Ellory_ano
Éditions :
Le Livre de Poche - Traduction : de l'anglais (Etats-Unis) par Clément BAUDE -
Titre original : A Simple Act of Violence - Nombre de pages: 731

4ème de couverture :
Washington. Quatre meurtres aux modes opératoires identiques. La marque d’un serial killer de toute évidence. Une enquête presque classique donc pour l'inspecteur Miller. Jusqu'au moment où il découvre qu'une des victimes vivait sous une fausse identité. Qui était-elle réellement ? Et ce qui semblait être une affaire banale va conduire Miller jusqu'aux secrets les mieux gardés du gouvernement américain…
Une fois encore, R. J. Ellory pousse le thriller dans ses retranchements. Entre Robert Littell et James Ellroy, sur un arrière-plan historique qu'il serait criminel de divulguer ici, il imagine une intrigue magistrale, qui plonge au cœur du système politique américain.

Mon avis :
cia_2"Catherine Shéridan ne peut plus, ne veut plus se battre. Son moral est brisé. Tout ce qui comptait à ses yeux n'a plus d'importance. Elle lâche prise. Elle se sent glisser jusqu'au sol, elle sent que l'homme la délivre, et elle se dit : Ce n'est pas moi qui vais devoir continuer de vivre en sachant ce que nous avons fait..." (Le Livre de poche - p.17)
Washington DC, l'inspecteur Robert Miller est appelé sur les lieux d'un crime atroce : Catherine Shéridan a été battue, mutilée, assassinée. Particularités ? Elle porte une étiquette à bagage sans nom autour du cou et une étrange odeur de lavande flotte autour du cadavre. Il s'agit de la quatrième femme retrouvée ainsi, tout laisse croire qu'il s'agit d'un serial killer. Mais ce meurtre semble différent : l'assassin a laissé des indices. Fanfaronnades ? Plagiaire bien informé ? Pour l'inspecteur Miller, l'enquête commence et elle ne va pas être de tout repos...
Bienvenus au pays du mensonge...

Totalement conquise par les deux précédents romans parus en français de R.J. Ellory, Seul le silence et Vendetta, j'avais hâte de me plonger dans la lecture de ce roman, et ceci malgré les nombreux avis mitigés qui ont jalonné la blogosphère lors de sa sortie... Et n'en déplaise à ses détracteurs, R.J. Ellory m'a, à nouveau, totalement séduite avec Les anonymes.

Dès les premières lignes, j'ai replongé avec délice dans cette atmosphère propre à R.J. Ellory: une écriture si riche, recherchée et en même temps tellement abordable, un sens du détail qui nous fait voir, sentir, entendre... Je ne dirai jamais assez, je crois, que son style me charme inéluctablement. A chacune de mes lectures de cet auteur, il m'a été impossible de lâcher le livre... j'ai été totalement absorbée, presque envoûtée. Irrémédiablement.
Contrairement à ses deux précédents romans, les personnages Des anonymes sont plus effacés, presque secondaires, les intrigues géopolitiques prenant le pas sur la vie des pauvres hères mais cela ne m'a pas empêché de vibrer avec Miller, cet inspecteur qui cherche, s'émeut, se perd, et trouve pour mieux y perdre sa tranquillité d'esprit...
J'ai également beaucoup apprécié les coupures explicatives en italique clôturant presque chaque chapitre, révélations sombres et révoltantes sur les coulisses d'une CIA - ô combien - condamnable par un homme qu'on apprendra à connaître tout au long du roman, et qui, petit à petit, nous dévoile son visage d'homme de main, un peu comme Ernesto Perez dans Vendetta mais en plus humain, beaucoup plus humain mais non moins coupable...

Alors, considérant tant d'éloges, pourquoi cet avis n'arbore pas avec fierté mon logo "Coup de coeur" ? Tout simplement parce que ce roman est bien en-deçà, selon moi, des deux précédents traduits en français ! Quelques longueurs, moins intimiste avec des personnages moins touchants, moins fouillés, moins torturés, et un récit très intéressant, très bien construit mais qui, somme toute, ne nous apprend rien. Ceci dit, cela fait toujours du bien de se rappeler (surtout lorsque cela nous est servi par la virtuosité d'un R.J. Ellory) que la nation qui se pose bien souvent en donneur de leçon a tout de même bien oeuvré pour mettre au pouvoir des dictateurs qu'elle a parfois condamnés par la suite et qu'elle s'est parfois engluée dans des trafics en tout genre pas vraiment avouables... Néanmoins, nous sommes bien loin des fabuleuses révélations de Vendetta sur la mafia....

Au final, fan inconditionnelle de R.J. Ellory je reste et même si ce roman ne sera pas mon préféré, le plaisir est là (et ceci, malgré les nombreuses coquilles de mon édition, le texte n'a certainement pas été relu) !!!

Morceaux choisis :
"Qu'est-ce que je leur ai raconté aujourd'hui ? De quoi ai-je gavé leurs cerveaux malléables ? L'éthique de la littérature.
La responsabilité qui incombe à l'auteur, celle de se montrer honnête et intègre, de donner au lecteur une représentation des problèmes aussi exacte que possible.
"La vérité est relative. Elle est perçue de façon très différente d'une personne à l'autre.
- Oui. La vérité est relative. La vérité est personnelle, individuelle.
- Où est la limite, alors ? A partir de quand la perception qu'a un individu de ce qu'il considère comme la vérité devient-elle un mensonge ?
Je ris. Je sors ma meilleure imitation de Jack Nicholson et je réponds : "La vérité ? Vous voulez la vérité ? On ne peut supporter la vérité..."
La cloche sonne. Fin du cours. L'étudiant me regarde au moment de s'en aller et je vois dans ses yeux un soupçon, une accusation. Sa question n'a jamais trouvé de réponse.
Et je me dis :
J'étais comme toi. Il y a très longtemps, j'étais comme toi.
Et ensuite, nous avons trouvé la limite qui sépare la vérité du mensonge. Nous l'avons franchie tant de fois qu'elle s'est brouillée, qu'elle s'est estompée, qu'elle a, pour finir, complètement disparu.
Peut-être les pires mensonges étaient-ils ceux que nous racontions pour la bonne cause.
Peut-être les pires mensonges étaient-ils ceux que nous nous racontions."
(Le Livre de poche - p.155

"Faire confiance ne veut pas dire être d'accord. Il n'est pas question qu'on ait tous la même vision du monde. Putain, qu'est-ce que ce serait si tout le monde était d'accord avec tout le monde ? Non, il s'agit d'avoir la même attitude face aux choses, d'avoir suffisamment d'attitudes communes pour pouvoir prendre une décision sur tel ou tel sujet, et enfin d'agir." (Le Livre de Poche - p.276)

"L'inéluctable.
Je vais vous parler de l'inéluctable.
La mort et les impôts ? Inéluctables.
Et quoi d'autre ? L'amour bien sûr. Aussi inéluctable que la loi de la pesanteur.
Les impôts, on peut y échapper. La mort, des gens la trompent, ou du moins la retardent. On lit des choses comme ça dans le journal :
Un homme parvient à tromper la mort. Vous voyez ce que je veux dire ?
Mais donnez-moi le nom de celui ou de celle qui n'a jamais aimé personne.
Je ne vous parle pas de désir, de vouloir être avec quelqu'un tellement fort que ça fait mal. Je ne vous parle pas non plus d'un lien fraternel, maternel, paternel, avunculaire. Ni d'adorer, de vénérer, de tenir à quelqu'un comme on n'a jamais tenu à quelqu'un jusque-là...
J
e vous parle d'amour.
Un amour tellement puissant que vous ne pouvez ni le voir, ni le sentir, ni le toucher, ni le goûter, ni l'entendre, ni le dire, ni le décrire, ni le définir, ni le peindre, ni le circonscrire; un amour que vous ne pouvez pas expliquer, pas rationaliser, pas justifier, pas raisonner autour d'un verre de bourbon et d'un paquet de Lucky...
"
(Le Livre de Poche - p.536)

A lire...  ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation0_30

Lecture commune avec Manu, Miss Leo et Shelbylee que je remercie chaleureusement d'avoir accepté de chambouler leur planning de publication pour me donner le temps d'être au rendez-vous. Allons voir leurs avis.

D'autres avis : Karine:), Kathel et Ys.