Hoeg_SmillaEditions : Points - Traduction : du danois par Alain GNAEDIG et Martine SELVADJIAN -
Titre original: Froken Smillas fornemmelse for sne - Nombre de pages : 513

4ème de couverture :
Smilla connaît la neige. Groenlandaise, expatriée au Danemark, elle garde de son enfance une perception aiguë et un amour incommensurable pour les paysages immaculés. Quand le petit Esajas se tue en tombant du toit d'un immeuble, elle ne croit pas à un accident. Smilla sait lire les empreintes de la neige: ce ne sont pas celles d'un enfant qui jouait, mais celle d'une proie qui cherchait à s'enfuir...

"Quand on a l'habitude de la neige, on ne laisse pas de telles empreintes."

Mon avis :
"Il gèle, un extraordinaire -18°C; il neige et, dans la langue qui n'est plus la mienne, cette neige est qanik - de gros cristaux planent presque en apesanteur, s'amoncellent sur le sol et le recouvrent d'une couche de gelée blanche et poudreuse. [...]
On met en terre le cercueil de bois sombre. Il a l'air minuscule et une couche de neige le recouvre déjà. Les flocons ne sont pas plus gros que des petites plumes et, telle est la neige, elle n'est pas nécessairement froide. A présent, les cieux pleurent sur Esajas et leurs larmes se transforment en un duvet de givre pour le recouvrir. L'univers dépose sur lui un édredon afin qu'il n'ait plus jamais froid." (Points - p.13-14)
Copenhague, quelques jours avant Noël, un enterrement. Smilla est triste, Esajas, un petit garçon qu'elle avait pris sous son aile, est mort, tombé du toit de leur immeuble. Accident ? Smilla n'y croit pas une seule seconde : tout d'abord, parce que les traces dans la neige qu'elle sait si bien lire indiquent qu'il fuyait; ensuite, parce qu'Esajas ne serait jamais monté sur ce toit sans qu'on l'y force car il avait de vertige ! Alors, que s'est-il passé ? Pourquoi s'en prendre à un petit garçon de 6 ans, a priori inoffensif ? Smilla, fille d'une groenlandaise disparue lors d'une chasse à l'ours dont elle a hérité son amour de la neige et de la glace et d'un père danois ayant succombé au caractère bien trempé de sa mère, s'embarque alors dans une enquête où l'un des personnages principaux n'est rien de moins que la... neige ! 

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Inutile de tourner autour du pot : j'ai adoré cette lecture et je tiens à remercier chaleureusement Melmelie qui m'a offert ce livre dans le cadre du swap de Noël organisé par Stéphie et Pimprenelle.
Bien entendu, vous n'aurez pas manqué de remarquer qu'avec ce livre, j'ai voyagé bien loin de mes contrées habituelles mais l'écriture est si magnifique que le froid et la neige ne m'ont pas gênée outre mesure et je me suis plongée avec délice dans cette lecture et le voyage a été bien agréable...

Tout d'abord, je l'ai déjà dit, j'ai adoré l'écriture de Peter Høeg (et des deux traducteurs : je ne lis pas encore le danois !); le style est poétique, les descriptions sont bien souvent tristes ou mélancoliques mais cela sonne tellement vrai que cela ne m'a aucunement déprimée, au contraire, je me suis régalée... En bref, une écriture parfaite pour mon état d'esprit du moment !
Ensuite, je me suis beaucoup attachée au personnage de Smilla Jaspersen, jeune femme au fort caractère qui, une fois sa décision prise de faire la lumière sur la mort du petit Esajas, va jusqu'au bout de ses convictions, même si ses recherches mettent sa vie en danger ! C'est un personnage touchant, asocial par bien des côtés, un peu triste, ayant peur de s'attacher et fuyant toute forme d'amitié - et d'amour - mais elle m'a entraîné sans aucun effort dans son univers insolite, mélange de mathématiques et de poésie. "Ce que j'éprouve dans la solitude, d'autres le ressentent dans la paix d'une église : c'est la lumière de la grâce. Jamais je ne referme la porte derrière moi sans être consciente d'exécuter un acte de charité à mon profit. Cantor a illustré le concept d'infini pour ses étudiants par cette histoire : il était une fois un homme qui possédait un hôtel avec un nombre infini de chambres. L'hôtel était complet. Arriva un client supplémentaire. Le patron déplaça le client de la chambre 1 dans la chambre 2, celui de la 2 dans la 3, celui de la 3 dans la 4 et ainsi de suite. Ainsi, la chambre 1 était libre pour le nouveau venu.
Ce qui me ravit dans cette histoire, c'est que toutes les personnes impliquées, hôtelier et clients, trouvent normal d'exécuter un nombre infini d'opérations afin qu'un seul individu jouisse du calme et de la sérénité dans une chambre qui soit la sienne. Voilà un grand hommage à la solitude." (Points - p.21) !

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De plus, ce livre a été un excellent prétexte pour découvrir ce "grand nord" que je ne connais que très peu, voire pas du tout et que je n'avais qu'entraperçu lors de ma lecture du livre de Jørn Riel : Le naufrage de la Vesle Mari et autres racontars. J'ai ainsi pu découvrir - un peu - la condition des Groenlandais, le regard que portent les Danois sur cette population qu'ils estiment arriérés et la souffrance et le désespoir que peuvent ressentir certains émigrés cantonnés dans un univers qui n'est pas le leur...

Pour finir, je dois tout de même bien avouer que l'intrigue est un peu alambiquée, les descriptions des personnages assez elliptiques les rendant donc difficiles à cerner et la fin est carrément tirée par la cheveux (on flirte avec la science-fiction) mais cela n'ôte rien à l'intérêt du livre... ;-)

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Morceau choisi :
"Il y a mille manières de dissimuler une déprime. Aller écouter un concert pour orgue dde Bach à l'église Saint-Sauveur. Étendre avec une lame de rasoir une ligne de bonne humeur en poudre sur un miroir et la renifler avec une paille. Appeler à l'aide. Par téléphone, ne serait-ce que pour s'assurer de l'identité de l'interlocuteur.
Réagir, se débattre, c'est la méthode européenne.
J'opte pour la méthode groenlandaise, qui consiste à se complaire dans son malheur. A placer son échec sous un microscope et l'observer tout à son aise."
(Points - p.123)

A lire ! ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation05_30

D'autres avis : Allie.

Smilla__5_Un petit mot sur le film ?

Réalisateur : Bille August
Avec :
Julia Ormond, Gabriel Byrne, Richard Harris
Titre original :
Smilla's Sense of Snow
Durée :
2h
Année de production : 1996

Très belle adaptation qui respecte assez bien la trame du livre sans toutefois lui être totalement fidèle... Mais elle se regarde avec plaisir. Je déplore toutefois quelques raccourcis qui, à mon sens, donne une image très différente de certains personnages comme celui du mécanicien qui a un rôle tellement plus important dans le livre !!
L'interprétation de Julia Ormond est très réussie et, même si elle n'a pas vraiment le physique que j'avais imaginé pour Smilla, je l'ai tout de même trouvée très touchante.

Les photos qui illustrent cet avis sont tirées du film.

Je vous laisse avec la bande-annonce :