Sol_Éditions : Points - Nombre de pages: 359

4ème de couverture :
Le canal de Suez s'est frayé un chemin à travers le désert. Enfant, Maxime Touta suivait sa progression sur une carte murale. Plus tard, pour les lecteurs d'un hebdomadaire francophone, le Sémaphore d'Alexandrie, Maxime évoquera les conflits alimentés par ce passage entre deux mers. Dans cette Egypte en ébullition de la seconde moitié du XIXè siècle, où la France et l'Angleterre mesurent leur puissance, les langues, les religions et les peuples se confrontent. Autour du jeune journaliste et de l'ardente Nada, des personnages cocasses ou tragiques ponctuent cette saga familiale intimement liée à l'histoire du pays, qui se façonne sous nos yeux au rythme de l'épopée.

Canal_SuezMon avis :
"Rappelez-vous, messieurs, les sornettes des ennemis de l'isthme ! Ils avaient commencé par nous dire que les deux mers n'étaient pas au même niveau. Puis, que les navires refuseraient de s'approcher de Port-Saïd et que la navigation en mer Rouge était trop dangereuse. Aujourd'hui, il se trouve encore quelques bons esprits pour nous affirmer que le canal deviendra un fossé d'eau stagnante ou qu'il sera comblé de sables voyageurs. J'ai même entendu dire qu'il faudra le creuser à nouveau tous les ans ! "(Points - p.47)

Egypte, mai 1885. Le journaliste Maxime Touta, trente-cinq ans, attend tranquillement ses invités dans sa villa à Alexandrie. En contemplation devant la mer, il se remémore les années de sa jeunesse fortement marquée par la construction du Canal de Suez, les déjeuners du dimanche en famille avec Nada, l'amour de sa vie, sa tante Angeline, son père médecin et tous les membres de cette truculente famille !
Les souvenirs de Maxime commencent alors qu'il n'a que treize ans : son père, Boutros Touta, l'a emmené à Alexandrie pour récupérer une cousine éloignée devenue orpheline. Ils logent chez le docteur Nassif Bey, médecin au palais du sultan, ce dernier est d'ailleurs mourant... Dans cette ville, il fera la connaissance des personnes les plus marquantes de sa vie :
* Nada, la jeune orpheline syrienne dont il va immédiatement tomber amoureux,
* Walid el-Ahlaoui, jeune officier dégradé publiquement sur la place des Consuls et qui jouera un rôle important dans l'histoire de l'Egypte,
* Albin Balanvin, journaliste qui participera au lancement du Sémaphore d'Alexandrie et qui, quelques années plus tard, permettra à Maxime de devenir pigiste pour ce journal,
* et Etienne Mancelle, ingénieur au Canal de Suez, qui lui permettra de suivre l'avancement des travaux du canal presque point par point...

J'ai découvert Robert Solé il y a quelques années avec La Tarbouche qui m'avait totalement conquise, avant de devenir une inconditionnelle de ses chroniques dans le journal Le Monde. Aussi, rien d'étonnant à ce qu'au détour d'une librairie qui mettait à l'honneur l'Egypte, je succombe à nouveau à l'appel de cet auteur.

Et j'ai retrouvé avec grand plaisir ce qui m'avait tant plu dans le Le Tarbouche :
* un humour fin, sarcastique, parfois franchement dur mais toujours très drôle,
* une écriture claire, sobre, sans aucune fioriture mais d'une précision journalistique très appréciable,
* des personnages haut en couleurs, truculents, auxquels on ne peut que s'attacher : la tante Angeline, marieuse infatigable de la famille et reine des histoires quelque peu améliorées, le bijoutier Alfred Falaki, roi du marchandage et financier éclairé, Albin Balanvin, journaliste n'ayant pas peur des mots et tant d'autres que je vous laisse découvrir... ;-)
* et, surtout, une leçon d'Histoire plus qu'intéressante digérée avec légèreté. Sous l'oeil bienveillant de cette famille bourgeoise copte, ce roman nous transporte en effet dans l'Egypte du XIXè siècle et nous suivons avec passion le percement du Canal de Suez avec les nombreux débats qu'il a suscité auprès des Français et des Anglais, bien occupés au demeurent à se chamailler les faveurs du khédive qui, lui, était bien décidé à prendre son indépendance vis-à-vis de Constantinople alors que la révolte gronde parmi ses sujets les plus pauvres, toujours laissés pour compte !

Morceau choisi : Aaah, tante Angeline...
"Soyons juste. Si tante Angeline déforme constamment la réalité, elle la déforme positivement : c'est toujours pour la grossir ou pour l'embellir. Ma tante multiplie les chiffres, ne les divise jamais. Et elle cultive le superlatif avec un véritable naturel : son frère a toujours été "le meilleur médecin" du Caire, son mari "le plus grand bijoutier"..." (Points - p.37)

Un bon roman (mais que je n'ai malheureusement pas lu au meilleur moment...) ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation05_30lecture_notation0_30