Castellanos_MoyaÉditions : Les allusifs - Traduction : de l'espagnol (Salvador) par André GABASTOU -
Titre original: Desmoronamiento - Nombre de pages : 213

4ème de couverture :
La haine et la rancœur peuvent ronger un être jusqu'à le détruire. C'est ce qui arrive à doña Lena, épouse d'Erasmo Mira Brossa, avocat, président du Parti national hondurien, et mère d'une fille unique, Teti. La fielleuse Lena, dont les insultes et les accusations traversent tout le roman comme des coups de tonnerre, enferme son mari dans les toilettes pour l'empêcher d'assister au mariage de leur fille, une union qui à ses yeux démolit l'image de la famille. Car Teti épouse un Salvadorien divorcé beaucoup plus âgé qu'elle, et certainement communiste, croit sa mère.
Horacio Castellanos Moya utilise ici la voix d'une bourgeoise hystérique pour faire un portrait au vitriol des classes possédantes d'Amérique centrale. À sa façon excessive, il dépeint le démantèlement d'une grande famille sur fond d'écroulement politique, dans une ambiance de folie, de conspiration, de suspicion et de conflits. Effondrement confirme ses dons de portraitiste acide et le révèle comme l'un des meilleurs connaisseurs de sociétés qui semblent répéter leurs névroses à l'infini.

Mon avis :
honduras_el_salvador"- Les lois, c'est nous qui les faisons pour que les types comme cette canaille, ce profiteur, les respectent. Il a vingt-cinq ans de plus que Teti, il est salvadorien, communiste. Ça te paraît peu ? Et tu veux aller jouer les idiots de service au mariage. Tout ça parce que cette petite putain s'est mis dans la tête qu'elle allait se marier avec lui. Eh bien non, moi je ne serai pas complice, dit-elle d'un ton tranchant en ayant l'air de se concentrer de nouveau sur la lecture.
Erasmo tire une chaise vers lui et s'assied devant Lena.
- Esther est majeure, elle a vingt-deux ans et le droit de se marier avec qui elle veut sans qu'on l'en empêche.
- Si tu ne l'as pas empêchée, c'est parce que tu ne l'as pas voulu, lâche...
- Lena, je viens, vois-tu, du parti te prendre pour qu'on aille ensemble au mariage. Enlève cette robe de chambre et mets enfin ta robe. Allez. Il est déjà dix heures et la cérémonie est à onze.
Elle lève les yeux, incrédule.
- La cérémonie... La trahison, la plus grande trahison que vous m'ayez faite..."
(Les allusifs - p.15)
Premier acte : Tegucigalpa, 22 novembre 1963. Esther, alias Teti, jeune fille issue de la bourgeoisie hondurienne s'apprête à épouser Clemente, un salvadorien divorcé. Elle a 22 ans, un enfant de 2 ans de son futur mari et est parfaitement en droit de se marier. Mais doña Lena, sa mère, ne l'entend pas de cette oreille et, pour montrer sa réprobation, décide de ne pas assister à ce mariage enfermant du même coup son mari dans la salle de bain pour l'empêcher, lui aussi, d'assister à ce qu'elle estime être une "trahison"...  Doña Lena, en furie furieuse, assène son mari puis sa fille de paroles virulentes, acerbes et même injurieuses ! Le caractère de cette harpie est donné, elle n'est pas femme à mâcher ses mots. A l'opposé, son mari apparaît comme un homme modéré et fuyant les conflits.
Deuxième acte : 1969 - 1972, le mariage a eu lieu et Teti est partie vivre avec son mari à San Salvador, emportant avec elle son fils Eri qui vivait jusqu'à présent chez sa grand-mère. Cette partie est composée de la correspondance entre Teti et son père et débute quelques jours avant la guerre du Football ou guerre des Cent Heures. C'est une correspondance à travers laquelle transpirent l'affection que la fille et son père éprouvent l'un pour l'autre, le désespoir de Teti à chaque intervention acide de sa mère et le poids de l'Histoire qui éloigne les deux pays et, par voie de conséquence, les parents de leur fille.
Troisième acte : 1991-1992, Mateo, le jardinier de doña Lena nous raconte comment il a retrouvé sa maîtresse tombée évanouie et quels furent les derniers instants de cette femme qui a tant fait pour rendre la vie dure à son entourage...

Honduras_SalvadorJ'avoue avoir manqué cruellement de repères historiques et sociologiques pour apprécier pleinement cette lecture. En effet, du Salvador et du Honduras, je ne sais rien (à peine si je savais les situer sur une carte) et ne savais même pas qu'une guerre avait opposé les deux pays ! Aussi, j'ai été très (trop ?) souvent perplexe face aux nombreuses références qui jalonnent ce roman...
Ceci étant dit, je me suis tout de même laissée porter par l'histoire et l'écriture d'Horacio Castellanos Moya ne manque pas d'intérêt ni de souffle. De plus, cette lecture a été un excellent prétexte pour découvrir ces deux pays tout en comblant quelques unes de mes nombreuses lacunes ! ;-)

Morceau choisi :
"– Et moi, qu’est-ce que je suis, idiot ?!
– Un monstre…
Lena s’immobilise, l’oreille tendue, à l'affût.
– Une femme belle quand je me suis marié avec elle il y a vingt-trois ans, dit Erasmo sans emphase tout en s’installant sur la cuvette, mais qui, deux ans après, a commencé à se transformer en monstre. Une femme avec qui j’ai eu des jumelles adorables et qui n’a jamais surmonté la mort de m’une parce qu’une infirmière l’avait laissé glisser. Une femme qui s’est repliée sur elle-même, qui n’a plus jamais voulu avoir de relations avec moi, qui a fait de la mort du bébé un martyre. Une femme avec qui je n’ai plus jamais eu de relations sexuelles et qui a transformé ma vie en enfer…
– Tais-toi ! Maudit personnage !"
(Les allusifs - p.33-34)

Auteur et Histoire à découvrir ! ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation0_30lecture_notation0_30

Lire ce roman parlant du Honduras et de Tegucigalpa m'a rappelé une très belle (mais très triste aussi) chanson apprise au collège, je vous laisse en sa compagnie :