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Éditions :
Magellan & Cie - Collection Miniatures - Nombre de pages : 140

4ème de couverture :
SENEGAL. Depuis son Indépendance en 1960, après deux siècles d'appartenance à l'Afrique occidentale française (AOF), et après avoir été l'un des principaux points d'embarquement de la traite négrière à Gorée et à Saint-Louis, le Sénégal a fait entendre sa voix comme peu de pays africains. Que l'on songe à la place occupée par Léopold Sédar Senghor: poète, chef de l'Etat de 1960 à 1980, membre de l'Académie française. Au travers d'un homme qui a montré la voie et qui disait : "La Négritude est la simple reconnaissance du fait d'être noir, et l'acceptation de ce fard, de notre destin de Noir, de notre histoire et de notre culture", c'est le destin d'un peuple qui a été tracé.
Outre Senghor, Cheikh Hamidou Kane, Sembene Ousmane, Boris Boubacar Diop, une spécificité de la littérature sénégalaise est la place qu'y occupent les femmes: Mariama Bâ, Aminata Sow Fall, Fatou Diome, Ken Bugul, Khadi Hane, Nafissatou Dia Diouf... Francophone et féminine, elle se présente, consciente de son passé, attachée à des traditions multiséculaires, mais aussi moderne, ouverte sur le monde, et nouant des liens subtils avec l'Amérique où vivent tant de descendants du commerce triangulaire.

AUTEURS : Nafissatou Dia Diouf, Boubacar Boris Diop, Khadi Hane, Ken Bugul, Aminata Sow Fall.

senegalMon avis :
Un recueil de cinq nouvelles d'un intérêt assez inégal d'auteurs sénégalais qui nous ouvrent une petite porte sur la littérature du Sénégal. En cela, ce livre est très intéressant. Mais si certaines nouvelles m'ont beaucoup plu, d'autres, en revanche, m'ont ennuyée au point de me faire (presque) rayer l'auteur de la liste des auteurs africains à découvrir...

J'irai... de Nafissatou Dia Diouf raconte le voyage en train d'une jeune femme. Chaque gare lui remet en mémoire une comptine enfantine alors que son angoisse croît à mesure que sa gare de destination se rapproche : arrivera-t-elle à l'heure ? La personne avec qui elle a rendez-vous sera-t-elle là ? Sa vie en sera-t-elle bouleversée ?
""J'ai à Dakar prendre l'autocar."
Le taxi qui me mène à la gare de si bon matin n'a pas de phares, pas de compteur, pas de plancher d'ailleurs par endroits. Tant pis s'il fait encore noir. Tant pis si je n'ai pas envie de parler, encore moins de discutailler le prix de la course. Tant pis si mes chaussures reposent sur un tapis en plastique mou qui se déforme sous le poids de mes jambes et s'enfonce dangereusement vers l'asphalte dont je ressens les exhalaisons tièdes. La chaussée cabossée ne nous épargne aucun heurt. Chaque nid de poule trouve écho dans mon ventre vide. Le moteur est nerveux comme un diesel mal rafistolé. Le coup de volant est brusque et mal assuré. Le chauffeur est rogue, sans doute un sirouman en fin de service. Je n'en ai rien à faire. Je n'ai pas plus envie de lui être sympathique que lui de connaître ma vie.
Ma vie, je ne la connais pas moi-même..."
(Magellan & Cie - p.11-12).

Avec La nuit de l'Imoko de Boubacar Boris Diop, l'auteur nous entraîne au coeur d'une croyance ancestrale : "A Djinkoré, tous les sept ans, les Deux Ancêtres se lèvent d'entre les morts et pendant une nuit entière, la Nuit de l'Imoko, ils disent à leurs descendants comment se comporter pendant les sept années suivantes. C'est aussi simple que cela. C'est la nuit où tous les criminels sont confondus, celle aussi où les femmes infidèles, les maris indignes et les chefs injustes sont rappelés à l'ordre par la voix courroucée des Deux Ancêtres. Djinkoré est alors pétrifiée par la peur, car chacun redoute que, dans leur colère, les Deux Ancêtres ne fassent disparaître la ville sous les eaux ou sous une coulée de lave incandescente. Le royaume retient son souffle jusqu'à l'aube et, avant de retourner à leur nuage, les Deux Ancêtres font connaître le nom de celui qui est appelé à s'asseoir pendant sept ans sur le trône millénaire de Djinkoré." (Magellan & Cie - p.51).
La nuit de l'Imoko est un récit étrange et en même temps terriblement humain : quand nos croyances nous sont retirées, que nous reste-t-il ?

Un samedi sur la terre de Khadi Hane est une nouvelle très belle, très poétique dont le rythme nous entraîne dans une course folle, la course immobile de Kooler Faye, un expert es chômage qui rêve, allongé sur son lit, à la fille de ses rêves alors que les amis de sa soeur devisent et jouent à se lancer des vers dans la pièce juste à côté.
J'ai adoré l'écriture de Khadi Hane, à la fois poétique et d'un rythme enlevé : c'est une nouvelle à savourer sans modération et une auteur à découvrir.
"Cette foutue année arriva. Celle de mes vingt-cinq ans. Celle où j'obtins mon diplôme après quatre années à l'université que je traversai en bûchant comme un dingue. Maître es, titre de noblesse intellectuelle auquel aboutirent ces longues années de labeur intense. A partir de ce moment, tout auteur de moi se mit à changer.  Tout : les choses et aussi les gens." (Magellan & Cie - p.79).

Je suis totalement restée de marbre à la lecture de Les maîtres de la Parole de Ken Bugul. Je n'ai aimé ni l'histoire de ce baobab planté sur ce terrain si particulier ni le style de l'auteur... En résumé, une nouvelle que j'oublierai certainement très vite.

"Dix mois déjà. Comme si c'était hier. Dans son coeur, le poids insupportable d'une souffrance qui émerge de là où Soda croyait l'avoir refoulée..." (Magellan & Cie - p.129). La fête gâchée d'Aminata Sow Fall conte l'histoire des jeunes africains qui quittent leur pays pour un eldorado européen bien illusoire. Et lorsqu'ils n'atteignent pas la terre promise, les familles souffrent de ces départs éternels et ce n'est pas l'aide internationale qui leur permettra d'alléger leur peine.
C'est une nouvelle très intéressante, satyrique et moqueuse portée par une écriture maîtrisée; Aminata Sow Fall est une auteur à découvrir.

A découvrir... ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation0_30