Vacances_polarMon été polar... suite et fin.

 

Flynn_PeauGillian Flynn - Sur ma peau

Éditions : Le Livre de Poche
Traduction : de l'anglais par Christine BARBASTE
Titre original : Sharp Objects
Nombre de pages : 379

Mon avis :
Camille Preak est journaliste pour un sombre canard de Chicago. Lorsque son rédacteur en chef, alléché par un possible scoop, lui demande d'aller enquêter sur une étrange disparition dans sa ville natale, elle accepte alors même qu'elle se doute qu'elle ne sera pas forcément la bienvenue chez sa mère... Mais si elle sait que ce retour dans sa famille va être difficile à vivre (ne fait-elle pas une halte sur son trajet, afin de repousser le moment fatidique des retrouvailles ?), elle est loin de se douter que sa venue à Wind Gap équivaudra à mettre de l'acide sur les profondes cicatrices de son adolescence à commencer par le souvenir dévastateur de la mort de sa soeur, Marian, disparue alors que Camille avait à peine treize ans...

Il y a, à la lecture de ce thriller psychologique, quelque chose d'extrême, de dérangeant : une souffrance, sans doute, mais également quelque chose de plus profond, de pas net, de malsain même. Les lames de rasoir sur fond rouge de la couverture sont d'ailleurs assez représentatives de l'ambiance qui transpire du roman : les personnages sont torturés, mentalement instables, violents, dénués d'émotion apparente et froids tels les lames de rasoir. Et ce qui m'a le plus dérangé en réalité, ce n'est pas tant les caractéristiques des personnages que le fait que ce soit des femmes... elles sont si éloignées des standards que cela choque un peu, dérange et effraie ! Non pas que je crois que toutes les femmes soient gentilles, douces, compréhensives, aimantes, et j'en passe, mais, dans ce roman, l'accumulation de caractères féminins dérangés, froids, tranchants est assez inhabituelle... Et Camille, l'héroïne, n'est pas en reste et doit également lutter contre ses démons : entre son alcoolisme, sa sexualité déplacée et son obsession des mots qu'elle grave sur sa peau, il y a de quoi frémir...
Au final, je ne saurais réellement dire si j'ai aimé ou pas ce roman. Certes, il est prenant et on ne l'abandonne pas aisément tant l'envie de savoir est forte (même si on voit arriver l'épilogue assez vite). Il est également intéressant pour l'analyse des réactions des personnages face à la violence subie : certains s'automutilent alors que d'autres infligent des souffrances encore plus importantes aux autres. Mais il a aussi cet arrière-goût un peu amer, âcre, qui écoeure un peu.

Pour les amateurs de thrillers psychologiques...

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation05_30lecture_notation0_30

 

eliot_pattison3Eliot Pattison - L'oeil du Tibet

Éditions : 10/18
Traduction : de l'anglais (Etats-Unis) par Freddy MICHALSKI
Titre original : Bone Mountain
Nombre de pages : 650

Mon avis :
"Si la Terre disposait d'un lieu et d'une saison où se forgent les âmes, c'était sûrement au Tibet, ici et maintenant, sous le clair de lune, en ces étendues sauvages d'altitude, par une nuit de printemps encore glacée." (10/18 - p.14) Dans ce troisième volet des aventures de Shan Tao Yun, l'ex-inspecteur chinois accepte une mission pour le moins étrange : escorter une pierre sacrée dans la vallée de Yapchi d'où elle a été dérobée par les Chinois. Une prophétie prétend que cette pierre retrouvera son emplacement grâce à un chinois au coeur pur et que cela rendra sa sérénité au village à qui elle appartient. Mais le voyage ne commence pas comme prévu : le moine qui devait accompagner Shan meurt dans d'étranges circonstances, les "Han" (Chinois), colonisateurs impitoyables du Tibet, traquent les moines dissidents et la route est longue...

Ce troisième tome, tout comme les précédents, est passionnant, dense, avec, encore une fois, une intrigue que l'on a dû mal à suivre tant les circonvolutions du récit s'entremêlent et s'enchaînent et tant les personnages s'accumulent ! Mais le plaisir est toujours là et le dépaysement aussi avec, encore une fois, des paysages grandioses ! Ce récit tient donc les promesses des précédents opus et c'est avec plaisir que j'ai retrouvé les personnages récurrents : Shan, l'ex-inspecteur qui se cherche et ses amis, Lokesh et Gedun, des moines bouddhistes qui l'aident à trouver le chemin de la sérénité dans un Tibet meurtri, dépossédé de ses coutumes, de son histoire, de sa culture, de ses enfants qu'on éduque à devenir de parfaits Chinois "Han" et qui, de plus, doit subir un autre fléau : la destruction de toute une vallée sous prétexte de présence de pétrole et donc de rentabilité économique... Eliot Pattison, là encore, s'attache à dénoncer les exactions des "Han" qui traquent et anéantissent même parfois toute trace de la culture tibétaine allant jusqu'à brûler les vestiges des gompas vieux de plusieurs siècles, jusqu'à désigner les futurs moines bouddhistes parmi les sympathisants politiques afin de contrôler la foi des tibétains...
Le roman sert également de prétexte pour nous présenter un pan entier de la culture ancestrale tibétaine : sa médecine pratiquée par des moines, basée sur la connaissance approfondie des herbes et intégrant l'aspect psychologique de toute maladie. Guérir son esprit avant de pouvoir guérir son corps, c'est, semble-t-il, le grand secret de cette médecine...

En résumé, on retrouve dans ce roman les thèmes chers à Eliot Pattison : la dure lutte des tibétains pour conserver leur identité spirituelle et culturelle, les chinois qui luttent, eux, pour l'éradiquer et son amour du Tibet et de ses habitants qui transparaît à chaque page. Cela pourrait donner une série répétitive et donc lassante mais, personnellement, je ne trouve pas tant les thèmes abordés sont toujours différents en réalité même si la base est la même...

Morceau choisi :
"Les choses avaient-elles réellement changé depuis les toutes premières caravanes ? Les bergers s'aventuraient toujours à pied dans ce paysage dur et rocailleux, ils continuaient à briser le sel à l'aide de pilons en bois, ils dormaient sous des tentes fabriquées à partir de poils de yack, et ils empaquetaient leur sel dans des pochettes tissées avec la laine prise sur ces mêmes animaux, en se réjouissant toujours du goût sucré du lait que leur donnait les bêtes pâturant parmi les fleurs de printemps. Rien n'avait changé." (10/18 - p.118)

Une série à découvrir...

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation0_30