nabokov_lolitaÉditions : Folio poche - Traduction : de l'anglais (Etats-Unis) par Maurice COUTURIER -
Titre original: Lolita - Nombre de pages : 532

4ème de couverture :
"Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-lii-ta : le bout de la langue fait trois petits bonds le long du palais pour taper, à trois, cogner contre les dents.
Lo. Lii. Ta.
Le matin, elle était Lo, simplement Lo, avec son mètre quarante-six et son unique chaussette. Elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l’école. Elle était Dolorès sur les pointillés. Mais dans mes bras, elle était toujours Lolita."

Mon avis :
"Je naquis à Paris, en 1910. Mon père, homme doux et accommodant était une macédoine de gènes raciaux : un citoyen suisse mais d'ascendance mi-française, mi-autrichienne, avec un soupçon de Danube dans les veines. Dans un instant, je vais faire passer de jolies cartes postales bleues et glacées. Il possédait un palace sur la Riviera. Son père et ses deux grands-pères avaient été respectivement négociant en vins, en bijoux et en soieries. A trente ans, il épousa une jeune Anglaise, fille de Jerome Dunn, l'alpiniste, et petite-fille de deux clergymen du Dorset, experts en disciplines obscures - la paléopédologie pour l'un et les harpes éoliennes pour l'autre. Ma mère, femme très photogénique, mourut dans un accident bizarre (un pique-nique, la foudre) quand j'avais trois ans et, hormis un petit noyau de chaleur au fin fond du passé, il ne reste rien d'elle dans les concavités et les vallons du souvenir sur lesquels, si vous pouvez encore supporter mon style (j'écris sous observation), s'était couché le soleil de mon enfance : vous avez tous connus, j'en suis sûr, ces derniers vestiges de jour, imprégnés de parfum et piqués de moucherons, en suspens au-dessus d'une haie en fleur, ou soudain pénétrés et traversés par le promeneur, au pied d'une colline, dans le crépuscule d'été - la chaleur d'une fourrure, le brasillement des moucherons." (Folio poche - p.32-33)
Dès les premières lignes Humbert Humbert m'a entraînée dans son monde et dès les premières lignes, j'ai ressenti un malaise qui n'allait plus me quitter tout au long de ma lecture. Car, en effet, j'ai été gênée par le sujet et dégoûtée par le personnage, alors même que je savais que cette histoire était une fiction, que je ressentais tout le génie de l'écriture de Vladimir Nabokov et que je savais que ce roman était un chef d'oeuvre... J'ai détesté Humbert Humbert presque tout de suite et je n'ai pas réussi à adhérer à sa confession ! En cela, je suis en total accord avec l'avant propos : "Il est, à n'en pas douter, un personnage abject et horrible, un exemple insigne de lèpre morale, un composé de jovialité et de férocité qui masque peut-être une détresse sans fond mais n'est pas fait pour inspirer la sympathie. Il est pompeux et fantasque. La plupart des commentaires dont il accable au passage les habitants et le cadre de ce pays sont risibles. La sincérité désespérée que l'on sent vibrer tout au long de sa confession ne saurait pour autant l'absoudre de ses péchés qui sont d'une fourberie diabolique. Il est anormal." (Folio poche - p.26)

Certainement, l'objectif de l'auteur n'était pas de nous rendre sympathique son personnage (d'ailleurs, à de nombreuses reprises, le narrateur n'hésite pas à se fustiger lui-même) et sans doute le choix de Nabokov d'écrire ce roman à la première personne devait nous permettre de mieux appréhender l'état d'esprit de ce criminel (pour le juger, le comprendre, ou ?)... mais j'avoue ne pas bien comprendre l'intérêt d'un tel sujet. Alors, certes, l'écriture de Nabokov est belle, les jeux de mots sont croustillants, les traits d'humour auraient même pu me faire sourire si le sujet avait été différent... mais Humbert se montre, tout au long de sa confession tel qu'il est : infect et ça, c'est difficile d'y faire abstraction ! Se sent-il coupable ? Jamais ! Et c'est sans doute cela le pire. Certes, à la fin, il reconnaît qu'il a sans doute détruit quelque chose chez Lolita mais il n'en est pas désolé pour autant : un monstre !

Et Lolita dans tout cela ? C'est un personnage très difficile à cerner car toujours vu à travers les yeux d'Humbert Humbert. Il est alors assez difficile de savoir ce qu'elle ressent; on devine tout de même une jeune fille assez malheureuse qui n'a nulle part où aller et qui s'accroche à "son père", seul être encore là pour s'occuper d'elle alors même qu'il la menace de tout et de rien pour lui faire faire ce qu'il désire. C'est une jeune fille détruite et tout cela à cause d'Humbert Humbert !

Morceau choisi :
"Changeante, irritable, gaie, gauche, gracieuse mais de cette grâce âpre qui est le privilège de la folâtre gamine de douze ans, atrocement désirable de la tête au pieds [...], depuis les barrettes et le catogan noir retenant ses cheveux, jusqu'à la petite cicatrice sur la partie inférieure de son mollet lisse [...], à une dizaine de centimètres au-dessus de sa socquette blanche et rugueuse. Partie avec sa mère chez les Hamilton - pour y célébrer un anniversaire ou quelque chose du genre. Robe de vichy à jupe très ample. Ses petits bessons paraissent déjà bien formés. Précoce mignonne." (Folio poche - p.97)

Un chef d'oeuvre, c'est indéniable mais, selon moi, certainement pas un incontournable ! ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation05_30lecture_notation0_30lecture_notation0_30

D'autre avis : Amanda, Chiffonette, Lilly et The Bursar.