nagalinga1
Editions : Editions de l'Aube (collection : Regards croisés) - Traduction : du tamoul par François GROS et Kannan M. - Nombre de pages : 275

4ème de couverture :
Jamais encore on n'avait pu lire en français une oeuvre de littérature tamoule. Aujourd'hui, c'est chose faite avec ce superbe recueil d'une vingtaine de nouvelles - toutes inédites - rassemblées et traduites par le professeur François Gros, éminent spécialiste de la littérature indienne.
Ces nouvelles ont toutes été écrites par des auteurs contemporains de langue tamoule venant d'Inde du Sud-Est - celle de Pondichéry et Madras -, de Ceylan et de Malaisie. Et c'est à la fois la langue et le territoire qui leur donnent leur unité. Par ailleurs, elles sont toutes différentes, par leur sujet, leur écriture, leur parfum... Nous y retrouvons le cri d'un enfant, les universelles bêtises adolescentes, la visite du zoo, la beauté de l'arbre, la naissance d'une génisse, une brusque envie de faire l'amour... Vision de l'Inde très éloignée des images stéréotypées, elles sont le fruit de la rencontre de la modernité avec la tradition religieuse et paysanne, elles sont traversées par la ferveur et une profonde humanité - celles qui permettent à tout individu de supporter le quotidien, âpre et sans illusion.

Mon avis :
Voici un recueil de nouvelles que j'ai vraiment beaucoup apprécié (mais il est vrai que j'aime beaucoup les nouvelles). Chacune de ces vingt histoires m'a plongée dans une Inde multiple, complexe et à chaque fois différente : ici, une dot qu'on négocie, là, un éléphant légendaire que l'on chasse et tue, là-bas, une vache qui va mettre bas, plus loin encore, une famille forcée de quitter sa terre à cause de la sécheresse... autant d'histoires et de personnages très divers mais tout aussi attachants. Les styles de ces nouvelles sont tous très différents, certains bien plus intéressants (et compréhensibles !) que d'autres...
Un seul (gros) bémol : chacune des nouvelles est présentée par le traducteur et j'ai trouvé ces présentations longues, ennuyeuses, trop académiques et d'un style extrêmement pédant et complexe. Ces préambules ne donnent (à mon avis) absolument pas envie de lire ce qui suit, ce qui est fort dommage car ils sont sensés être des éclaircissements !! A la troisième nouvelle, j'ai arrêté de les lire, ouf !!

Un petit aperçu ? Voici trois nouvelles que j'ai particulièrement appréciées...

Nagalinga_flower__3_

Dans L'arbre Nagalinga qui donne son titre au recueil, un père de famille négocie - devant sa fille Brinda - la dot que son futur gendre riche, mais infirme, devra verser... Heureusement (ou malheureusement), un arbre Nâgalinga construit devant la maison aide la jeune fille à laisser vagabonder son esprit, s'échappant ainsi de ce marchandage humiliant...
"Que de fleurs sur cet arbre ! Brinda compta celles qui étaient à portée de vue : une, deux, trois, quatre, cinq... Avant qu'elle fût parvenue à la douzaine, les fleurs s'emmêlèrent. Avait-elle déjà compté celles qui étaient sur la branche du haut, ou pas ? Elles devaient être au moins deux douzaines en tout. Un trésor de fleurs douces aux couleurs délicates. En outre, il devait y en avoir d'autres, tombées au pied de l'arbre." (Éditions de l'aube - p.11)

Arbre_Nagaliga

Dans La génisse, un vieillard, entiché de ses vaches, se réjouit de la naissance prochaine d'une génisse alors que sa petite-fille, le nuit précédente avait donné naissance à une fille, encore une, après avoir déjà eu quatre filles à la suite... L'auteur fait un parallèle qui ne manque pas d'acidité : une génisse attendue comme une bénédiction de Dieu et la naissance d'une fille vécue comme une malchance...

Naglingam__28Couroupita_guianensis_29_leaves__26_flowers_in_Hyderabad_2C_AP_W_IMG_6605

Dans Esther, une famille entière se voit contraint de quitter leur maison à cause de la sécheresse. Ils décident de partir en laissant la grand-mère...
"Finalement, on a décidé de partir en laissant la grand-mère avec Isaac. D'ailleurs, à quoi bon la grand-mère, là où on allait tenter de survivre ? Si elle venait, qu'est-ce qu'elle pourrait faire ? Elle ne pouvait se déplacer. Elle était sourde. Elle ne reconnaissait que ce qui était tout près d'elle, et seulement en pleine lumière. Dans le temps, la grand-mère avait choyé tout le monde dans cette maison. Tous les petits-enfants, y compris Ruth, la dernière-née, se souvenaient des cajoleries de la grand-mère envers chacun. Mais pouvait-on traîner pour autant derrière soi, partout où on allait tenter de survivre, une grand-mère inutile ?" (Éditions de l'aube - p.177)

A découvrir ! ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation0_30lecture_notation0_30

Nagalinga_pooListe des nouvelles de ce recueil avec leur auteur respectif :
L'arbre nâgalinga - R. Chûdâmani
L'enfer du sculpteur - Pudumaippittan
La flamme inextinguible - Mauni
La grand-route - C.S. Chellappa
Voracité - T.M.C. Raghunâtan
La termitière - L.S. Râmâmirtham
La décision - T. Jânakirâman
Le cordon safran - Ashokamitran
La génisse - Sundara Ramaswamy
Quelle époque ! Quel type ! - G. Nâgarâjan
Plus vrai que nature - K. Alakiriçâmi
Le sage se rend au zoo - Sampath
Esther - Vannanilavan
L'ordre des choses - Pûmani
Des voix - S. Tamilselvan
Râjâ de Lankâpouri - Piramil Dharmu Sivarâmu
La brèche - Nânjil Nâdan
Ruine - K.N. Subramaniam
Les vingt et un chevreaux d'Irulappa Câmi - Vêlarâmamûrti

Le saviez-vous ?
Le Boulet de canon (Couroupita guianensis) est un arbre à feuillage persistant.Très planté dans les temples en Inde, cet arbre est appelé l'arbre 'nagalingam' en tamoul. Il est considéré comme sacré par les hindous puisque sa fleur ressemble à un nagam, un serpent sacré sur le shiva lingam. (source : Wikipedia)

Les photos présentes sur cet avis représentent toutes des "boulets de canon" et proviennent du site Wikipedia.