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Editions : Le Livre de Poche - Nombre de pages : 92

4ème de couverture :
Relation allégorique d'un drame individuel, cet ardent réquisitoire contre la peine de mort et contre la prison met à nu le mécanisme de la brutalité sociale qui ne sait répondre à la détresse que par la répression. Avec Claude Gueux, Victor Hugo n'est plus simplement romancier ou poète. Il conquiert une place éminente auprès des plus grands orateurs de la Liberté.

Mon résumé :
1831. Claude Gueux, ouvrier parisien, purge une peine de cinq ans de prison à la Maison Centrale de Clairvaux. Son crime ? Avoir refusé de voir sa femme et son enfant mourir de froid et de faim. Le Résultat ? Cinq ans de prison pour lui et trois petits jours de pain et de feu pour sa famille...
Claude s'acclimate tant bien que mal à la prison, il est travailleur et son bon sens est apprécié des autres prisonniers. Doté d'un très grand appétit, il se lie d'amitié avec Albin qui, lui, n'a pas son estomac et qui lui donne la moitié de sa pitance chaque jour... Mais cette entente ne plaît pas au directeur des ateliers qui envoie Albin dans un autre atelier, séparant ainsi les deux amis. Claude voit rouge et tue le directeur. Pour ce crime, il sera condamné à mort.

Mon avis :
Après ma lecture du roman Le dernier jour d'un condamné de cet auteur, j'avais très envie de lire ce récit bien plus ancré dans la réalité dans la mesure où Victor Hugo s'est directement inspiré d'un fait réel pour l'écrire. Comme dans Le dernier jour d'un condamné, Hugo condamne sans appel la peine de mort mais dans ce récit, il va plus loin, et dénonce également la discrimination et l'injustice qui sévissent dans les prisons et les cours de justice !
"Quoi, s'écria Claude, je n'ai pas été provoqué ! Ah ! oui, vraiment, c'est juste. Je vous comprends. Un homme ivre me donne un coup de poing, je le tue, j'ai été provoqué, vous me faites grâce, vous m'envoyez aux galères. Mais un homme qui n'est pas ivre et qui a toute sa raison me comprime le coeur pendant quatre ans, m'humilie pendant quatre ans, me pique tous les jours, toutes les heures, toutes les minutes, d'un coup d'épingle à quelque place inattendue pendant quatre ans ! J'avais une femme pour qui j'ai volé, il me torture avec cette femme; j'avais un enfant pour qui j'ai volé, il me torture avec cet enfant; je n'ai pas assez de pain, un ami m'en donne, il m'ôte mon ami et mon pain. Je redemande mon ami, il me met au cachot. Je lui dis vous, à lui mouchard, il me dit tu. Je lui dis que je souffre, il me dit que je l'ennuie. Alors, que voulez-vous que je fasse ? Je le tue. C'est bien, je suis un monstre, j'ai tué cet homme, je n'ai pas été provoqué, vous me coupez la tête. Faites !" (Le Livre de Poche - p.66)

Au-delà de son combat contre la peine de mort, Victor Hugo fustige le système judiciaire français de l'époque qu'il accuse d'être beaucoup trop répressif et pas assez préventif, notamment à cause d'une éducation quasi inexistante du peuple : "Cette tête de l’homme du peuple, cultivez-la, défrichez-la, arrosez-la, fécondez-la, éclairez-la, moralisez-la, utilisez-la; vous n’aurez pas besoin de la couper." (Le Livre de Poche - p.87). Ainsi, sans aucune éducation, les pauvres n'ont pour seul recours que le vol lorsque la faim les tenaille, les entrainant dans une spirale infernale...

Je crois avoir déjà exprimé ma grande admiration pour cet auteur et vous ne serez donc pas surpris si je vous dis que ce récit est indispensable à lire. D'une part parce que le talent de Hugo est indéniable, même dans ce récit court, qui décortique la société et le système pénitentiaire avec une précision quasi-chirurgicale, mais surtout parce que le message véhiculé dans ces pages est encore bien d'actualité dans de nombreux pays, et pas forcément ceux dits les moins "évolués".

Par ailleurs, je vous conseille vivement de coupler cette lecture avec celle du Dernier jour d'un condamné.

Morceaux choisis :
"Le peuple a faim, le peuple a froid. La misère pousse au crime et au vice, selon le sexe. Ayez pitié du peuple, à qui le bagne prend ses fils, et le lupanar ses filles. Vous avez trop de forçats, vous avez trop de prostituées. Que prouvent ces deux ulcères ! Que le corps social a un vice dans le sang. Vous voilà réunis en consultation au chevet du malade; occupez-vous de la maladie." (Le Livre de Poche - p.79)

"Messieurs, il se coupe trop de têtes par an en France. Puisque vous êtes en train de faire des économies, faites-en là-dessus. Puisque vous êtes en verve de suppressions, supprimez le bourreau. Avec la solde de vos quatre-vingts bourreaux, vous paierez six cents maîtres d’école." (Le Livre de Poche - p.80)

A lire... ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation05_30