Moro_JavierEditions : Robert Laffont - Traduction : de l'espagnol par François ROSSO -
Titre original: El sari rojo - Nombre de pages : 557

4ème de couverture :
Par amour, elle l'aurait suivi jusqu'au bout du monde, par fidélité, elle a conquis les sommets du pouvoir...

Cambridge, 1965. Rien ne prédisposait Sonia Maino, une jeune Italienne d'origine modeste, à rencontrer Rajiv, petit-fils de Nehru et fils d'Indira Gandhi. Au Varsity, le restaurant où leur ami commun les présente, Sonia tombe immédiatement sous le charme de cet étudiant discret, dont le seul rêve est de devenir pilote de ligne. Trois ans après et malgré les réticences de son père, Sonia épouse Rajiv à New Delhi. Elle revêt pour l'occasion le sari rose tissé par Nehru en prison, celui-là même qu'avait porté Indira lors de ses noces. Par ce mariage avec Rajiv, Sonia, l'Européenne catholique, choisit d'unir son destin à celui d'une nation, qui, pour l'heure, lui est étrangère. Des années plus tard, en 1991, la mort tragique de Rajiv ne pourra défaire les liens qui se sont noués entre Sonia et le peuple indien...

Par-delà l'histoire de Rajiv et Sonia, ce couple improbable et passionné, Javier Moro nous raconte la métamorphose d'une femme: d'étudiante timide à Cambridge, Sonia deviendra une épouse et une mère, pour se révéler dans l'épreuve une habile politique. Au coeur de ce pays qu'avec le temps elle a fait sien, Sonia reprendra le flambeau des Gandhi...

Mon avis :
Avertissement de l'auteur : "Ceci est une version romancée de la vie de Sonia Gandhi. Ni Sonia Gandhi, ni aucun membre de la famille Gandhi, Nehru ou Maino n'a fourni d'informations ou n'a collaboré à la rédaction de ce livre. Les dialogues, conversations et situations sont le fruit de l'interprétation de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement la stricte réalité."

Alors que je voue une véritable passion pour l'Inde (sans y être jamais allée, c'est tout de même très étrange ! Ceci dit, ce n'est pas l'envie qui me manque, c'est l'occasion mais, bref, ceci est une toute autre histoire...) et que Javier Moro est un auteur connu et reconnu pour ses romans dont l'action se situe principalement en Inde, je n'avais paradoxalement encore jamais ouvert de livre de cet auteur. Aussi, j'étais plus qu'impatiente de débuter la lecture de ce roman ! Et je ne suis pas déçue du voyage!
Certes, il faut prendre ce récit pour ce qu'il est: une version romancée de la vie de Sonia Gandhi et il convient également de bien garder en tête l'avertissement de l'auteur sous peine de conserver une image erronée et, somme toute, assez édulcorée des dessous de l'histoire politique indienne de ces dernières décennies mais, une fois ces deux points acquis et retenus, on prend plaisir à voyager dans le temps et l'espace... Le voyage débute en Italie où Sonia Maino a grandi, puis se déplace vers l'Angleterre où elle a poursuivi ses études et rencontré Rajiv Gandhi pour finir en Inde où elle s'est envolée pour suivre son mari...

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Tout au long de ces 550 pages et quelques, l'auteur s'attache à nous raconter comment, selon lui, Edvige Antonia Albina Maino (surnommée Sonia par son père qui, en hommage à la famille russe qui l'avait recueilli durant la guerre, s'était promis de toujours donner des prénoms russes à ses enfants), née en Italie en 1946 d'une famille modeste, est devenue l'une des femmes politiques les plus influentes de l'Inde (et classée en 2010, 2ème femme la plus puissante de monde après Michelle Obama !). Et le moins que l'on puisse dire, c'est que cette femme a eu un destin pour le moins exceptionnel !

Le roman commence par la mort douloureuse de Rajiv Gandhi, fils d'Indira Gandhi et petit-fils de Nehru :
"New Delhi, 24 mai 1991.
Sonia Gandhi n'arrive pas à croire que l'homme de sa vie est mort [...]. Tout a été si rapide, si brutal et inattendu qu'elle ne peut le concevoir. Son mari est tombé dans un attentat terroriste il y a deux jours. Il s'appelait Rajiv Gandhi, il avait été Premier ministre et, selon les enquêtes, il aurait pu l'être de nouveau si sa campagne électorale ne s'était si tragiquement interrompue. Il avait quarante-six ans." (Robert Laffont - p.15)

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Sonia, son épouse, ainsi que leurs deux enfants, Rahul et Priyanka, assistent, impuissants et révoltés, à sa crémation. Et alors que Sonia n'aspire qu'à exprimer son chagrin, elle se doit de rester digne car il n'est pas convenable pour une épouse indienne de montrer ses sentiments, surtout en public, entourée de milliers d'indiens venus rendre un dernier hommage à Rajiv...
Dans ce chapitre d'ouverture, Javier Moro insiste sur la détresse de Sonia à la mort de son mari, sur son impuissance à pardonner et à accepter l'inéluctable et surtout sur sa haine envers la politique qu'elle juge responsable de la disparition de l'homme qu'elle aimait ! "Nous connaissons la politique, son prétendu glamour, ses flatteries et ses mensonges [...]. Nous avons vu de près la meute des politiciens, leur double langage, leurs rivalités incessantes, leurs manipulations, leurs trahisons. Nous savons tout de l'inconstance des gens de presse et de télévision." (Robert Laffont - p.311). Aussi, rien d'étonnant à ce qu'elle refuse le poste de présidente du parti du Congrès que les alliés politiques de son mari s'empressent de lui proposer...

Mais penser que la vie publique de Sonia allait s'arrêter là, sur ce refus, s'était méconnaître l'engagement de la famille Gandhi envers son pays. A en croire Javier Moro, depuis Jawaharlal Nehru, une malédiction semble régner sur les membres de cette famille, les obligeant à s'engager envers leur peuple et à toujours oeuvrer à l'amélioration des conditions de vie des indiens, même si cela passe par le sacrifice de leur vie privée, voire de leur vie tout simplement...
Et ainsi, sous prétexte de raconter l'histoire d'amour entre Sonia et Rajiv, Javier Moro nous dévoile l'histoire de cette dynastie dont le destin est fortement lié à l'Histoire de l'Inde. On survole tout d'abord la vie du grand-père de Rajiv, Jawaharlal Nehru, ami très proche du Mahatma Gandhi et premier Premier ministre de l'Inde indépendante. Puis, à sa mort, la mère de Rajiv, Indira, reprend le combat devenant, en 1966, Premier ministre à son tour, à la tête d'une "nation composée d'une complexe mosaïque de peuples qui se réclamaient d'ethnies, de religions, de langues et de cultures extrêmement diverses. Un pays à majorité hindoue, mais comptant des millions de musulmans, ce qui en faisait la deuxième nation islamique de la planète. Sans oublier les dix millions de chrétiens, les sept millions de sikhs, les deux cent mille parsis et les trente-cinq mille juifs dont les ancêtres avaient fui la Babylone après la destruction du temple de Salomon." (Robert Laffont - p.90). On comprend la difficulté pour une femme, même bien entourée et dotée d'un caractère à toute épreuve, de gouverner un si vaste pays dans tous les sens du terme... Cependant, je trouve que Javier Moro se montre assez indulgent envers la famille Gandhi et minimise quelque peu les difficultés et souffrances rencontrées par le peuple indien durant l'état d'urgence promulgué en 1976 par Indira, état d'urgence qui durera presque 2 ans et durant lequel (entre autre) un vaste programme de contrôle des naissances aurait permis la pratique de 7 millions de vasectomies !!
A la mort de Sanjay, son frère, Rajiv accepte de seconder sa mère puis, après l'assassinat cette dernière en 1984, il reprend à son tour le flambeau...
Je n'en dis pas plus et vous laisse découvrir cette fresque...

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Cependant, j'ai tout de même quelques petits bémols à formuler sur ce livre (et, oui, je suis une éternelle insatisfaite!).
Tout d'abord, et même si je pense sincèrement que ce livre constitue, autant que je puisse en juger, un bon résumé de l'Histoire de l'Inde de ces dernières décennies, je déplore un parti pris un peu trop pro-famille Gandhi de l'auteur dans les périodes les plus controversées des mandats d'Indira... Certes, il est assez difficile de juger sans maîtriser l'ensemble des éléments mais il me semble que les membres de la famille Gandhi n'ont pas été tous aussi transparents que cela dans leur façon de gouverner...
Mon deuxième bémol concerne le style. En effet, je reconnais que ce livre se lit très facilement et que les 550 pages passent assez vite, mais il faut bien avouer que, se voulant un roman biographique, le style reste très descriptif, entrecoupé de peu de dialogues directs ce qui entraîne quelques longueurs voire de la lassitude parfois...
Enfin, j'ai trouvé que Javier Moro en a fait beaucoup trop concernant "Sonia la parfaite" : elle apparait comme LA femme idéale, la mère idéale, la belle-fille idéale, bref... un peu plus de "sale caractère" ne m'aurait pas gênée !! ;-)

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Morceau choisi :
"Les paroles de Rajiv, qui lut quelques vers du RigVeda choisis par sa mère, mirent un point final à la cérémonie:

Doucement souffle le vent,
Doucement coule la rivière.
Que les jours et les nuits nous apportent le bonheur;
Que la poussière de la terre nous apporte le bonheur;
Que les arbres nous récompensent de leurs fruits,
Et que le soleil nous enveloppe de bonheur...

Ce fut tout. Les mariés franchirent le paravent pour être accueillis par une pluie de pétales de fleurs et le vacarme d'un feu d'artifice savamment orchestré par Sanjay. La cérémonie n'aurait pas pu être plus simple."
(Robert Laffont - p.114)

A découvrir... ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation0_30

Pour aller au-delà de la lecture, je vous engage à lire cet article très instructif de Marie-France Calle sur l'accueil de ce roman en Inde :  Inde : une biographie de Sonia Gandhi crée la polémique