Hagena
Editions : Editions Anne Carrière - Traduction : de l'allemand par Bernard KREISS -
Titre original : Der Geschmack von Apfelkernen - Nombre de pages : 268

4ème de couverture :
À la mort de Bertha, ses trois filles, Inga, Harriet et Christa, et sa petite-fille, Iris, la narratrice, se retrouvent dans leur maison de famille, à Bootshaven, dans le nord de l’Allemagne, pour la lecture du testament. A sa grande surprise, Iris hérite de la maison et doit décider en quelques jours de ce qu’elle va en faire. Bibliothécaire à Fribourg, elle n’envisage pas, dans un premier temps, de la conserver. Mais, à mesure qu’elle redécouvre chaque pièce, chaque parcelle du merveilleux jardin qui l’entoure, ses souvenirs se réveillent, reconstituant l’histoire émouvante, parfois rocambolesque, mais essentiellement tragique, de trois générations de femmes.
Katharina Hagena nous livre ici un grand roman sur le thème du souvenir et de l'oubli.

Mon avis :
Après le décès de sa grand-mère, Iris se rend dans la maison familiale dont elle vient d'hériter. Elle est résolue à se débarrasser de la maison au plus vite mais c'était sans compter sur les souvenirs qui imprègnent les lieux : le jardin où les groseilles, blanches, permettent de faire la meilleure confiture de larmes qui puisse exister; la cuisine pleine des moments de complicité avec sa grand-mère Bertha; les chambres où les armoires regorgent encore des vêtements de sa mère, Christa, et de ses tantes, Inga et Harriet; le bureau d'Hinnerk où son grand-père aimait méditer seul; et partout, elle se remémore les jeux de son enfance, remplis de rires, de complicité et de mini disputes avec sa cousine Rosemarie et leur amie Mira...
Alors que les murs de la maison regorgent de ces moments passés, de ses souvenirs inoubliables, comment de ne pas succomber à l'appel du passé, comment ne pas être tentée de replonger, l'espace de quelques jours, dans ces moments oubliés... et c'est exactement ce que va faire Iris, aidée en cela par un trop séduisant notaire...

Voici un roman tel que je les aime et tel que mon état d'esprit du moment était tout à fait prêt à accepter et à apprécier pleinement ! Car, en effet, j'ai beaucoup aimé ce récit emprunt de tant d'émotion, de douceur, de mélancolie et de folie douce... Sous prétexte d'une histoire qui peut paraître bien simpliste d'un premier abord, l'auteur nous explique comment les souvenirs peuvent s'accommoder des non-dits et comment la vérité, petite touche par petite touche, souvenir après souvenir, se révèle au détour d'une anecdote du passé... J'ai également beaucoup apprécié le personnage d'Iris, un peu gauche, se mettant parfois dans des situations bien gênantes (mais très amusantes !) telle la fois où elle se retrouve dans un lac, toute nue, alors qu'un beau notaire vient effectuer sa nage matinale...

Par ailleurs, j'ai trouvé la construction du roman très intéressante : la réalité d'aujourd'hui avec Iris, Max et Lexow est entremélée des souvenirs de la jeune femme. A chaque plongée dans son passé, au détour d'une pièce de la maison ou d'une ballade dans le jardin, elle nous présente une facette de la personnalité d'un des autres membres de sa famille, certains sont toujours en en vie, d'autres sont partis il y a longtemps mais tous demeurent bien présents dans l'esprit de la jeune femme et tous participent à son l'histoire...

Morceau choisi :
"Par une chaude après-midi, elles étaient toutes deux assises derrière la maison, dans le verger. Bertha posa soudain sur sa fille, Christa, un regard clair et pénétrant qu'on ne lui connaissait plus depuis longtemps et lui déclara d'une voix ferme qu'Anna, s'agissant de pommes, avait toujours aimé par-dessus tout les boscops, et elle, en revanche, les cox orange. Un peu comme si c'était là l'ultime secret qu'elle eût encore à révéler.
Anna aimait les boscops, Bertha les cox orange. En automne, les chevelures des deux soeurs exhalaient un parfum de pommes, leurs vêtements et leurs mains également. Elles faisaient de la gelée de pomme et du jus de pomme et de la gelée de pomme à la cannelle, et la plupart du temps, elles avaient des pommes dans les poches du tablier et une pomme entamée à la main. Bertha commençait par croquer rapidement un large anneau autour du ventre de la pomme, puis elle grignotait prudemment le bas autour de la fleur, ensuite le haut entourant le pédoncule, quant au coeur, elle le jetait au loin par dessus son épaule. Anna mangeait lentement et consciencieusement, de bas en haut - tout. Les pépins, elle les mâchonnait durant des heures. Lorsque Bertha lui disait que les pépins étaient empoisonnés, Anna répliquait, qu'ils avaient un goût de massepain. Elle ne recrachait que la queue. C'est Bertha qui m'a raconté cela un jour en constatant que je mangeais les pommes exactement comme elle. A l'en croire, c'était ainsi que la plupart des gens mangeaient les pommes."
(Editions Anne Carrière - p.68-69)

A savourer...  ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation0_30

Un grand merci à Aifelle d'avoir fait de ce livre un livre voyageur me permettant ainsi de découvrir ce petit bijou...

Elles se sont également promenées dans le jardin de la maison familiale à Bootshaven : Aifelle, Mango, Bénédicte, Stéphie, Manu et bien d'autres encore...

compotier_cezanne
Paul CEZANNE - Compotier, verre et pommes - 1880