Basheer_TalismanÉditions : Zulma -
Traduction
: du malayalam (Inde) par Dominique VITALYOS -
Nombre de pages
: 207

4ème de couverture :
Il y a chez ce Maupassant indien une drôlerie sagace, un brio enchanteur et pathétique, une fantaisie et une liberté rayonnantes. Ce qui est fascinant, dans l’univers de Basheer, c’est qu'on y entre de plain-pied, avec une familiarité et un enthousiasme qu'on a tout de suite envie de partager.

Dès les premiers mots, Basheer subjugue et séduit par un art de conter qui nous plonge sans transition dans les parfums et les couleurs de son Kerala natal - et l'intimité de ses personnages, militants politiques, peintres, poètes ou critiques, amis fidèles, couples heureux, amoureux en déroute, fantômes voluptueux...
Sur fond de luttes radicales contre l'injustice et les systèmes ancestraux, on est saisi par l'espèce de tutoiement espiègle et tendre, à la vivacité chaleureuse, pour dire la proximité de ces hommes et de ces femmes sous les saris, les dhotis et les turbans, qui font de ce Talisman un bonheur de lecture douze fois renouvelé. "Que la chance vous sourie", aime à conclure le conteur.

indian_manMon avis :
Je suis tombée sous le charme de cet incroyable conteur il y a quelques années déjà lorsque j'avais lu le merveilleux recueil de nouvelles intitulé Les murs et autres histoires (d'amour) puis le bref roman Grand-père avait un éléphant. Je me désespérais cependant d'avoir la joie de relire cet auteur un jour, les éditeurs ne semblant pas vouloir investir sur une nouvelle traduction de ses écrits... mais c'était sans compter sur les éditions Zulma qui éditent avec ce recueil douze nouvelles de ce fabuleux auteur que je vous engage à découvrir. Je peine à trouver les mots pour vous convaincre de lire ces contes cocasses, savoureux, malicieux, fantasques, parsemés de personnages attachants et qui nous emmènent en Inde (eh oui, encore !), servis par une plume alerte et rythmée: à savourer sans modération !

Dans Le Talisman, Vaikom Muhammad Basheer se moque gentiment de la crédulité et des obsessions d'un chauve qui ne pense qu'à faire repousser ses cheveux alors que la chance ne sourit qu'à ceux qui veulent bien la voir...
"Khan était tombé amoureux de Malou, la chienne noire de Parvati. Malou était la seule beauté des environs. Khan et Malou, c’était une histoire d’amour hindou-musulmane. Malou-aime- Khan-Khan-aime-Malou. Parvati, la voisine, n’était pas opposée à cette relation. Ummusalma, l’épouse d’Abdul Aziz, non plus. Parvati réservait à Ummusalma un chiot de Malou et de Khan. Hélas, trois fois hélas, six molosses hindous surgis Dieu seul sait d’où se mirent à courtiser Malou, bien décidés à ne pas laisser ces deux-là s’aimer. Khan s’interposa. Ce fut une horrible mêlée. À eux six, ils se jetèrent sur lui et faillirent le réduire en bouillie. Khan, en bon Musulman, se battit contre les infidèles avec la dernière énergie. Malou assistait, impassible, à l’horrible bataille, tout comme Parvati et Ummusalma. Il s’agissait bel et bien d’un conflit hindou-musulman, alors comment et pour qui prendre parti ? Personne ne pipait mot. D’abord Khan mordit ses ennemis, les fit décoller de terre l’un après l’autre. Mais lorsque les chiens hindous ripostèrent en bloc, ils le catapultèrent dans les airs et plantèrent tant de crocs dans sa chair qu'il en eut le corps entier à vif et la moitié de l’oreille droite arrachée. Défait, Khan s’enfuit jusqu’à la cuisine et s’allongea tout sanglant. Dehors, les chiens hindous le défiaient en aboyant sauvagement.
Khan se tint coi.
Fiasco total. Déception sentimentale phénoménale. Que faire contre une déception sentimentale ? Rien. Khan ne fit donc rien. Plus exactement, il conçut un dégoût sans limites pour la gent féminine.
Il mordit deux femmes. Les deux mordues étaient hindoues. Agression anti-communautaire !
On frôlait l’illégalité."
(Zulma - p.9-10).

"Les fantômes, les esprits démoniaques, vous y croyez ?" (Zulma - p.27). Par une nuit de lune est une histoire de fantôme. Enfin... pas vraiment ou peut-être que si finalement... ;-)

Tankam est une merveilleuse déclaration d'amour, de celle dont rêve toute femme...
"Si vous croyez que sous le nom de ma femme, qui désigne l'or, se cache une combinaison fascinante de perfection physique et d'élégance, objet de la louange exaltée du cercle des poètes, vous vous méprenez gravement. Nos zélateurs de la beauté n'ont jamais accordé un regard à Tankam." (Zulma - p.41).

indian_man_002Dans L'Empreinte, nous sommes amenés à nous introduire dans l'intimité d'un militant politique à qui il est arrivé une bien étrange aventure...

Dans Le Premier Baiser, dix hommes évoquent le premier baiser, celui que leur épouse a forcément découvert dans leurs bras et pourtant... "Un seul d'entre vous peut-il prouver que c'est lui qui a embrassé sa femme ou son amante pour la première fois ?" (Zulma - p.77)

Pour une patte de bananes-coq est une nouvelle assez drôle qui montre à quel point une femme peut se montrer docile et obéissante pour peu que son mari se montre convaincant... ;-)

Au paradis des nigauds est le récit triste d'un homme qui s'éprend d'une pauvresse qui ne songe qu'à nourrir sa famille...

Avec Shashinâs, Vaikom Muhammad Basheer nous délivre une nouvelle histoire d'amour mais pas des plus heureuse, surtout lorsque la jeune fille traîne un lourd passé...

Dans La Maison vide réside un peintre qui, pour se prémunir de tout importun accroche une note sur ses volets, une note précisant qu'il dort et qu'il serait élégant de ne pas le déranger...
" "Je dors, je suis très fatigué. S'il vous plaît, ne me réveillez pas." La note au ton léger, écrite en lettres rouges, est encore bien visible contre le bleu du volet. Mais qui donc y aurait-il à réveiller dans cette maison ?
Les lieux ne sont plus habités depuis longtemps. Personne n'a la témérité d'en faire son logis. Les herbes folles et les plantes sauvages ont envahi le jardin. La peinture de couleur a pâli sur les murs.
Il y a des toiles d'araignée partout. A l'intérieur règne un silence indéfinissable. Dehors, rien ne bouge. Il s'empare de votre esprit un sentiment qui n'est pas exactement de la peur, mais plutôt l'impression que quelque chose vous échappe. Comme devant un sanctuaire très ancien, déserté, inscrit dans l'histoire des lieux.
On raconte toutes sortes de choses sur cette maison vide.
"
(Zulma - p.151)

Le Remède nous prouve que toute médication n'est pas toujours bonne à boire, même si c'est une adorable épouse qui nous l'administre !

Encore une histoire d'amour avec La Faim mais qui connaît un bien triste épilogue...

Avec Les Coeurs accordés, l'auteur évoque les conflits intercommunautaires en Inde mais, lorsque deux amants de confessions différentes s'aiment, comment leur amour peut-il triompher ?
"Les rivalités intercommunautaires, chez nous au Kerala, ne sont que des bouffées de zéphyr en comparaison de ce qui se passe dans le Nord, où un véritable typhon de haine souffle constamment et partout. Hindous, Musulmans et Sikhs s'y comportent comme des bêtes sauvages, se jettent les uns sur les autres, se déchirent à belles dents et se délectent de la mort de leur ennemi. Toute la confiance qui a pu exister un temps entre eux est détruite et leurs cultures ont devenues inconciliables. A croire que la situation n'a pas évolué d'un iota en plusieurs siècles, depuis l'époque où les querelles se réglaient dans le sang. Tueries de vaches, disputes linguistiques, tout est bon pour alimenter le feu du sacrifice que réclame l'expression de leur rivalité."
(Zulma - p.195)

A lire ! ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation05_30