pattisonEditions : 10/18 - Traduction : de l'anglais par Freddy MICHALSKI -
Titre original: The Skull Mantra - Nombre de pages : 533

4ème de couverture :
Pour avoir mis trop d'obstination à résoudre une affaire impliquant un dirigeant du Parti communiste, Shan Tao Yun, ancien inspecteur chinois, endure l'épuisement, la faim et la peur depuis trois ans dans un camp de travaux forcés au Tibet. Après la découverte du corps décapité d'un Américain aux abords du camp, ses codétenus, des moines tibétains, refusent de reprendre le travail, au péril de leur vie. Sur ordre de l'abject colonel Tan et pour sauver ceux qui sont devenus ses amis, Shan accepte de mener l'enquête. Elle le conduira, envers et contre tous, jusque dans l'antre du dragon...
Ce roman, déchirant cri de révolte contre la barbarie, a obtenu le prestigieux Edgar Award.

"Ce roman policier vaut tout autant par l'utilisation intelligente d'un décor profondément original que par la qualité d'une intrigue remarquablement conçue." Le Monde des Livres

tibetMon avis :
"C'est toujours ainsi que les choses se passaient, de cette même manière, abrupte et inattendue, comme s'ils se trouvaient poussés soudain par une voix que nul autre qu'eux ne pouvait entendre. Le suicide était un grand péché, et sa conséquence certaine, une réincarnation sous une forme de vie inférieure. Mais choisir de revivre à quatre pattes pouvait être une solution tentante face à la seule autre possibilité : une vie sur ses deux jambes dans une brigade de travaux forcés chinoise." (10/18 - p.12) Shan Tao Yun, ancien inspecteur chinois, est détenu depuis 3 ans au sein de la 404è brigade de construction du peuple, un camp de travaux forcés dans le comté de Lhadrung au Tibet. Entouré de moines bouddhistes prisonniers tout comme lui, il apprend à méditer et tente de survivre aux rudes conditions du camp. Un jour, le corps d'un homme décapité est retrouvé sur leur lieu de travail et le colonel Tan confie l’enquête à Shan, lui demandant de classer bien vite l'affaire... Mais Shan n'est pas homme à bâcler son travail et, soudain libre de ses mouvements, il se livre à une véritable enquête malgré la menace qui plane sur le camp à cause de la grève que mènent les moines tibétains prisonniers pour apaiser la colère des dieux ! En effet, l'homme retrouvé mort n'a pas été tué dans les conditions permettant à son âme de trouver le repos...

Il a manqué vraiment très peu de choses à ce roman pour qu'il soit mon premier coup de cœur de l'année 2011. Car, en effet, c'est un roman époustouflant, dense, très bien écrit qui nous livre un poignant témoignage sur le Tibet d'aujourd'hui. A la lecture de ce roman, et même si nous savons tous que la condition des tibétains est loin d'être enviable, particulièrement pour les moines bouddhistes exilés, nous nous rendons véritablement compte de la détresse de ce peuple brimé, colonisé par des Chinois qui non seulement ne respectent pas la culture des tibétains mais qui les méprisent !! Alors, certes, c'est avant tout un roman dont le point de vue est tranché et qui manque très certainement de nuance mais personne ne peut nier que le Tibet a bel et bien été envahi en 1950 par la Chine et que la sinisation démographique du pays avec, notamment, l'installation massive de Chinois dans les villes d'importance, a toute les chances de faire disparaître la culture tibétaine!
Et Eliot Pattison ne s'y trompe pas : il dénonce avec force cet état colonial avec son lot de démolitions de monastères, sa politique de constructions massives (de routes notamment) qui dénaturent de nombreux sites naturels, ses prisons où les détenus tibétains sont maltraités, ses administrations presque exclusivement dirigés par des Chinois, ses émigrations massives de "Han" qui visent à rendre minoritaire la population tibétaine... De quoi nous rappeler que ce n'est pas parce que personne n'en parle que cela n'existe pas !

Vous l'aurez donc compris, ce livre n'est pas un simple polar et l'enquête policière n'est pas, pour moi, le principal intérêt de ce roman. Ceci étant dit, l'intrigue est très bien menée et on suit avec plaisir l'ex-inspecteur Shan dans les montagnes lors de ses visites dans les monastères autorisés (les gompas), au village ragyapa (communauté tibétaine bouddhiste qui découpe les cadavres sur une colline sacrée et les donne en pâture aux vautours), dans le fouillis du marché de Lhadrung ou encore dans la mine américaine... autant de lieux très bien décrits où les croyances et les traditions sont respectées, même si pour cela, les rites doivent être pratiqués en secret... L'inspecteur Shan se révèle être un fin psychologue et nous rappelle que les méchants ne sont pas toujours dans un seul camp!

Alors, pourquoi, considérant tous ces éloges, ce roman n'est pas un coup de coeur ? Tout simplement parce que je me suis parfois perdue dans les méandres du récit, ne sachant plus qui était qui et où j'en étais... C'est un livre qui n'est absolument pas adapté aux transports en commun !!

Bref, une lecture instructive et captivante pour un roman presque parfait! ;-)

Tibet2Morceau choisi :
"Il se surprit à contempler dans le bureau extérieur un employé qui taillait des crayons. Il avait oublié qu'on taillait les crayons. Tout comme il avait oublié les innombrables gestes minuscules qui rythmaient les heures de la journée dans le monde extérieur. Il serra la mâchoire, luttant contre la question qu'aucun prisonnier du camp n'osait jamais se poser : serait-il capable de vivre à nouveau hors des murs ?" (10/18 - p.92)

Très enrichissant : à lire ! ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation05_30

D'autres avis : Agnès (tiens, je m'aperçois que j'ai choisi le même extrait qu'elle pour débuter mon avis !), Kathel, Papillon.