Camee_anglais
Editions : Philippe Picquier - Traduction : de l'anglais (Inde) par Mélanie BASNEL - Titre original : The Englishman's Cameo - Nombre de pages : 351

4ème de couverture :
1656, en Inde sous le règne de Shah Jahan.
Un ouvrier bijoutier est injustement accusé du meurtre de Murad Begh, notable de la ville. Heureusement pour lui, il compte parmi ses amis le jeune Muzaffar, un noble un peu excentrique qui a pour fâcheuse habitude de n'en faire qu'à sa tête. Pour sauver son ami, Muzaffar se lance à corps perdu dans la quête du véritable meurtrier.
A force de prendre au sérieux sa nouvelle vocation de détective, il se retrouve malgré lui au coeur d'une aventure qui l'emmènera bien loin de son quotidien sans surprises et lui fera découvrir ce qui se trame derrière les murs du fort de Dilli, dans les salons des courtisanes et sous les dorures du palais impérial.
Corruption, trahison, meurtres et manigances sont monnaie courante dans l'empire moghol, et Muzaffar va l'apprendre à ses dépens. Le héros de l'unique roman d'Oscar Wilde doit rester éternellement jeune : son portrait seul sera marqué progressivement par le temps, les vices, les crimes, jusqu'au drame final.

red_fortMon avis :
Une enquête policière au temps des Moghols ? Autant vous dire tout de suite qu'il m'a été impossible de résister à l'achat de ce livre !! En effet, ceux qui visitent plus ou moins régulièrement ce modeste blog savent que c'est une des périodes de l'histoire indienne que j'apprécie le plus... Pour la petite histoire, c'est même en regardant un reportage sur la construction du Taj Mahal que j'ai eu envie de connaître un peu plus ce pays... de là ma fascination (certaines personnes de mon entourage parlent même d'addiction...), mais, ceci est une autre histoire...
Donc, comme je vous le disais, ce livre nous entraîne dans l'Inde moghole, sous le règne de Shah Jahan, celui-là même qui a ordonné la construction du magnifique et somptueux Taj Mahal mettant ainsi à mal les finances de l'état... Murad Begh, un notable de la ville, responsable de la collecte des impôts de plusieurs provinces de l'état, est retrouvé assassiné. Ayant eu une altercation avec Faisal Talab Khan, un ouvrier bijoutier, qu'il accusait d'être responsable d'un vol, ce dernier est très rapidement arrêté et accusé du meurtre... Heureusement, celui-ci bénéficie de l'amitié d'un noble, Muzzafar, qui, convaincu de son innocence, va mener l'enquête ! Mais, par où commencer ? Tout d'abord, demander l'aide de son beau-frère qui s'avère être le kotwal (chef de la police) de Shahjahanabad mais tous les éléments semblent bien accuser Faisal... Néanmoins, très rapidement des questions se posent : pourquoi Murad Begh rendait si souvent visite à la célèbre courtisane Mehtad Banu ? Etait-ce réellement pour profiter de ses charmes ? Pourquoi a-t-il fait cadeau d'un terrain si coûteux à George Terry, un anglais qu'il semble n'avoir jamais vu ? Et pourquoi avoir laissé le coffret contenant le bijou supposé volé seul avec Faisal ? L'accusation de vol ne serait-elle pas un coup monté ? Qui avait un réel intérêt à tuer Murad Begh ?

Voilà un livre policier bien sympathique qui se lit très vite, le style est clair, les phrases courtes, la lecture très facile... Pour être tout à fait honnête, je me dois d'avertir les amateurs de policiers et thrillers en tout genre que l'intrigue leur semblera certainement bien faible et le suspense bien absent...
Mais je ne boude pas mon plaisir de lecture et j'ai trouvé en Muzaffar Jang un "détective" bien attachant. Il est aidé dans son enquête par plusieurs personnages fort sympathiques : Zeenat Begum, sa sœur qui l'a élevé à la mort de leur mère, Farid Khan, mari de Zeenat et chef de la police de Shahjahanabad, le vieux batelier Salim avec lequel il passe beaucoup de temps, la courtisane Gulnar, demi-soeur de Mehtad Banu et Akram, le protecteur jaloux de Gulnar... Madhulika Liddle décrit très bien la vie quotidienne de l'époque : une foule de petits détails qui nous feraient (presque) croire qu'elle y était : fabrication des bijoux, goût prononcé pour les sorbets (qui semblent être le met incontournable à proposer aux nobles en visite), calligraphie persane, construction du fort de Dilli (Dehli) et d'autres encore que je vous laisse découvrir...
Petit détail amusant, Muzafar est un adepte de café, et non de thé comme on pourrait s'y attendre... En fait, il semble que le thé soit arrivé en Inde avec les Britanniques, la boisson préféré de l'époque avant cela étant le jus de citron vert ou le lassi.

Morceau choisi
"— Un café ? Cette nouvelle boisson à la mode que l’on sert dans les qahwa khanas de Chandni Chowk ? Je n’y ai jamais goûté, mais l’odeur suffit à m’en dégoûter, grimaça Salim. C’est maléfique, crois-moi. Cela ne te fera aucun bien d’en ingurgiter autant que tu le fais.
— Maléfique ? Tu n’as pas entendu l’histoire de l’ange Jibrail, qui a donné du café au Prophète quand celui-ci s’est senti fatigué ?
— Non, je ne l’ai pas entendue, rétorqua Salim d’un air borné. Je suis sûr que cette histoire a été inventée par un énergumène dans ton genre. Non, je ne boirai pas de café, il me faut quelque chose de plus costaud. Quelque chose qui pourrait me réchauffer le coeur et m’alléger l’esprit. Une bonne coupe de vin…
La voix du vieil homme se perdit dans la cacophonie du ghat dont ils approchaient, parmi les cris des porteurs, les conversations des marchands qui dirigeaient le chargement et le déchargement des navires, la rumeur d’une cité en plein travail."
(Philippe Picquier - p.17)

A lire en rêvant du faste des maharadjas...  ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation05_30lecture_notation0_30

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Note historique de l'auteur :
Cinquième de la lignée des empereurs moghols, Shah Jahan (1627 - 1658) décide en 1939 de déplacer la capitale d'Agra à Dilli (Delhi). Les travaux du Taj Mahal sont encore en cours quand l'empereur se lance dans un nouveau projet : la construction d'une nouvelle cité à Delhi. Cette cité, que l'empereur fait appeler Shahjahanabad, met dix ans à sortir de terre et possède en son centre la magnifique citadelle connue sous le nom de Qila Mubarak (le "fort de bon augure") ou Lal Qila (le "fort rouge"). [...] Shahjahanabad est inauguré en 1648; c'est une ville animée et étincelante qui attire les marchands, les mercenaires er les voyageurs du monde entier.
Aussi brillante et attrayante que soit Shahjahanabad, l'empire moghol est portant sur le déclin au moment de sa construction. les extravagances de Shah Jahan, associés à la corruption de l'empire, commencent à laisser des traces dans l'économie du pays...

Les photos qui illustrent cet avis représentent le Fort rouge de Delhi (Wikipedia : ici et ici).