KawabataEditions : Le Livre de Poche - Traduction : du japonais par Bunkichi FUJIMORI -
Titre original: Yukiguni - Nombre de pages : 190

4ème de couverture :
À trois reprises, Shimamura se retire dans une petite station thermale, au coeur des montagnes, pour y vivre un amour fou en même temps qu'une purification. Chaque image a un sens, l'empire des signes se révèle à la fois net et suggéré. Le spectacle des bois d'érable à l'approche de l'automne désigne à l'homme sa propre fragilité. "Le rideau des montagnes, à l'arrière-plan, déployait déjà les riches teintes de l'automne sous le soleil couchant, ses rousseurs et ses rouilles, devant lesquelles, pour Shimamura, cette unique touche d'un vert timide, paradoxalement, prenait la teinte même de la mort."
Yasunari Kawabata, le plus grand écrivain japonais contemporain, a obtenu le prix Nobel de littérature en 1968.

Mon avis :
Yasunari Kawabata et moi, c'est loin d'être une belle histoire d'amour... et pourtant, à chaque nouvelle plongée dans un de ses livres, j'espère que la magie tant décrite par de nombreux lecteurs va opérer : en vain ! Ma première rencontre avec cet auteur avait pour cadre Les belles endormies, roman que j'avais trouvé pour le moins étrange mais qui m'avait toutefois laissé un goût de mystère et d'exotisme même s'il avait un côté voyeurisme assez malsain qui me dérangeait quelque peu... Alors, qu'à cela ne tienne, n'étant  pas femme à m'arrêter à la première impression, surtout en matière de lecture, j'ai récidivé avec La danseuse d'Izu, histoire de confirmer (ou pas) mes "mauvaises" impressions... Et, ma foi, à la suite de cette lecture, tout était dit : Kawabata et moi n'étions pas fait pour nous entendre !!

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Cependant, lorsque Melmelie, à l'occasion du Swap de Noël organisé par Stéphie et Pimprenelle, a décidé de me réconcilier avec ce grand auteur en m'offrant très généreusement Pays de neige, j'étais toute disposée à revoir mon jugement et, pourquoi pas, à savourer ce petit roman plein de promesses...  Mais, je dois bien avouer que la magie n'a malheureusement pas opéré et que je me suis bien ennuyée à la lecture de ce livre...

Pourquoi ? En premier lieu, mon rejet vient sans doute de l'histoire : comment puis-je adhérer à l'histoire d'un homme qui laisse femme et enfants pour se relaxer dans les bras d'une geisha ? Certes les moeurs sont différentes au Japon (et dans les années 60 encore plus) mais je tiens la fidélité comme un des piliers du couple alors, même si les geishas sont tolérées (voire favorisées parfois)  par les épouses, moi, je ne peux pas ! 
Ensuite, j'ai trouvé l'histoire assez étrange et décousue, voire manquant de réalisme. Ainsi, Shimamura est attirée par Yôko, une jeune fille aperçue dans le train qui l'amène pour la seconde fois dans les montagnes mais c'est avec Komako qu'il souhaite tout de même se détendre alors même que Yôko occupe presque toutes ses pensées... Bizarre... De même, Komako agit de façon très étrange à mes yeux : alcoolique, coléreuse et fantasque, elle manque de tact et de cohérence face à un Shimamura dont elle se prétend amoureuse ! Par ailleurs, ses sautes d'humeur ne me semblent pas cadrer  avec son statut de geisha... ou peut-être est-ce moi qui ne comprends pas, ce qui est une hypothèse tout à fait acceptable dans la mesure où je ne connais pas les us et coutumes des geishas !
Enfin, je n'ai malheureusement pas été séduite par les descriptions des paysages enneigés alors même que je trouve la couverture de mon édition magnifique... ;-)

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En conclusion, je dirais que je suis bien consciente que Pays de Neige est un très bon roman, voire un chef-d'œuvre mais il y a tant d'éléments que je n'ai pas compris, auxquels mon esprit est demeuré hermétique que je ne pouvais pas apprécier cette lecture...  Cette lecture révèle tout de même un élément essentiel : je n'en ai pas fini avec la découverte du Japon et de sa culture... ;-)

Morceau choisi :
"Sur le fond, très loin, défilait le paysage du soir qui servait, en quelque sort, de tain mouvant à ce miroir; les figures humaines qu'il réfléchissait, plus claires, s'y découpaient un peu comme les images en surimpression dans un film. Il n'y avait aucun lien, bien sûr, entre les images mouvantes de l'arrière-plan et celles, plus nettes , des deux personnages; et pourtant tout se maintenait en une unité fantastique, tant l'immatérielle transparence des figures semblait correspondre et se confondre au flou ténébreux du paysage qu'enveloppait la nuit, pour composer un seul et même univers, une sorte de monde surnaturel et symbolique qui n'était plus d'ici. Un monde d'une beauté ineffable et dont Shimamura se sentait pénétré jusqu'au coeur, bouleversé même, quand d'aventure quelque lumière là-bas, au loin dans la montagne, scintillait tout à coup au beau milieu du visage de la jeune femme, atteignant à un comble inexprimable de cette inexprimable beauté.
Dans le ciel nocturne, au-dessus des montagnes, le crépuscule avait laissé quelques touches de pourpre attardée et l'on pouvait encore distinguer, très loin, sur l'horizon, la découpure des pics isolés. Mais ici, plus près, c'était le défilé constant du même paysage campagnard, complètement éteint maintenant et privé de toute couleur. Rien pour y retenir l'oeil. Il défilait comme un flot de monotonie, d'autant plus neutre et d'autant plus estompé, d'autant plus vaguement émouvant qu'il courait pour ainsi dire sous les traits de la jeune femme, derrière ce beau visage émouvant qui semblait le rejeter tout autour dans la même grisaille. L'image même de ce visage, il est vrai, semblait si peu matérielle qu'elle devait être transparente elle aussi. Cherchant à savoir si elle l'était vraiment, Shimamura crut un mouvement voir le paysage au travers, mais les images passaient si vite qu'il lui fut impossible de contrôler cette impression." (Le Livre de Poche - p.21)

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A lire, sans doute, mais, pour moi, cela n'a pas fonctionné... ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation0_30lecture_notation0_30lecture_notation0_30lecture_notation0_30

Mille mercis à Melmelie de m'avoir offert ce livre.  ;o)

Le saviez-vous ?
portrait_hiroshigeLes illustrations de cet avis sont du dessinateur, graveur et peintre japonais Utagawa Hiroshige. Né en 1797 à Edo,
c'est un artiste prolifique qui réalisera plus de 5 400 estampes ! Il est réputé pour ses séries dont la série la plus significative représente les 53 stations de Tokaido, qu'il conçoit entre 1833 et 1834. Tokaido était une route qui connectait Edo avec Kyoto, et les stations étaient les endroits où les taxes étaient perçues et les voyageurs pouvaient passer la nuit ou manger.
Ses autres séries les plus connues sont :
    * Les places de Kyoto
    * Les huit vues du lac Biwa
    * Les places d'Edo
    * Soixante-neuf stations de la route de Kiso
    * Les Cent vues d'Edo
Bien qu'Hiroshige réussisse du point de vue commercial, la société japonaise de l'époque ne semble pas le compter parmi ses artistes les plus talentueux. Ce n'est que plus tard, en Europe, qu'il sera reconnu comme l'un des plus grands maîtres de l'estampe japonaise, probablement le plus célèbre après Hokusai.
Hiroshige meurt du choléra à l'âge de 62 ans, en 1858. (Source : Wikipedia)