baricco_soie
Editions : Folio - Traduction : de l'italien par Françoise BRUN - Titre original : Seta - Nombre de pages : 142

4ème de couverture :
Vers 1860, pour sauver les élevages de vers à soie contaminés par une épidémie, Hervé Joncour entreprend quatre expéditions au Japon pour acheter des oeufs sains. Entre les monts du Vivarais et le Japon, c'est le choc de deux mondes, une histoire d'amour et de guerre, une alchimie merveilleuse qui tisse le roman de fils impalpables. Des voyages longs et dangereux, des amours impossibles qui se poursuivent sans jamais avoir commencé, des personnages de désirs et de passions, le velours d'une voix, la sacralisation d'un tissu magnifique et sensuel, et la lenteur, la lenteur des saisons et du temps immuable.

Soie, publié en Italie en 1996 et en France en 1997, est devenu en quelques mois un roman culte - succès mérité pour le plus raffiné des jeunes écrivains italiens.

Mon avis :
1861, Hervé Joncour mène une vie paisible aux côtés d'Hélène, sa femme, dans le village de Lavilledieu, dans le sud de la France. Il est commercial et "à acheter et vendre des vers à soie, Hervé Joncour gagnait chaque année une somme suffisante pour assurer à sa femme et à lui-même ce confort qu'en province on tendrait à nommer luxe". (Folio - p.13)
Or, au début des années soixante, une épidémie de pébrine se déclare dans les élevages de vers à soie, menaçant toute l'économie de Lavilledieu, l'un des principaux centres européens de sériciculture. Un seul remède : aller chercher les oeufs des vers à soie au Japon... et, en ce temps-là, le Japon, c'est à l'autre bout du monde ! Hervé Joncour est alors désigné pour traverser le monde et aller chercher les précieux oeufs.
"- Et il est où exactement, ce Japon ?
Par là, toujours tout droit. Jusqu'à la fin du monde.
Il partit le 6 octobre. Seul."
(Folio - p.29)
Arrivé à destination, il rencontre Hara Kei, l'homme "le plus impénétrable du Japon" et couchée près de lui, la tête sur ses genoux, se trouve une femme : silencieuse, elle captive Hervé, qui tombe alors sous le charme dès cette première rencontre...
Les oeufs achetés, Hervé Joncour retourne auprès de sa femme mais il reviendra vers cette femme mystérieuse et envoutante...

C'est un roman très court, presque une nouvelle que nous offre ici Baricco : des petites phrases courtes, très poétiques, s'enchaînant sans relâche, des répétitions qui rythment le texte, comme le refrain d'une chanson, un style léger; autant d'éléments qui font de la lecture de ce roman un moment réellement très agréable... 
Une très belle écriture donc mais je suis restée sur ma faim concernant l'histoire ! Très peu touchée par l'histoire d'amour, à laquelle j'ai eu un mal fou à croire, je me suis un peu ennuyée à la lecture de ce roman pourtant si unanimement encensé; les autres voyages de Hervé Joncour, répétitifs, n'apportent aucun élément nouveau par rapport au premier périple, hormis lorsque la guerre se déclare... Au final, ce roman est peut-être un peu trop contemplatif pour moi... Pourtant, paradoxalement, j'ai aussi trouvé ce récit beaucoup trop bref car il ne m'a pas laissé le temps de m'imprégner des personnages, des paysages et, tout simplement, de l'ambiance... De plus, les descriptions des personnages ne sont pas assez fouillées à mon sens, j'aurais apprécié en savoir un peu plus sur Baldabiou, sur Hélène et même sur Mme Blanche, autant de protagonistes essentiels et pourtant si peu décrits... Je ressors donc de ma lecture extrêmement déçue !
Ceci dit, je lirai certainement d'autres romans de cet auteur, ne souhaitant pas rester sur cette impression un peu trop négative de cet auteur...

Morceau choisi :
"Hervé Joncour partit avec quatre-vingt mille francs-or, et les noms de trois hommes que Baldabiou lui avait procurés : un Chinois, un Hollandais et un Japonais. Il passa la frontière près de Metz, traversa le Wurtemberg et la Bavière, pénétra en Autriche, atteignit par le train Vienne puis Budapest et poursuivit jusqu'à Kiev. Il parcourut à cheval deux mille kilomètres de steppe russe, franchit les monts Oural, entra en Sibérie, voyagea pendant quarante jours avant d'atteindre le lac Baïkal, que les gens de l'endroit appelaient : mer. Il redescendit le cours du fleuve Amour, longeant la frontière chinoise jusqu'à l'Océan, resta onze jours dans le port de Sabirk en attendant qu'un navire de contrebandiers hollandais l'amène à Capo Teraya, sur la côte ouest du Japon. A pied, en empruntant des routes secondaires, il traversa les provinces d'Ishikawa, Toyama, Niigata, pénétra dans celle de Fukushima et arriva près de la ville de Shirakawa, qu'il contourna par l'est, puis attendit pendant deux jours un homme vêtu de noir qui lui banda les yeux et qui le conduisit jusqu'à un village dans les collines où il passa la nuit, et le lendemain matin négocia l'achat des oeufs avec un homme qui ne parlait pas et dont le visage était recouvert d'un voile de soie. Noire. Au coucher du soleil, il cacha les oeufs dans ses bagages, tourna le dos au Japon, et s 'apprêta à prendre le chemin du retour.
Il avait à peine laissé les dernières maisons du village derrière lui qu'un homme le rejoignit, en courant, et l'arrêta. Il lui dit quelque chose sur un ton excité et péremptoire, puis le fit revenir sur ses pas, avec courtoisie et fermeté.
Hervé Joncour ne parlait pas japonais et ne l'entendait pas non plus. Mais il comprit qu'Hara Kei voulait le voir."
(Folio - p.31-32)

Je vous laisse en compagnie de la bande originale du film. Film que j'ai très envie de voir au demeurant...

Un rendez-vous un peu raté donc mais, au vu du nombre d'avis enthousiastes de la blogosphère, je vous le conseille, ne serait-ce que pour l'écriture qui est réellement très belle ! ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation0_30lecture_notation0_30

D'autres avis, largement plus enthousiastes que le mien : Anjelica, Aproposdelivres, Celsmoon, Clara C., Karine :), Papillon, Sandrine(SD49), Stephie, Zarline et beaucoup de liens depuis chez BOB.