carofiglio_raisons
Editions : Seuil / Policiers - Traduction : de l'italien par Nathalie BAUER - Titre original : Ragionevoli dubbi - Nombre de pages : 262

4ème de couverture :
Guido Guerrieri est appelé à la prison de Bari pour défendre en appel un prévenu condamné pour trafic de drogue. Reconnaissant en lui Fabio Ray-Ban, l’agitateur fasciste qui fut le cauchemar de son adolescence, il décide de refuser. Or, l’homme clame son innocence : il prétend avoir été dupé par son premier avocat. Et il lui lance : “On raconte que vous ne vous dérobez pas quand la cause est juste. On raconte que vous êtes un type bien.” Guerrieri hésite, car les preuves sont accablantes ; il sait qu’il est malvenu et dangereux de s’en prendre à un confrère. Mais quand la femme du détenu, d’une beauté stupéfiante, se présente à son cabinet, toutes ses réserves s’évanouissent. Séduit par cet avocat malheureux en amour, féru de boxe et de littérature, le lecteur se laisse entraîner dans une affaire qui lui dévoile les rouages de la machine judiciare italienne, ainsi qu’une ville aussi animée qu’inquiétante.

Né à Bari en 1961, Gianrico Carofiglio, juge antimafia, a su puiser dans son expérience professionnelle pour se forger une renommée internationale d’auteur de legal thrillers.

Mon avis :
J'ai eu très envie de lire ce livre suite à l'avis de Nanne; aussi, lorsqu'elle m'a proposé de me l'envoyer, je n'ai pas hésité bien longtemps et je la remercie chaleureusement de m'avoir fait parvenir ce roman... C'est donc avec délice que je me suis plongée dans ce "legal thriller" (encore un nouveau genre littéraire !) alors que j'étais justement en vacances en Italie, en Calabre, pas si loin que cela de Bari où se situe l'action de ce roman...

Guido Guerrieri est avocat; intègre, il a la réputation d'être habile et, surtout, de ne pas se dérober lorsque la cause lui paraît juste. C'est pour ces raisons que Fabio Paolicelli fait appel à lui alors qu'il a été arrêté à la frontière italienne avec quarante kilos de cocaïne pure cachée dans sa voiture. Il affirme que la drogue ne lui appartenait pas et qu'il s'est fait piéger ! L'affaire est très épineuse mais Guerrieri n'a aucune raison de refuser de défendre Paolicelli... oui, sauf qu'il reconnaît en Fabio Paolicelli Fabio Ray-Ban, un petit voyou qui le tabassait lorsqu'il était adolescent et qu'il avait juré de se venger !!
Alors qu'il s'apprête à refuser l'affaire, Natsu, la femme de Paolicelli, une envoutante cuisinière eurasienne, lui rend visite; charmé, Guerrieri accepte d'être l'avocat de Fabio Ray-Ban ! Dès lors, Guerrieri va s'attacher à chercher la vérité : Fabio Paolicelli est-il vraiment l'innocent qu'il prétend être ? Qui est l'avocat de la première instance ayant plus contribué à enfoncer son client qu'à le défendre ? Y a-t-il déjà eu des cas similaires : de la drogue cachée dans des voitures de touristes italiens ?
Aidé plus ou moins légalement par son ami le commissaire Carmelo Tancredi, Guerrieri cherche les failles qui lui permettront d'innocenter son client... alors que dans le même temps, il tombe sous le charme de Natsu, allant même jusqu'à s'imaginer chef de famille, à la place de Fabio Paolicelli... Cruel dilemne pour sa conscience ! Heureusement, la librairie Osteria Del Caffelatte, ouverte de 22h à 6h du matin, est là pour remplir ses nuits d'insomnie !

Je dois dire que j'ai bien aimé cette lecture : le rythme des chapitres est rapide, l'intrigue assez bien menée, le personnage central très attachant et, pour ne rien gâcher, ce roman nous apprend comment le système judicaire italien traite ses affaires : en les expédiant grâce à une procédure simplifiée dite "jugement abrégé" qui se traduit même le plus souvent par une réduction de la peine de l'accusé !! De plus, bien que ce roman soit qualifié de "legal thriller" (il faut vraiment que j'aille faire un tour sur Wikipedia pour connaître la définition de ce nouveau genre), il ne contient pas de longues explications dans un jargon juridique incompréhensible, ce qui n'a pas été pour me déplaire... ;-)
Cependant, je déplore un peu le manque de profondeur de l'intrigue, le manque de détails sur la vie de Fabio Ray-Ban (j'aurais notamment aimé en savoir un peu plus sur son passé de fasciste présumé et j'avoue que de ce côté là, je reste un peu sur ma faim : a-t-il, oui ou non, participé à l'assassinat d'un jeune communiste ?), le manque de détails sur le personnage de Guerrieri : sa petite amie qui le quitte, son amour pour la boxe, pour la littérature, tout cela n'est qu'effleuré, cela manque, à mon sens, de profondeur...

Morceaux choisis :
Où on apprend ce que les gens attendent de leurs avocats : "La réponse de l'avocat ne lui plaisait pas. Il fallait que j'apaise ses inquiétudes d'une manière ou d'une autre. Ne serait-ce qu'en affirmant qu'il n'y avait pas d'alternative à la transaction. Les gens attendent un tas de choses de leur avocat, et d'abord qu'il les libère de l'angoisse d'avoir affaire à des policiers, à des représentants du ministère public, à des juges et à des procès. A ce qu'on appelle la justice. Ils attendent de leur avocat qu'il les libère de l'angoisse de penser." (Seuil - p.3)

Où on apprend qu'un avocat amoureux de la femme de son client n'a pas la conscience tranquille : "Chaque métier possède ses points, ses signes de rupture. Des fissures dans le mur de la conscience qui vous avertissent - qui devraient vous avertir - que le moment est venu de s'arrêter, de changer, de faire autre chose. Si possible. Naturellement, ça l'est jamais, ou presque. Et, de toute façon, il est rare que l'on est le courage de l'envisager.
Je percevais de nombreux signes de rupture. Par exemple, j'avais la nausée à chaque fois que j'allais à la prison. Cela commençais à mon cabinet par une angoisse rampante qui se précisait pendant le trajet et se transformait en dégoût au moment des contrôles, pendant que l'on enregistrait mon nom, réclamait mon téléphone, l'enfermait dans une armoire, ouvrait la première des nombreuses portes menant au parloir."
(Seuil - p.101)

Un bon moment de lecture détente... ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation05_30lecture_notation0_30

Dautres avis : Nanne, Mirontaine, Cuné, Esmeraldae, Keisha, Cathulu, Mango, GeorgeLeiloona, Fashion, Kalistina, Choco et Cachou.

Parce que comme Guido Guerrieri, le personnage principal de ce roman, j'adore Mark Knopfler, je vous laisse en sa compagnie...


Mark Knopfler - Postcards From Paraguay