khadraÉditions : Pocket - Nombre de pages : 438

4ème de couverture :
Algérie, dans les années 1930. Les champs de blés frissonnent. Dans trois jours, les moissons, le salut. Mais une triste nuit vient consumer l'espoir. Le feu. Les cendres. Pour la première fois, le jeune Younes voit pleurer son père.
Et de pleurs, la vie de Younes ne manquera pas. Confié à un oncle pharmacien, dans un village de l'Oranais, le jeune garçon s'intègre à la communauté pied-noire. Noue des amitiés indissolubles, françaises, juives : «les doigts de la fourche», comme on les appelle. Et le bonheur s'appelle Emilie, une «princesse» que les jeunes gens se disputent. Alors que l'Algérie coloniale vit ses derniers feux, dans un déchaînement de violences, de déchirures et de trahisons, les amitiés se disloquent, s'entrechoquent. Femme ou pays, l'homme ne peut jamais oublier un amour d'enfance...

Mon avis :
"Il est des jours que les saisons renient. La fatalité s'en préserve, et les démons aussi. Les saints patrons s'y inscrivent aux abonnés absents, et les hommes livrés à eux-mêmes s'y perdent à jamais. Ce jeudi-là en était un. Mon père l'avait reconnu tout de suite. Dès l'aube, il en portait le signe sur la figure. Je m'en souviendrai le restant de ma vie. C'était un jour laid, misérable, violent, qui n'arrêtait pas de se lamenter à coups d'averses et de tonnerre aux accents d'anathème. Le ciel broyait du noir à ne savoir comment s'en sortir, les nuages cuivrés comme autant d'humeurs massacrantes." (Pocket - p.70)
Algérie, 1930, Younes est un jeune garçon de 9 ans qui vit à la campagne avec ses parents et sa petite soeur. A trois jours du début des moissons, un incendie ravage les champs : la famille est ruinée et doit s'exiler à Oran. Ils vivent alors dans un bidonville, Jenane Jato. Cependant, malgré tous ses efforts, son père n'arrive plus à subvenir aux besoins de la famille et, la tristesse au coeur, il se résout à confier son fils à son frère et sa belle-soeur, propriétaires d'une pharmacie à Oran. Dès lors, Younes devient Jonas et s'intègre parfaitement aux pieds-noirs, sans toutefois renier sa famille.
Les années passent et la guerre de 39-45 voit apparaître les prémices du nationalisme algérien. Un jour, l'oncle de Jonas, dont la maison abrite les réunions de partisans de l'indépendance, est arrêté. Cette arrestation le marque profondément et la famille va alors s'installer à Rio Salado, où Jonas découvre l'amour et l'amitié.

Tout au long des 438 pages qui composent ce roman, j'ai suivi avec plaisir les aventures de Younes-Jonas, ce petit garçon qui, peu à peu, grandit entouré d'une famille qui l'aime et d'une bande de copains à toute épreuve !
"On nous appelait les doigts de la fourche.
Nous étions inséparables.
Il y avait Jean-Christophe Lamy, seize ans et déjà un géant. Parce qu'il était l'aîné, il était le chef. Blond comme une botte de foin, un sourire d'éternel prétendant sur les lèvres, la plupart des filles de Rio Salado fantasmaient sur lui.  [...]
Il y avait Fabrice Scamaroni, de deux mois mon cadet, un garçon sublime, le coeur sur la main et la tête dans les nuages; il ambitionnait de devenir romancier. [...]
Puis il y avait Simon Benyamin, Juif autochtone, quinze ans comme moi; court sur pattes, bedonnant, voire rondouillard, et des coups tordus à en revendre. C'était un joyeux drille, un peu désabusé à cause de ses revers affectifs, mais attachant quand il voulait bien s'en donner la peine. Il rêvait de faire carrière dans le théâtre ou le cinéma." (Pocket - p.151-152) Mais l'amitié, aussi grande et belle soit-elle résiste-t-elle à l'amour ? Et lorsque l'amour est le plus fort, quel choix peut-on faire ? Et lorsque l'Histoire se met en marche, quelle identité Younes-Jonas prendra-t-il : de Jonas ou de Younes, laquelle aura sa préférence ? D'ailleurs, le choix est-il obligatoire ? Et des choix effectués, la vie en découlera...

Inutile de tergiverser, j'ai adoré ce roman ! L'histoire est magnifique, poignante, dense et instructive : je vous recommande cette lecture sans aucune hésitation ! J'ai découvert Yasmina Khadra il y a quelques années avec sa trilogie (L'attentat, Les hirondelles de Kaboul et Les sirènes de Bagdad) et L'attentat a été pour moi un coup de coeur que je recommande à tous mes proches qui souhaitent lire un livre fort sur le dialogue impossible Moyen Orient - Occident.
Ce roman est, bien entendu, totalement différent par son sujet mais j'ai retrouvé avec grand plaisir la plume de l'auteur qui m'avait tant séduite. Au-delà de l'histoire de Younes-Jonas, et dans un style imagé et souvent poétique, Yasmina Khadra nous conte également l'Algérie coloniale qui subit l'arrogance des colons et désire sa liberté, de quoi éclairer d'un oeil différent le conflit qui opposa la France à l'Algérie. Très instructif !

Morceaux choisis :
"Ils parlaient tous d'un pays qui s'appelait l'Algérie; pas celui que l'on enseignait à l'école ni celui des quartiers huppés, mais d'un autre pays spolié, assujetti, muselé et qui ruminait ses colères comme un aliment avarié – l'Algérie des Jenane Jato, des fractures ouvertes et des terres brûlées, des souffre-douleur et des portefaix... un pays qu'il restait à redéfinir et où tous les paradoxes du monde semblaient avoir choisi de vivre en rentier." (Pocket - p.98)

A lire ! ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation0_30

D'autres avis : beaucoup de liens depuis chez Pimprenelle qui avait fait de Yasmina Khadra, son auteur du mois de mars.