Morris_ame
Editions : 10/18 (collection : Grands détectives) -
Traduction : de l'anglais par Bernard CUCCHI -
Titre original : A Gentle Axe - Nombre de pages : 410

4ème de couverture :
Un an et demi après « l'affaire Raskolnikov », Porphiri Pétrovitch, le juge d'instruction qui a mené l'enquête du double meurtre de Crime et Châtiment, plonge à nouveau dans une affaire criminelle où le mystère semble insoluble. Durant l'hiver 1866, la découverte, sous la neige du Parc Pétrovski, d'un homme pendu au pied duquel gît un nain au crâne ouvert, dissimulé dans une valise, provoque la perplexité de la police de Saint-Pétersbourg. Suicide dicté par le remords ou mise en scène macabre ? Obstiné, placide et perspicace, l'enquêteur le plus redoutable de la ville plonge au coeur des sombres secrets de la cité impériale, bouillonnante d'idées nouvelles et gangrénée par la misère...

"Vivant et captivant... ce roman préserve le suspens jusqu'à la fin. R. N. Morris s'est brillamment approprié le héros du roman de Fédor Dostoïevski."  The Independent

Mon avis :
Saint-Pétersbourg, hiver 1866, sous le règne d'Alexandre II.
Dans le froid glacial d'un matin d'hiver, Zoïa Nikolaievna Petrova, une pauvre et vieille femme, traverse péniblement le parc Pétrovski en quête de petit bois lorsqu'elle découvre un pendu aux pieds duquel se trouve une valise contenant le corps d’un nain dont la tête a été fendue à coups de hache ! Quelque peu apeurée, elle s'éloigne rapidement, non sans avoir au préalable fouillé les deux corps et récupéré une enveloppe contenant six mille roubles !
Pour le "prokuror", l'enquête est close avant même d'avoir commencé : l’homme retrouvé pendu s’est donné la mort, une fois son crime commis. Mais pour Porphiri Pétrovitch, le juge d’instruction, ce n'est pas si simple : pourquoi la flasque de vodka retrouvé sur le pendu est-elle toujours pleine ? Car, en effet, si cette dernière était sensée lui donner du courage, elle devrait être vide à présent ! De plus, pourquoi le manteau du pendu n'a-t-il aucune tâche de sang ? Et quelle est la signification de cette singulière entaille sur le tronc du pendu ? Il semble donc que l'affaire ne soit pas si simple...
L'enquête entrainera Porphiri Pétrovitch à travers tout Saint-Pétersbourg, des quartiers huppés aux immeubles insalubres, des demeures bourgeoises aux maisons closes où il rencontrera tour à tour une sublime prostituée, un étudiant tourmentée et affamé qui ne sera pas sans lui rappeler Raskolnikov, deux respectables éditeurs, un prince amoureux d'un acteur et tant d'autres qui seront tous suspects !

Voilà un roman policier assez sympathique, très agréable et facile à lire et nous plongeant avec ravissement dans la Russie du XIXe siècle... Porphiri Pétrovitch est un enquêteur intéressant (et typiquement slave !) qui s'attache à vérifier les alibis, trouver les mobiles, tout en sondant l'âme des suspects. En cela, c'est un livre policier comme je les apprécie, s'intéressant plus aux personnages et aux motivations des suspects qu'aux faits et même au crime lui-même !
Mais est-ce parce que je n'ai pas réellement retrouvé l'ambiance de Crime et Châtiment de Dostoïevski alors même que de nombreuses allusions sillonnent le roman ? Est-ce parce que Porphiri Pétrovitch me semble moins attentif aux "âmes" qu'il ne l'était un an et demi plus tôt avec Raskolnikov ? Est-ce parce que j'ai trouvé les personnages moins révoltés, moins tourmentés, moins fouillés ? Est-ce parce que ma lecture de Crime et Châtiment date de quelques temps déjà et que je l'ai trop idéalisée ? Je ne sais pas vraiment mais je ressorts un tantinet déçue de ma lecture, comme un manque alors même que je lirai très certainement et très volontiers la suite de cette série (Le temps de la vengeance sorti en janvier 2010 chez 10/18 et Les enfants perdus de l'empire sorti en décembre 2010 chez 10/18)...

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"Rien n ’est plus beau que la Perspective Nevski du moins à Saint-Pétersbourg" - Gogol

Morceau choisi :
"Le chemin du canal l'amena sur la perspective Nevski à hauteur de Notre-Dame-de-Kazan. La largeur et l'opulence de cette avenue l'intimidèrent. Il eut l'impression que le vent qui la balayait allait le détruire, délibérément. Seuls les nantis, vêtus de fourrure pouvaient s'aventurer ici.
Virginski décida de s'abriter sous la colonnade de la cathédrale. Il se serait volontiers dit athée, mais il avait toujours aimé cet endroit. La colonnade en demi-cercle lui rappelait vaguement deux bras ouverts et, devant la majesté de cette architecture, il n'avait pas peur. Elle lui semblait contenir quelque chose de favorable et de bienveillant. Il croyait qu'elle avait su filtrer l'humanité du tailleur de pierre paysan.
Le vent avait éparpillé entre les colonnes de petits amas de poudreuse qui se défaisaient ou s'amassaient, au gré des bourrasques. A force d'observer le palimpseste des traces de pas sur les pavés, Virginski perdit le fil de ses pensées et devint incapable de compter ses pas.
Il ressentit plus douloureusement encore son humiliation et le souvenir vague qu'il avait eu la volonté d'y mettre fin. Il se souvint d'un plan, ourdi lors de son séjour dans une cellule de police, ou peut-être même avant. Sa vie, semblait-il était vouée à l'éxécution d'une même résolution, à l'établissement d'un plan, toujours le même. Trouverait-il enfin le courage de passer à l'acte ?
Mais il avait déjà oublié en quoi consistait ce fameux plan et il lui faudrait attendre que cela lui revienne. Entre-temps..."
(10/18 - p.253)

Pour une lecture simple et agréable mais très en-deçà du souvenir fabuleux que j'ai de Crime et Châtiment (mais est-ce vraiment raisonnable de comparer ?)... ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation0_30lecture_notation0_30