schlink_liseur
Editions : Folio - Traduction : de l'allemand par Bernard LORTHOLARY -
Titre original : Der Vorleser - Nombre de pages : 243

4ème de couverture :
A quinze ans, Michaël fait par hasard la connaissance, en rentrant du lycée, d'une femme de trente-cinq ans dont il devient l'amant. Pendant six mois, il la rejoint chez elle tous les jours, et l'un de leurs rites consiste à ce qu'il lui fasse la lecture à haute voix. Cette Hanna reste mystérieuse et imprévisible, elle disparaît du jour au lendemain.
Sept ans plus tard, Michaël assiste, dans le cadre de des études de droit, au procès de cinq criminelles et reconnaît Hanna parmi elles. Accablée par ses coaccusées, elle se défend mal et est condamnée à la détention à perpétuité. Mais, sans lui parler, Michaël comprend soudain l'insoupçonnable secret qui, sans innocenter cette femme, éclaire sa destinée, et aussi cet étrange premier amour dont il ne se remettra jamais.
Il la revoit une fois, bien des années plus tard. Il se met alors, pour comprendre, à écrire leur histoire, et son histoire à lui, dont il dit : "Comment pourrait-ce être un réconfort, que mon amour pour Hanna soit en quelque sorte le destin de ma génération que j'aurais moins bien su camoufler que les autres ?"

Mon avis :
Que dire ? J'ai terminé ce roman il y a un mois maintenant et je ne sais toujours pas comment en parler. Sans que ce soit un véritable coup de coeur, j'ai été incontestablement touchée par ce livre, émue également comme à chaque fois que je lis un livre sur cette période de l'Histoire mais je garde un sentiment assez mitigé face à la distance de la narration, comme quelque chose d'inachevé...

L'histoire est prenante et j'ai eu du mal à lâcher le livre : où peut mener une relation entre un adolescent de quinze et une femme ayant le double de son âge ? Comment Mickaël doit-il réagir lorsqu'il apprend que la femme qu'il aimait, et avec laquelle il a partagé des moments heureux (oui, heureux !) a été un bourreau durant la guerre ? Peut-il l'accepter à défaut de le comprendre ? "Pourquoi ? Pourquoi ce qui était beau nous paraît-il rétrospectivement détérioré parce que cela dissimulait de vilaines vérités ? Pourquoi le souvenir d'années de mariage heureux est-il gâché lorsqu'on découvre que, pendant tout ce temps-là, l'autre avait un amant ? Parce qu'on ne saurait être heureux dans une situation pareille ? Mais on était heureux ! Parfois le souvenir n'est déjà plus fidèle au bonheur quand la fin fut douloureuse. Parce que le bonheur n'est pas vrai s'il ne dure pas éternellement ? Parce que ne peut finir douloureusement que ce qui était douloureux, inconsciemment et sans qu'on le sût ?" (Folio - p.48-49) Et le secret d'Hanna, peut-il réellement justifier ses peurs et, par extension, ses actes ?
Mais, si je reconnais mon intérêt à la lecture de ce livre, j'ai été tout de même gênée par la relation presque incestueuse entre Hanna et Mickaël. De même, j'ai trouvé la réaction de Mickaël bien trop détachée lorsqu'il apprend le passé de son ex-amante et cette distance, cette froideur dans la narration le relègue au rang de simple spectateur, comme si ce n'était pas de lui dont il était question, comme si Hanna n'avait été qu'une connaissance parmi tant d'autres, comme s'il ne voulait pas (ne pouvait pas) s'impliquer, se contentant d'analyser ses sentiments, Hanna, les faits,.. et cela m'a quelque peu déroutée... Par ailleurs, la troisième partie du récit m'a semblé étrange : à mon sens, elle ne cadre pas du tout avec la réaction de Mickaël lors du procès : pourquoi s'être montré si fidèle à Hanna durant toute sa vie alors que, lors du procès, sa non-réaction a été (pour moi) une trahison ? 
L'écriture de Bernhard Schlinck est assurément très belle mais le ton est peut-être un peu trop détaché, trop froid et le style trop chirurgical, et c'est sans doute ce qui a contribué le plus à ma difficulté à adhérer pleinement au récit.

Au-delà de l'histoire d'amour entre Hanna et Mickaël, ce roman parle des sentiments de la jeune génération allemande qui affronte son passé récent et condamne la génération de ses parents : y a-t-il eu une responsabilité collective ? Une indifférence outrageante face aux atrocités de cette guerre ? Sans aucun doute et l'auteur établit une condamnation sans appel de ces comportements.

Morceau choisi :
"Je ne pouvais montrer personne du doigt. Surtout pas mes parents, à qui je n'avais rien à reprocher. Le zèle d'élucidation qui m'avait fait condamner mon père à la honte, du temps de ma participation au séminaire sur les camps, m'avait passé et me mettait désormais mal à l'aise. Mais ce que d'autres dans mon univers social, avaient fait pour se rendre coupables était à tous les coups moins grave que ce qu'avait fait Hanna. J'aurais dû en fait montrer Hanna du doigt. Mais ce doigt m'aurait visé aussi. Je l'avais aimée. Je ne l'avais pas seulement aimée, je l'avais choisie. J'ai essayé de me dire que, lorsque j'avais choisi Hanna, je ne savais rien de ce qu'elle avait fait. J'ai tenté par là de me persuader que j'étais dans l'état d'innocence qui est celui des enfants aimant leurs parents. Mais l'amour qu'on porte à ses parents est le seul amour dont on ne soit pas responsable." (Folio - p.190-191)

Un auteur à découvrir...  ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation05_30lecture_notation0_30

Je remercie chaleureusement Nanne qui m'a offert ce livre dans le cadre du swap Book Inside organisé par Ys.

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