Sharma_Bulbul_sacrees_tantesÉditions : Picquier poche - Traduction : de l'anglais (Inde) par Mélanie BASNEL -
Titre original : My Sainted Aunts - Nombre de pages : 225

4ème de couverture :
Après La colère des aubergines, Bulbul Sharma nous revient avec des histoires pétillantes de drôlerie.
Des femmes partent en voyage et leur vie bascule. Elles partent pour se marier, pour aller voir leur fils, pour échapper au crime qu'elles croient avoir commis ou à une belle-mère tyrannique. Sous leurs regards baissés et leurs saris chatoyants, elles cachent un cœur limpide, un courage à toute épreuve, et elles accueillent les surprises du chemin avec une sagesse relevée du sel de l'humour. Au fil de leurs voyages, défilent les paysages de l'Inde, des rizières vert émeraude aux défilés escarpés de montagne, et les rencontres improbables : danseuses travesties en veuves, raja déchu d'un palais surgi des mille et une nuits, fantôme amoureux ou ours chapardeur. Mais au détour de la route, c'est leur paysage intérieur qui soudain change : les chaînes qui entravent leurs pas depuis des siècles se font plus légères, et au bout du voyage, parfois, les attend la paix. Ou la liberté. Ou l'amour.
Les histoires de Bulbul Sharma nous prennent par la main pour nous emmener sur des chemins détournés, imprégnés des senteurs de l'Inde; elles ont la malice de la fable, la délicatesse de la miniature indienne, la poésie des contes de fées; et si elles nous font éclater de rire, c'est avant de nous toucher au cœur.

Mon avis :
Vous ai-je déjà dit que j'aime lire des nouvelles ? Elles ont ce petit quelque chose qui me fait vibrer : brièveté, force, elles vont droit au but et nous offrent un voyage express, fulgurant, dont je ressors souvent conquise. Bien entendu, j'aime aussi les romans (et les pavés encore plus) mais cela n'a rien d'antinomique, voyez-vous : pourquoi faudrait-il choisir entre une journée en Normandie (à Giverny, par exemple) et un long mois en Aveyron (dans ma famille, par exemple) ? Donc j'aime les nouvelles. Et lorsque ces nouvelles sont drôles, savoureuses, servies avec des personnages attachants et m'emmènent en Inde, que voulez-vous : j'adore !

paint_010Ma première rencontre avec cette auteur, La Colère des aubergines, n'avait pas été des plus réussie mais il faut dire que je l'avais lu dans un hôpital, en salle d'attente... pas vraiment, donc, dans les meilleures conditions pour un coup de coeur littéraire ! Cela étant, j'en garde tout de même un bon souvenir, notamment de la nouvelle où l'estomac d'un pauvre bougre est mis à rude épreuve par les joutes culinaires entre sa femme et sa mère !
C'est donc avec un brin d'appréhension et beaucoup d'espoir que j'ai sorti de ma PAL ce recueil qui y végétait depuis plus de deux ans et... ce fut un régal ! Comme déjà dit plus haut, ces récits sont drôles, d'un humour parfois grinçant, ils nous présentent une Inde quelque peu désuète (il n'y a pas foultitude d'éléments de datation mais je pense que ces nouvelles se situent durant la première moitié du XXè siècle) mais savoureuse, où la place des femmes n'est pas des plus confortable mais elles savent sortir leur épingle du jeu au moment propice ! ;-)

Dans Le pèlerinage de Mayadevi, une matrone de 75 ans décide d'aller voir son fils à Londres, quitte à se rendre impure au contact de tous ces étrangers, elle se purifiera dans le Gange à son retour...
"Elle les gratifia d'un doux sourire qu'ils ne lui connaissaient pas et disparut, happée par la porte de la zone de sécurité. Les fils n'étaient pas inquiets pour leur vieille mère. Ils se demandaient seulement si l'Angleterre aurait la force de la supporter." (Picquier poche - p.17).
C'est une très jolie nouvelle sur la famille dispersée et l'acceptation des "pièces rapportées" de culture différente au sein d'une famille...

Dans L'atterrissage à Bishtupur, nous sommes en 1939. Neelima toute jeune mariée, tombe sur son beau-frère à sa descente de bateau. Sacrilège ! Comment a-t-elle pu le toucher ? Tous deux vont devoir faire pénitence et seront privés de nourriture. Voilà un récit assez drôle, empreint de tradition et où l'auteur s'amuse à nous rappeler que la réalisation de tous ses désirs n'engendre pas toujours que du plaisir... ;-)

Les tantes et leurs maux est une nouvelle cocasse qui s'interroge sur la place des femmes dans la société, les veuves en particulier, et qui démontre que les préjugés font long feu devant le plaisir de converser.
"Vous êtes veuve, non? demanda-t-elle avec douceur à la passagère, comme pour engager simplement la conversation.
- Oui. Mon mari était médecin militaire. Il est mort il y a dix ans. Je vais à Raipur voir mon fils. Il est lui aussi docteur, pathologiste", répondit-elle, impatiente d'établir enfin le lien de camaraderie indispensable lors d'un long voyage en train. [...]
"- Et vous mangez du poulet? Ah bon? C'est bizarre, remarqua la cadette des tantes, assise à l'opposé.
- Et pourquoi cela ? demanda courageusement la dame.
- Mais où va le monde ! s'indigna Boromashi. Bientôt les veuves porteront des pantalons, du rouge à lèvres et des chaussures à talons.
- Et peut-être qu'elles iront danser comme des memsahibs !" cria la benjamine, secouée par un rire mauvais."
(Picquier poche - p.68-69).

Dans Une très jeune mariée, Mini, 7 ans, découvre sa belle-famille et son tout aussi jeune mari ! Au-delà du scandale du mariage entre enfants, ce récit, très drôle et léger, pointe du doigt le sort des veuves en Inde, quel que soit leur âge !

Les premières vacances de R.C ou comment toute une vie de rigueur et d'organisation part en fumée lorsqu'un grain de sable s'insère dans les rouages d'une préparation minutieuse nous fait passer un bon moment.

Jusqu'à Simla en tonga est une nouvelle quelque peu différente dans la mesure où elle évoque la lutte pour l'indépendance de l'Inde et le rôle de station balnéaire pour colons qu'avait la ville de Simla. Une nouvelle intéressante, bien que moins légère que les autres.

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Dans Une trop grande épouse, l'auteur nous apprend que les hommes détestent vivre dans l'ombre de leur femme et, ceci, quelle que soit leur taille... Ce récit est également un très beau voyage au coeur du repentir avec des compagnes de voyage qui nous rappellent que les apparences peuvent être bien trompeuses parfois...
"Que Rupbala, à l’âge de trente-quatre ans, accomplisse un pèlerinage jusqu’à la cité de Badrinath, avait été prévu par les dieux bien avant sa naissance. Tout avait commencé quand les gènes d’un ancêtre amazonien, endormis depuis des centaines d’années, s'étaient soudain réveillés en elle et avaient fait de Rupbala une femme d'un mètre soixante-quinze. Une taille inhabituelle qui n’avait pourtant rien d’extraordinaire, mais qui fit d’elle l’ennemie numéro un de son mari d’un mètre soixante dès l’instant où il posa les yeux sur elle. Ce n'était pas qu'elle fût particulièrement laide ou désagréable à regarder- ce qui aurait peut-être expliqué la haine que lui portait son époux -, elle était même plutôt jolie, avec de grands yeux de biche et de longs cheveux brillants qui lui tombaient dans le dos en cascade. Sa seule faute, considérée comme impardonnable par l’homme en question, était de mesurer quinze bons centimètres de plus que lui. Si elle ne l’avait dépassé que de trois ou quatre centimètres, les choses auraient sans doute été plus simples. Il aurait pu lui dire de ne pas se mettre à côté de lui, de se baisser un peu quand ils marchaient non loin l’un de l'autre, et leur vie commune aurait ainsi pu être différente; Rupbala aurait fait le pèlerinage jusqu’à Badrinath après avoir vécu une vraie vie, à l’âge de soixante-dix ans, peut-être même plus tard. Mais ces quinze centimètres, qui la faisaient dominer son mari, tout en écrasant l'amour-propre de celui-ci, réduisirent en miettes la vie de Rupbala." (Picquier poche - p.195-196).

La vie dans un palais est également une belle histoire, où les personnages, variés, nous font découvrir un autre pan de l'Inde.

A découvrir ! ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation05_30

D'autres avis : Agnès, Catherine, Keisha, Mango, Sabbio et Soie.