Pattison_eliotÉditions : 10/18 - Traduction : de l'anglais (Etats-Unis) par Freddy MICHALSKI -
Titre original: Water Touching Stone - Nombre de pages: 681

4ème de couverture :
Après trois ans passés dans un camp de travaux forcés au Tibet, l’ancien inspecteur chinois, Shan Tao Yun, a trouvé refuge dans un monastère secret. À la demande de ses amis moines tibétains, il est contraint de quitter sa retraite afin d’élucider un double mystère : le meurtre d’une institutrice et la disparition d’un lama. Aidé du sage Gendun et de son vieil ami Lokesh, Shan devra faire vite car « la mort est en route » et ses nouvelles victimes sont des enfants… À la poursuite du tueur, leur enquête sera semée de dangers : le gouvernement les recherche et l’armée chinoise est partout, prête à les renvoyer dans l’enfer des camps.

"Eliot Pattison entraîne le lecteur dans un tourbillon de poésie, de philosophie et de valeurs spirituelles tout en menant son intrigue de main de maître. Original et envoûtant." Notre temps

Xinjiang_ChineMon avis :
"Au Tibet, tout commence par le vent. C'est le vent qui fait aux cieux l'offrande des drapeaux de prières, le vent qui apporte à la terre le froid, la chaleur et l'eau source de vie, le vent qui fait se mouvoir les montagnes lorsqu'il envoie les nuages dévaler les pics et les crêtes. [...] c'est au Tibet que l'âme humaine avait, pour la toute première fois, pris conscience d'elle-même, parce que dans ce pays le vent ne cesse jamais de pousser contre ses habitants et qu'une âme ne se définit bien qu'en bataillant pour pousser le monde en retour." (10/18 - p.11) Dans ce deuxième tome des aventures de Shan Tao Yun, nous retrouvons l'ex-inspecteur chinois dans un monastère. Sans papier, sa "libération" du camp de travail n'étant pas du tout officielle, c'est en se cachant des représentants de la loi chinois qu'il doit maintenant vivre... Mais, lorsque ses amis tibétains lui demandent d'enquêter sur la disparition mystérieuse d'une enseignante et la mort atroce d'enfants Kazakhs, il n'hésite pas une seule seconde : il élucidera ces mystères pour ses amis et mènera l'enquête même si cela doit compromettre son arrangement avec des Occidentaux qui lui ont promis de l'aider à gagner l'Inde pour devenir réfugié politique...

Voilà un second tome à la hauteur du premier : un roman dense, très bien écrit avec une intrigue quelque peu alambiquée et difficile à suivre mais, qu'importe, le dépaysement et le plaisir sont là ! Eliot Pattison nous entraîne en effet à travers les paysages grandioses du Xinjiang et nous voilà tour à tour plongés dans la Cordillère des Kunlun, les montagnes du Karakorum quand nous ne sommes pas assaillis par une tempête de sable en plein désert du Taklamakan. Le dépaysement est garanti !

Mais si l'auteur nous fait voyager en Chine occidentale, c'est aussi (et surtout) pour dénoncer avec force et persuasion les ravages de la politique chinoise dans cette région qui, sous prétexte d'éducation, force les peuples nomades depuis des siècles à se sédentariser, à abandonner leur troupeaux, leur mode de vie, leurs coutumes, leurs familles parfois, leurs croyances, leur identité... A lecture de ce roman, nous ne pouvons pas ne pas être touchés, émus et révoltés par le sort de ces ethnies forcées de rentrer dans le moule Han : Kazakhes, Ouïghours, Tibétains, tous, obligés de rentrer dans le rang et gare aux réfractaires, c'est en prison ou dans un camp de travail qu'ils apprennent à obéir ! Certes, l'auteur a un parti pris à peine voilé mais la réalité est là : quelle détresse, quelle injustice et surtout, quelle intolérance...

Chine_Karakorum

Avec un fond si riche, il est étonnant que l'auteur réussisse tout de même à placer une intrigue policière ! Et, de fait, il y parvient assez bien avec une histoire assez originale et bien menée. Cependant, tout comme pour le premier tome, je me suis parfois perdue au cours du récit, ne sachant plus qui était qui et où j'en étais, pensant même avoir loupé des pages : c'est un livre qui demande concentration et je dirais même rigueur, au risque de ne pas en comprendre la chute. A proscrire des transports en commun !!

Morceau choisi :
"Plus personne ne rend de comptes. Les gens s'assoient dans leur fauteuil et ils laissent les atrocités se commettre. On rase des forêts entières. On détruit des cultures, on jette au panier des traditions simplement parce qu'elles ne sont pas compatibles avec Internet. On élève les enfants en leur laissant croire que regarder la télévision est nécessaire à leur survie, et la seule culture qu'ils possèdent leur vient de la publicité." (10/18 - p.574)

Une lecture intéressante et captivante : à découvrir. ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation0_30

Un autre avis : Agnès.