chevalierÉditions : Folio poche -
Traduction : de l'anglais (Etats-Unis) par Marie-Odile FORTIER-MASEK -
Titre original: Girl with a pearl earring - Nombre de pages: 313

4ème de couverture :
La jeune et ravissante Griet est engagée comme servante dans la maison du peintre Vermeer. Nous sommes à Delft, au dix-septième siècle, l'âge d'or de la peinture hollandaise. Griet s'occupe du ménage et des six enfants de Vermeer en s'efforçant d'amadouer l'épouse, la belle-mère et la gouvernante, chacune très jalouse de ses prérogatives.
Au fil du temps, la douceur, la sensibilité et la vivacité de la jeune fille émeuvent le maître qui l'introduit dans son univers. À mesure que s'affirme leur intimité, le scandale se propage dans la ville...
Un roman envoûtant sur la corruption de l'innocence, l'histoire d'un cœur simple sacrifié au bûcher du génie.

Johannes_Vermee_La_servanteMon avis :
"- Que faisiez-vous là, Griet ? demanda-t-il. [...]
- Je coupais les légumes pour la soupe, Monsieur.
J'avais l'habitude de disposer les légumes en cercle, par catégorie, comme les parts d'une tarte. Il y avait cinq parts : choux rouge, oignons, poireaux, carottes et navets
. Je m'étais servie d'une lame de couteau pour délimiter chaque part et j'avais placé une rondelle de carotte au centre.
L'homme tapota sur la table. "Est-ce dans cet ordre qu'ils iront dans la soupe ? me demanda-t-il en étudiant le cercle.
- Non, Monsieur." J'hésitais, je n'aurais pu expliquer pour quelle raison je les avais arrangés de la sorte. Je m'étais dit que ça devrait être comme ça, un point c'est tout, mais j'avais trop peur d'avouer ça à un monsieur.
"Je vois que vous avez mis de côté les légumes blancs, reprit-il en montrant les navets et les oignons. Tiens, ceux de couleur orange ne voisinent pas ceux de couleur pourpre, pourquoi ça ?" Il ramassa une tranche de chou et un bout de carotte, les secoua dans sa main comme des dés.
Je regardai ma main, elle hocha discrètement la tête.

"Les couleurs jurent parfois quand elles sont côte à côte, Monsieur."
"
(Folio poche - p.15-16)
Delf, XVIIè siècle. Rien ne prédisposait Griet à devenir servante mais, suite à l'explosion d'un four, son père, artisan sur céramique, devient aveugle et ne peut plus exercer son métier. Griet, pour aider sa famille, est ainsi engagée par la famille Vermeer. Assez vite, elle est remarquée par le peintre pour ses facilités à décrire les teintes et les nuances de couleur et Vermeer décide même de l'employer comme assistante à l'insu de toute sa maisonnée qui, si elle le soupçonnait, ferait le malheur de Griet. En effet, Vermeer est très renfermé et ne distribue pas son affectation : aussi, être remarquée par le maître (et passer du temps avec lui) lui vaudrait la haine jalouse de sa femme et ses filles, en particulier Cornelia qui n'aime guère Griet, mais également de Tanneke, l'autre servante, qui a déjà eu le privilège d'être peinte par le maître. Seule Maria Thins, la belle-mère de Vermeer semble être une alliée pour Griet, encore que son "amitié" est loin d'être désintéressée...

Je tiens en tout premier lieu à remercier chaleureusement Melmelie pour cette découverte. En effet, elle m'a offert ce livre dans le cadre du swap de Noël organisé par Stéphie et Pimprenelle (oui, je sais, cela faisait déjà un long moment que ce livre traînait dans ma PAL !)

Johannes_Vermee_Le_vinFaire découvrir la jeune femme ayant servi de modèle à la célèbre peinture La jeune fille à la perle et, par la même occasion, nous faire entrer dans l'intimité du peintre était une idée qui ne pouvait que me séduire. Aussi, c'est avec beaucoup d'attentes que je me suis plongée dans ce roman.

Et, de fait, la ballade fut agréable : j'ai pris plaisir à visiter la maison, à découvrir Johannes Vermeer (peintre que j'avais déjà rencontré sur ma route mais pour lequel je n'avais jamais développé de passion fulgurante) et à tenter de comprendre les règles sociales et religieuses de l'époque.
J'ai également pris beaucoup de plaisir à découvrir la vie d'un artiste de cette époque même si j'aurais aimé en savoir un peu plus : le besoin de solitude, la nécessité de peindre sur commande et non pas pour son propre plaisir, l'utilisation de la "chambre noire" (camera obscura dont je n'avais jamais entendu parler avant cette lecture) et la création des couleurs ! En effet, même si j'image fort bien que les gammes de peinture de l'époque ne se déclinaient pas (presque) à l'infini comme aujourd'hui, je n'avais pas envisagé que le peintre lui-même devait fabriquer toutes ses couleurs... "J'aimais broyer les ingrédients qu'il rapportait de chez l'apothicaire, des os, de la céruse, du massicot, admirant l'éclat et la pureté des couleurs que j'obtenais ainsi. J'appris que plus les matériaux étaient finement broyés, plus la couleur était intense. A partir de grains rugueux et ternes, la garance devenait un belle poudre rouge vif puis, mélangée à de l'huile de lin, elle se transformait en une peinture étincelante. Préparer ces couleurs tenait de la magie." (Folio poche - p.152)

Ceci étant dit, je dois reconnaître que l'histoire est un peu faible et que certains passages sont un peu ennuyeux. Certes, Tracy Chevalier a parfaitement réussi à transcrire les émotions de Griet; on a ainsi aucun mal à "voir" à travers ses yeux mais je suis restée sur ma faim concernant l'artiste lui-même. Johannes Vermeer est décrit comme un homme assez égoïste et dénué de toute émotion (ce qui, d'après ce que j'ai lu depuis, semble être une réalité historique), doté d'une femme acariâtre et pondeuse d'enfants (elle en aurait eu pas moins de 11 au total !) et, semble-t-il couvert de dettes mais nous n'en découvrirons pas plus...
De plus, je regrette que l'auteur de la quatrième de couverture se soit quelque peu laissé emballer par son imagination car on est loin du "scandale qui se propage en ville", même si quelques mauvaises langues jasent et encore plus loin de "la corruption de l'innocence"... Car, en effet, dans ce livre, il n'y a pas d'amour sulfureux et même s'il est évident que Griet aime son maître, leur idylle, si d'idylle il faut parler, se résume à quelques frôlements (que la morale réprouverait sûrement !). Ceci dit, je reconnais que la concupiscence et les mains baladeuses du riche marchant de tableau Van Ruijen sont révoltantes !

Johannes_Vermee_Vue_de_delfMorceau choisi :
"- Regardez dehors.
Je regardai. Le ciel était couvert, il soufflait un petit vent frais, des nuages passaient derrière la tour de la Nouvelle-Église.
"De quelle couleur sont ces nuages ?
- Ils sont blancs, bien sûr, Monsieur."
Il parut un peu étonné. "Vous trouvez ?"
Je les regardai de nouveau. "Et gris aussi. Peut-être va-t-il neiger.
- Allons, Griet. Vous avez de meilleurs yeux que ça. Pensez à vos légumes.
- Mes légumes, Monsieur ?"

Il remua légèrement la tête. Je l'agaçais. Ma mâchoire se crispa.
"Rappelez-vous comment vous aviez mis à part les légumes blancs. Vos navets et vos oignons sont-ils du même blanc ?"
Je finis par comprendre. "Non, dans le navet vous avez du vert et dans l'oignon du jaune.
- C'est exact. Et maintenant, quelles couleurs voyez-vous dans les nuages ?

-J'y voit du bleu, répondis-je, après les avoir étudiés quelques minutes. Et aussi du jaune. Et même un peu de vert !" Je les montrai du doigt, excitée que j'étais. Toute ma vie, j'avais vu des nuages mais j'eus à cet instant l'impression de les découvrir.
"
(Folio poche - p.142-143)

Une lecture agréable et une belle découverte ! ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation0_30lecture_notation0_30

D'autre avis : Cacahuete, Mango, Nanne et Ys.

Jeune_fille_a_la_perle_filmUn mot sur le film ?

Titre du Film : La Jeune fille à la perle
Réalisateur :
Peter Webber
Durée :
01h40min
Acteurs :
Scarlett Johansson, Colin Firth, Tom Wilkinson
Année de production :
2002

Cette adaptation est assez fidèle au roman et, même si je regrette que la famille de Griet n'apparaisse quasiment pas, je dois reconnaître que presque tout y est même si le réalisateur a forcément pris quelques libertés... ;-)
Chaque scène du film (ou presque) fait penser à un tableau et le rendu artistique est assez bluffant. Mais le film dégage trop de lenteur et je me suis rapidement ennuyée en le visionnant. Certes, le roman ne brillait pas par son action mais cette adaptation montre une Griet encore plus passive, presque tout le temps dans ses pensées et cela m'a été difficile à supporter. Et même si je reconnais que Colin Firth interprète merveilleusement bien Vermeer, cela n'a pas suffit à me faire apprécier ce film... d'ailleurs, je trouve que ce rôle ne lui va pas ! ;-)

Lumiere