de_lucaÉditions : Folio poche - Traduction : de l'italien par Danièle VALIN -
Titre original: Montedidio - Nombre de pages : 230

4ème de couverture :
"Chacun de nous vit avec un ange, c'est ce qu'il dit, et les anges ne voyagent pas, si tu pars, tu le perds, tu dois en rencontrer un autre. Celui qu'il trouve à Naples est un ange lent, il ne vole pas, il va à pied : "Tu ne peux pas t'en aller à Jérusalem", lui dit-il aussitôt. Et que dois-je attendre, demande Rafaniello. "Cher Rav Daniel, lui répond l'ange qui connaît son vrai nom, tu iras à Jérusalem avec tes ailes. Moi, je vais à pied même si je suis un ange et toi tu iras jusqu'au mur occidental de la ville sainte avec une paire d'ailes fortes, comme celles du vautour." Et qui me les donnera, insiste Rafaniello. "Tu les as déjà, lui dit celui-ci, elles sont dans l'étui de ta bosse." Rafaniello est triste de ne pas partir, heureux de sa bosse jusqu'ici un sac d'os et de pommes de terre sur le dos, impossible à décharger : ce sont des ailes, ce sont des ailes, raconte-t-il en baissant de plus en plus la voix et les taches de rousseur remuent autour de ses yeux verts fixés en heut sur la grande fenêtre."

Mon avis :
"Je ne vais plus à l'école. Je viens d'avoir treize ans et mon père m'a mis à travailler. C'est juste, c'est le moment. L'instruction obligatoire va jusqu'à la neuvième, lui m'a fait étudier jusqu'à la septième parce que j'étais fragile et puis, comme ça, j'avais un meilleur niveau d'étude. Par ici, les enfants vont au boulot sans même être allés à l'école, mon père n'a pas voulu. [...] Il parle le dialecte, il est intimidé par l'italien et par la science de ceux qui ont fait des études. Il dit qu'on se défend mieux avec l'italien. Moi, je le connais parce que je lis les livres à la bibliothèque, mais je ne le parle pas. J'écris en italien parce qu'il est muet et que je peux y mettre les choses de la journée, reposées du vacarme du napolitain." (Folio poche - p.11-12) Montedidio est un quartier pauvre de Naples où la vie s'écoule doucement à la faveur du travail bien fait. Nous sommes au lendemain de la deuxième guerre mondiale, le jeune héros de ce roman a 13 ans, il est apprenti chez mast’Errico, un menuisier, dont la devise se résume à "la journée est une bouchée, elle est courte, il faut se remuer". Il nous livre à l'aide de très courts chapitres son entrée dans la vie d'adulte, son expérience de la vie : le travail, la maladie de sa mère, la tristesse et les absences - au sens propre et au figuré - de son père ("Les grands sont pris par leurs soucis et nous, nous restons dans les maisons sourdes qui n'entendent plus un seul bruit. Nous n'entendons que le nôtre, et il fait un peu peur." (Folio poche - p.111)), son amitié avec Rafaniello, le cordonnier bossu, qui lui apprend à croire aux anges, Maria, la voisine qui l'espionne en secret, surtout Maria, grâce à qui il découvre l'amour...

Voilà un très beau roman dont je dois la découverte à Hélène qui m'a donné envie de découvrir cet auteur avec son billet sur Le contraire de un. Et, sans aucun doute, cet auteur mérite d'être lu ! Avec Montedidio, Erri De Luca livre un roman très poétique, composé de chapitres très courts (certains ne faisant qu'une dizaine de lignes) dont la musique résonne longtemps à l'esprit. Il est d'ailleurs difficile de se détacher de cette lecture tant c'est émouvant, c'est parfois drôle, c'est souvent triste mais toujours doux et empreint de magie... Je n'en dirais pas plus et vous invite à savourer ce joli livre.

Morceau choisi :
"Les enfants ne comprennent pas l’âge, pour eux quarante ou quatre-vingts ans sont un même désastre. Une fois, dans l’escalier, j’ai entendu Maria demander à sa grand-mère si elle était vieille. Elle lui a répondu non, Maria a demandé  si son grand-père était vieux et la grand-mère a répondu non. Alors Maria a demandé : "Mais alors, des vieux, y en a pas ?" et elle s’est pris une gifle. Moi, je comprends les années des gens, mais celles de Rafaniello non. Son visage fait cent ans, ses mains font quarante, ses cheveux vingt, tout roux comme des broussailles. Ses mots, je ne sais pas, il parle peu, d’une voix très fine. Il chante dans une langue étrangère, quand je balaie son coin il me fait un sourire, ses rides et ses taches de rousseur remuent, on dirait la mer quand il pleut dessus." (Folio poche - p.25)

Un auteur à découvrir, un roman bourré de poésie et de tendresse. ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation0_30

D'autres avis : Kalistina, Papillon et Amanda.