zweigÉditions : Le Livre de Poche -
Traduction : de l'allemand (Autriche) par Olivier BOURNAC et Alzir HELLA -
Titre original :
Verwirrung der Gefühle private Aufzeichnungen des Geheimrates R.V.D -
Nombre de pages : 94

4ème de couverture :
Au soir de sa vie, un vieux professeur se souvient de l'aventure qui, plus que les honneurs et la réussite de sa carrière, a marqué sa vie. A dix-neuf ans, il a été fasciné par la personnalité d'un de ses professeurs ; l'admiration et la recherche inconsciente d'un Père font alors naître en lui un sentiment mêlé d'idolâtrie, de soumission et d'un amour presque morbide.
Freud a salué la finesse et la vérité avec lesquelles l'auteur d'Amok et du Joueur d'échecs restituait le trouble d'une passion et le malaise qu'elle engendre chez celui qui en est l'objet.
Paru en 1927, ce récit bref et profond connut un succès fulgurant, en raison de la nouveauté audacieuse du sujet. Il en demeure assurément l'un des chefs-d'oeuvre du grand écrivain autrichien.

Mon avis :
J'ai déjà exprimé plusieurs fois l'adoration que je voue à Zweig depuis ma lecture d'Amok ou le fou de Malaisie en 2008. Et c'est donc toujours avec délice que je me plonge dans chacun de ses récits, me réjouissant à chaque fois de ne pas en avoir terminé avec son oeuvre !

"[...] près de lui je brûlais de souffrance et loin de lui, mon coeur se glaçait; sans cesse, j'étais déçu par sa dissimulation sans qu'aucun signe vînt me rassurer, et le moindre hasard jetait sur moi la confusion !" (Le Livre de Poche - p.71) Avec La Confusion des sentiments, Zweig nous entraîne encore une fois dans une histoire de passion. Cependant, contrairement aux autres nouvelles de Zweig traitant de passion, si cette dernière est bien présente dans le récit, ce n'est pas elle-même qui gouverne l'ensemble, c'est plutôt la confusion : confusion d'un jeune homme qui voue une admiration sans borne et malsaine à son professeur qui se montre froid en dehors de son travail, provoquant doute et souffrance chez son élève et confusion d'un professeur qui souffre d'une passion inavouable, l'obligeant à lutter contre lui-même durant chaque minute passée auprès de son élève...

Raphael_Ecole_Athenes"Au-dessus de la table était accroché l'Ecole d'Athènes de Raphaël, tableau qu'il aimait particulièrement [...], parce que toutes les disciplines, tous les courants de pensée y sont symboliquement unis en une synthèse parfaite." (Le Livre de Poche - p.38-39)

Si j'ai retrouvé avec un immense plaisir la plume de Zweig : sa fluidité, sa richesse de vocabulaire, sa finesse et sa musicalité. Si j'ai beaucoup apprécié ce récit : sa justesse, ses personnages en lutte avec leurs sentiments, son sujet (et Zweig fait preuve de beaucoup de courage en parlant d'homosexualité en 1920, époque où elle était interdite), l'évocation de l'amour des livres. Je dois cependant bien reconnaître que ce n'est pas la nouvelle de Zweig que je préfère et c'est sans doute celle qui m'a le moins touchée, ce qui me rend assez perplexe d'ailleurs dans la mesure où de nombreux lecteurs et grands admirateurs de Zweig considèrent ce récit comme l'un des plus abouti, voire son meilleur... Me voilà donc assez confuse et frustrée également car, bien entendu, je m'attendais à un nouveau choc, un nouvel envol... dommage. Mais n'allez surtout pas croire que je n'ai pas aimé, c'est juste que j'ai moins aimé que les autres... ;-)

Morceau choisi :
"Ce chaud et froid, cette alternance d'affabilité cordiale et de rebuffades déplaisantes troublait complètement mes sentiments trop vifs, qui désiraient ... Non, jamais je n'aurais pu formuler nettement ce qu'à vrai dire je désirais, ce à quoi j'aspirais, ce que je réclamais, ce à quoi visaient mes efforts, quelle marque d'intérêt j'espérais obtenir par mon enthousiaste dévouement. Car, lorsqu'une passion amoureuse, même très pure, est tournée vers une femme, elle aspire malgré tout inconsciemment à un accomplissement charnel : dans la possession physique, la nature inventive lui présente une forme d'union accomplie ; mais une passion de l'esprit, surgissant entre deux hommes, à quelle réalisation va-t-elle prétendre, elle qui est irréalisable ? Sans répit elle tourne autour de la personne adorée, flambant toujours d'une nouvelle extase et jamais calmée par un don suprême. Son flux est incessant, et pourtant jamais elle ne peut se donner libre cours, éternellement insatisfaite, comme l'est toujours l'esprit." (Le Livre de Poche - p.70-71)

A lire... ;-)

D'autres avis : Cynthia, Kali, Karine:), et Papillon.

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation0_30