corps...
Shabnam Saxena, actrice de Bollywood qui a quitté sa famille pour réussir à Bombay et devenir une grande star; elle connaît la valeur des sacrifices qui lui ont permis d'arriver au sommet...
Larry Page, touriste américain quelque peu benêt et extrêmement naïf, venu en Inde se marier avec "la femme la plus belle du monde". Il apprend à ses dépends que les arnaques ne sont pas choses rares dans ce pays de contrastes et que son patronyme (Larry Page, inventeur de Google) le désigne comme cible rêvée des terroristes...
Eketi, membre de la tribu des Onges des îles Andaman, se sent bien à l'étroit dans son île, mais, une fois sur le continent, il déchante très vite lorsqu'il découvre que la vie est loin d'y être aussi idéale qu'il se l'imaginait...
Munna, petit voleur à la tire de téléphones portables. Il ne profite pas bien longtemps d'une fortune tombée du ciel et découvre bien vite que l'argent ne pousse pas dans les poubelles et que, lorsque c'est le cas, il ne faut pas y toucher !
Enfin, Jagannath Rai, le propre père de Vicky, politicien mafieux. Il se rend bientôt  compte qu'à toujours défendre son flambeur (et meurtrier) de fils, il est en train de se brûler les ailes...

Au-delà de l'intrigue policière, toutes les histoires des personnages nous présentent chacune plusieurs aspects de l'Inde moderne, nous démontrant, si nous l'avions oublié, combien l'Inde est multiple et complexe ! Ainsi, plus qu'un simple livre policier, c'est un véritable guide de l'Inde que nous propose l'auteur à travers les itinéraires divers et variés des suspects : palaces de Mehrauli réservés à une élite, montagnes du Cachemire où le terrorisme n'est pas qu'une idée, bidonvilles de Delhi, analphabétisme,  pauvreté, corruption, tragédie de Bhopal, îles Andaman aux plages merveilleuses pour les touristes mais où les locaux vivotent dans des cases, tant d'éléments favorisant les envies criminelles...

Enfin, je ne voulais pas finir sans dire un petit mot sur la narration : j'en en effet, beaucoup apprécié que l'auteur change le style de narration en fonction des personnages en présence, accentuant ainsi les contrastes et les différences entre les suspects. C'est donc un narrateur qui nous présente l'itinéraire du bureaucrate et du tribal alors que se sont les pages du journal intime de la star de Bollywood qui nous dévoilent sa vie, l'Américain et le voleur nous racontent eux-mêmes leur parcours, chacun à sa façon et ce sont les conversations téléphoniques du ministre qui nous en apprennent un peu plus sur ce politicien...

Morceau choisi :
"Les riches vivent peut-être très différemment des pauvres, mais ils ne meurent pas différemment. Une balle ne fait pas de distinction entre un roi et un mendiant, un chevalier d'industrie et son employé. Planté devant le portail en fer forgé du Numéro Six, face aux lumières scintillantes de la maison et aux luxueuses voitures d'importation qui s'engagent dans l'allée tirée au cordeau, j'envie la morgue du pistolet. Une seule balle suffira à mettre fin à la splendeur tapageuse de Vicky Rai. Une seule balle, et khallas !" (Belfond - p.417)

Un autre avis, celui de Aija.

Un roman que je ne peux que conseiller à tous ceux qui ont lu et aimé Les fabuleuses aventures d'un Indien malchanceux qui devint milliardaire ainsi qu'à tous les autres... ;-)

Plaisir de lecture :  lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation05_30lecture_notation0_30