ancion
Editions : Pocket - Nombre de pages : 186

4ème de couverture :
Dans les bas quartiers de Bruxelles où le sommeil se marchande, il y a ce vieil immeuble. Les deux derniers niveaux, insalubres, ont été condamnés. Ce qui fait du quatrième étage (sans ascenseur), le véritable sommet de ce taudis. Marie, malade, est alitée. Thomas, son mari, tâche de lui cacher les alentours, l’enfer urbain où la vie se troque. Ils ne sont plus du tout jeunes. Ils sont amoureux.
Dans les bas quartiers de Bruxelles où le sommeil se marchande, il y a Serge. Qui, un jour de chance, a pris le vieil escalier. Et qui, au quatrième étage, s’est arrêté.

Mon avis :
"- Tu y crois, toi, à la chance ?" (Pocket - p.9) En voilà une question ! Alors que Serge se trimballe avec ses sacs de courses de chez GB, Toni lui pose cette question, comme ça, sans prévenir, alors que la journée commence à peine... Et comment répond-on à une telle question, et puis, qu'est-ce que c'est la chance ? Serge se creuse la cervelle quand, d'un coup, comme ça, avec la rapidité de l'éclair, Toni se fait faucher par un bus... Dès lors, Serge perd pied : alors qu'une fliquette bardée de diplômes en psychologie l'interroge sur la famille de Toni, il vole sans vraiment s'en rendre compte le fourgon de police et va chez l'oncle de Toni mais, sur place, au lieu d'annoncer la triste nouvelle, il accepte de jouer au plombier pour dépanner l'oncle...

"- Monsieur Eloy, vous n'avez de nouveau pas payé le loyer." (Pocket - p.26) Au quatrième étage d'un immeuble insalubre, Monsieur Morgen réclame à Thomas le loyer de l'escalier, du hall d'entrée, de la sonnette et de la boîte aux lettres (comment détermine-t-on le loyer d'une boîte aux lettres ??) Thomas vit avec sa femme, Marie, qui est malade. Fou d'elle, il lui cache la réalité de leur vie : le loyer impayé, les objets qu'il a dû vendre petit à petit pour assurer leur subsistance, la famille Anchuso qui vit dans la salle de bains la journée et dort dans la cuisine, les Albanais qui font l'inverse, autant de "détails" qui ennuieraient inutilement Marie... Au lieu de cela, il lui raconte des histoires pour l'endormir et, quand elle s'endort, elle est "belle comme une vieille princesse endormie, des années après la fin du conte." (Pocket - p.51)

Deux histoires, apparemment sans aucun rapport, se croisent dans ce court roman : les chapitres pairs pour Serge, les impairs pour Thomas et Marie. Serge apporte sa candeur, son humour, sa maladresse et son désarroi, Thomas son amour pour Marie, sa tendresse et sa dévotion... Et, alors qu'il s'agit d'une histoire triste, alors que la vie y apparaît laide et sans espoir, on sourit, tristement certes, mais tout de même parce que le monde ne tourne pas très rond et que peu de gens s'en rendent compte... C'est une très belle histoire et, pour paraphraser Hathaway et parce que je ne peux trouver mieux, un véritable coup de poing dans le ventre.

Je ne connaissais pas du tout cet auteur et je remercie Ys d'avoir fait de ce livre un livre voyageur, me permettant ainsi de le découvrir. Au-delà de l'histoire, j'ai d'ailleurs beaucoup aimé la plume de Nicolas Ancion : des phrases courtes et rythmées, des descriptions toujours drôles, d'un humour un peu grinçant mais aussi très imagées et "vraies"... Nul doute que je relirai cet auteur (et très bientôt)...

PommesMorceau choisi :
"Et voilà. Depuis la nuit des temps, on nous bassine les oreilles avec les clichés du mâle dominateur, du territoire à conquérir, de la nourriture à ramener au nid pour les oisillons affamés; vêtu d'une peau de bête ou d'un costume cravate, l'éternel Adam armé de son pénis fait tourner l'univers. Ca, c'est pour la vitrine. Pousse la porte, viens voir à l'intérieur de la boutique et tu découvriras qu'il y a toujours une Eve pour faire trimer l'Adam, ou pour le retarder dans sa quête formidable. Lancelot avait sa Guenièvre, Roland sa Durandal, Popeye son Olive sans noyau, et sa boîte d'épinards ne pouvait rien y changer. Ce n'est sans doute pas la faute d'Eve si elle a demandé à Adam de partager une golden (ou une jonagold, une granny du Cap à la limite, ça n'a que peu d'importance : à l'époque, le vieux barbu nuageux n'avait encore mis au point ni les races ni l'apartheid). Bref, le coup de la pomme, ce n'est pas la faute d'Eve : Adam aurait pu refuser." (Pocket - p.84-85)

A lire...  ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation05_30

Elles ont parcouru les bas quartiers de Bruxelles avec ce roman : Ys, Erzébeth, Restling et Hathaway. Si vous êtes intéressé, c'est chez Ys, qu'il faut s'inscrire... ;-)