Quartey_EpousesAssassins
Editions : Payot / Suspense - Traduction : de l'anglais (Ghana) par Michel VALENCIA -
Titre original : Wife of the Gods - Nombre de pages : 345

4ème de couverture :
Au Ghana, quand un policier de la capitale part enquêter dans un village, tradition et modernité s'affrontent... Le voyage initiatique d'un homme pris dans les rets du temps et des coutumes.

Gladys, étudiante en médecine, a été assassinée près du village de Ketanu où elle était bénévole pour un programme humanitaire. L'inspecteur Dawson est envoyé depuis Accra pour résoudre l'affaire. Etrange retour en arrière : vingt-trois ans plus tôt, sa mère, originaire de la région, a disparu au même endroit.
Déboussolé par les pratiques locales, Dawson voit son enquête piétiner. Et pourtant, les suspects sont nombreux : prêtre féticheur, médecin traditionnel, admirateurs de Gladys, éconduits ou non... A Ketanu, la haine et la jalousie sont tenaces, voire mortels.

Kwei Quartey, de mère afro-américaine et de père ghanéen, est né et a grandi au Ghana. Il vit aujourd'hui en Californie où il est médecin. Ce livre est son premier roman.

Mon avis :Ghana
Je crois bien que c'est la première fois que je lisais un roman policier africain et la surprise a été plutôt bonne ! J'ai en effet beaucoup aimé cette balade au coeur du Ghana, dans ce petit village de Ketanu, en compagnie de Darko Dawson, inspecteur chargé de l'enquête sur la mort de Gladys, une jeune étudiante bénévole pour un programme de prévention du sida. Coïncidence douteuse, hasard ou destin, la mère de Darko a elle-même disparu plus de vingt ans auparavant dans ce même village où réside toujours sa tante qu'il n'a pas revue depuis. Dawson va profiter de cette enquête pour tenter de lever le mystère sur la disparition de sa mère...

Darko Dawson n'est pas un enquêteur d'exception, il peut se montrer parfois assez violent et a une fâcheuse tendance à se faire des ennemis, à commencer par Addo, le chef de la police locale, qui voit d'un très mauvais oeil l'arrivée de ce policier de la ville... Néanmoins, il mène l'enquête avec coeur, même si cette dernière est loin d'avoir débuté dans les règles de l'art : le corps de Gladys a en effet très vite été enlevé du lieu du crime pour ne pas offenser la forêt, le médecin légiste a pratiqué l'autopsie de la victime près de 2 mois après les faits... bref, nous sommes bien loin des enquêtes des Experts de Miami, Los Angeles ou tout autre référence plus ou moins actuelle... Ceci dit, ce n'est pas l'intrigue policière qui m'a séduite dans ce livre, je l'ai d'ailleurs trouvée assez peu passionnante en elle-même, mais le décor qui lui sert de toile de fond...

En effet, ne connaissant absolument pas l'Afrique (je n'y suis d'ailleurs jamais allée), j'ai apprécié cette plongée au coeur de ce continent avec ses coutumes qui me paraissent d'un autre âge mais qui sont si bien ancrées dans les habitudes de ses habitants : sorcellerie, jeunes filles s'unissant à des prêtres féticheurs afin de racheter les fautes commises par leur famille, guérisseurs,... autant de pratiques bien étranges à mes yeux d'occidentale convaincue qui colorent l'histoire et lui donnent un caractère bien exotique très dépaysant ! Loin de dresser une carte postale du pays, l'auteur s'attache cependant à nous rappeler la condition des habitants du Ghana : la propagation inquiétante du sida, le fait qu'un médecin doit, chaque jour, soigner une centaine de patients, le manque de moyen, d'électricité, d'eau, autant de maux qui paralysent le pays et freine son développement... Néanmoins, malgré cette réalité, le plaisir de lecture est là et c'est avec le sourire que j'ai refermé ce livre.

Ghana_carteJe remercie chaleureusement Zarline d'avoir fait de ce livre un livre voyageur me permettant ainsi de découvrir un peu cet immense continent...

Morceau choisi :
"Comme Dawson s'y attendait, le chemin qui menait à Ketanu devint inégal dès qu'il quitta la grand-route pour pénétrer dans la brousse. La côte se faisait sentir et, plus on grimpait, plus la végétation était touffue. Les derniers kilomètres de piste se révélèrent érodés, lacérés par les pluies, et la Corolla fut mise à rude épreuve.
Peu à peu, quelques huttes et maisonnettes dispersées apparurent et, bientôt, Dawson fut stupéfait par les changements intervenus à Ketanu depuis vingt-cinq ans. La rue principale, dénommée de façon grandiose Kwame Nkrumah Road, était goudronnée, quoique semée de nids-de-poule. La circulation automobile, modérée, était surtout le fait de camionnettes
tro-tro et de taxis. Magasins et étals portant des noms tels que "Chop Jésus y pourvoira" et "Au Barbier Dieu est grand" se pressaient tout le long.
Progrès technologique et tradition figée s'y côtoyaient. Des cartes de téléphone portable étaient en vente partout, on le lisait sur des pancartes éraflées peintes à la main, devant des échoppes délabrées, au toit de tôle rouillée, alors même que le village n'était pas encore entièrement raccordé au réseau électrique. S'il y avait des voitures, des caniveaux rudimentaires servaient d'égouts à ciel ouvert, et détritus et immondices y stagnaient."
(Payot - p.83)

Une lecture légère et très dépaysante que je recommande à tous ceux qui rêvent d'un peu d'évasion...  ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation05_30lecture_notation0_30

D'autres avis : Armande, Tiphanya et Zarline.

Le saviez-vous ?
Le barrage d’Akosombo est un barrage hydroélectrique au sud-est du Ghana, construit dans les gorges d’Akosombo sur la Volta. Sa construction entre 1961 et 1965 aboutit à la création du lac Volta, plus grand lac artificiel au monde et qui couvre 3,6% de la surface du Ghana. 80 000 personnes, soit 1% de la population ghanéenne, furent déplacées pour permettre sa mise en service. (source : Wikipedia).

Volta
Akosombo, le Lac Volta, plus grand lac artificiel du monde