Farooki_gÉditions : Gaïa - Traduction : de l'anglais par Jérémy ORIOL -
Titre original : Bitter Sweets - Nombre de pages : 372

4ème de couverture :
À treize ans, Shona craque pour Parvez dès la première oeillade. Follement amoureux et inconscients, les jeunes amants fuient le Pakistan pour voler de leurs propres ailes, à Londres.
Passés l'exaltation d'un nouveau départ et les joies de la vie d'une famille qui s'agrandit, Shona se sent rattrapée par son passé. À l'image de sa mère, elle construit sa vie sur des mensonges, se risque à mener une double-vie, jusqu'au jour où les secrets deviennent trop lourds à porter. Même la vitalité de ses jumeaux adolescents - Omar qui brille dans les études, et Sharif qui tombe les filles - ne suffit plus à compenser les non-dits accumulés au fil des années, des générations. Mais peut-on revenir sur un tel héritage ? L'amour sera-t-il assez fort pour vaincre les erreurs du passé ?

Roopa Farooki est né au Pakistan en 1974 et grandit à Londres. Après des études de philosophie, de politique et d'économie à Oxford, elle travaille un temps dans la publicité. Depuis 2004, Roopa se consacre à l'écriture et partage sa vie entre L'Angleterre et la France. Le choix de Goldie est son premier roman.

Mon avis :
Le choix de Goldie est l’histoire d’une famille de Menteurs (avec un « M » majuscule), érigeant presque la mythomanie en principe de vie :
* Mensonges d'un père qui, par cupidité, "vends" sa fille encore enfant à un jeune étudiant pour un mariage qui ne démarre pas sous les meilleurs hospices.
* Mensonges de cette femme-enfant qui, égoïste, s'arrange pour que son mari lui fasse un enfant pour échapper à l'université. Rêvant de vivre un destin bollywoodien, elle passe son temps à se pomponner et à sortir avec ses amis, passant d'un mensonge à l'autre : elle fait de son mari un homme malheureux en couple mais, fort heureusement, heureux père d'une fille, Shona, qu'il adule.
* Mensonges de ce mari, ce père aimant, qui, souhaitant connaître le véritable amour et la félicité conjugale, va mener une double vie entre Londres et Dhaka parce que c'est plus facile de cacher les choses que d'affronter la réalité (en l’occurrence les deux femmes auxquelles il ment lamentablement).
* Mensonges enfin de leur fille, Shona qui, par facilité, pour épargner son mari puis ses enfants, pour faire plaisir parfois, par habitude, souvent, va perpétuer la tradition familiale de mythomanie en cachant à son mari ses difficultés, ses luttes, ses écarts… (et je n'en dis pas plus pour ne pas en dévoiler trop)...

Quelles sont les conséquences d’un "petit" ou d’un "grand" mensonge sur la vie de nos proches, sur sa propre vie ? L’accumulation de demi-vérités, de cachotteries, de mensonges éhontés ou de mensonges par omission, ne conduit-elle pas, au final, et inévitablement, à une chute brutale, une redescente douloureuse dans la réalité pour ceux qui ont été dupes ou dupés ? Peut-être ou peut-être pas… pour connaître le point de vue développé dans ce roman par Roopa Farooki, il faut lire le livre ! ;-)

Tout d'abord, je dois dire que je n'ai rien à reprocher au style de Roopa Farooki : ce roman choral se lit aisément, avec plaisir : je n’ai pas eu le temps de m'ennuyer et j'ai fini ma lecture en seulement trois jours... Ça, c’est la bonne nouvelle.

Pour le reste, je suis totalement restée de glace :

1) Le mensonge, thème principal du roman, est certes assez bien disséqué mais l’auteur nous présente une version trop édulcorée des conséquences d’un tel acte et je ne peux cautionner les justifications que se donnent les différents protagonistes pour avoir "bonne conscience". Ce n’est pas que je sois une personne ne comprenant pas le mensonge, je pardonne d'ailleurs "assez facilement" (selon mes proches) ce travers somme toute assez courant dans notre société de faux-semblants. Mais encore faut-il qu’il soit réfléchi : je déteste rien de moins les personnes qui mentent comme elles respirent, qui ne réfléchissent pas aux conséquences d’un tel acte sur la personne qui reçoit le message et, pour moi, rien n’est pire qu’un mensonge fait pour en cacher un autre : pris la main dans le sac, il est plus que temps d’avouer !! Certes, je ne dirais très certainement jamais à une personne dont je trouve la coiffure et/ou la tenue positivement hideuse qu’elle a l’air d’une salade desséchée, même si c’est réellement ce que je pense, mais je ne lui dirais pas non plus qu’elle a l’air merveilleuse et j’ai d’ailleurs menti à mes enfants en leur faisant croire au Père-Noël et la Petite souris (ils m’ont pardonné, fort heureusement pour moi ;-)) mais, pour moi, l’honnêteté et la franchise sont des valeurs importantes qui nous permettent de construire des relations stables, durables et justes. Dans ce cadre-là, comment apprécier un tel roman ? Mes principes m’ont un peu fait tiquer, là…

2) Les différents personnages auraient pu me plaire mais je suis restée totalement de glace face à leurs "petits" malheurs, la grande majorité engendrés d’ailleurs par leur incapacité à parler franchement à leurs proches (**** ATTENTION spoiler : Pourquoi Shona n’avoue-t-elle pas à son mari ses nombreuses visites à l’hôpital pour avoir un enfant ? Honnêtement, de mon point de vue, cela lui aurait épargner bien des tracas et, surtout, des frustrations… peut-être même aurait-elle eu du soutien de la part de son mari qui n’a pas compris l’importance, pour Shona, d’avoir des enfants tout simplement parce qu’elle ne lui pas très clairement fait savoir ! fin spoiler ****). Seuls les enfants de Shona, qui semblent épargnés par la malédiction familiale, ont une histoire intéressante mais trop peu développée selon mon goût.

3) Le contexte, quant à lui, ne m’a pas particulièrement passionnée. Cela fait déjà un petit moment que je m’interroge sur ma possible saturation de livres / romans / essais disséquant la difficile intégration des immigrés du sous-continent indien dans un pays dont la culture, les valeurs et les traditions sont à l’extrême opposées de celles de leur pays d’origine et, là encore, la question se pose… roman n’ayant pas su me convaincre ou saturation de ce genre d’histoires ? Je n’ai pas encore la réponse… on verra au prochain roman !

Au final, j’ai parfaitement conscience d’être d’une sévérité peu commune pour un roman que j’ai, somme toute, dévoré en trois jours… Mon sentiment est paradoxal mais, en même temps, totalement authentique… comprenne qui pourra ! Sans doute, ma curiosité y est pour beaucoup : il était nécessaire, pour moi, de savoir où tous ces mensonges allaient mener les différents protagonistes et, la fin dévoilée, ma déception explique certainement mon désamour… :D

Morceau choisi :
"Conçue dans le mensonge et née dans la maison d'un menteur, la petite Shona couleur de l'or grandit inévitablement dans l'idée qu'il valait toujours mieux réconforter quelqu'un ou dissimuler quelque chose par un mensonge que le blesser ou le révéler en disant la vérité. Plus tard, quand elle se surprendrait à invoquer des prétextes insensés pour expliquer pourquoi elle rentrait tard du travail, pour complimenter quelqu'un sur sa nouvelle coupe de cheveux, elle se découvrirait incapable de dire si ce besoin de mentir était inné ou si elle l'avait appris, dès le berceau, de sa mère et de son grand-père maternel. Quelle que fût cette origine, naturelle ou culturelle, l'enfance de Shona fut un champ de bataille dont la vérité ne sortit jamais victorieuse, et dont Shona savait fort qu'il était parfaitement illusoire d'attendre une révélation. Ses mensonges formaient une gaze fine, délicate, inextricablement intégrée dans le tissu même de sa vie et chaque jour renouvelée. Elle en avait fait une toile aux mailles si fines et si serrées qu'elle seule savait vraiment ce qui était vrai et ce qui ne l'était pas, et qu'elle parvenait parfois à se tromper elle-même, si bien qu'elle ne s'en souvenait plus." (Gaïa - p.29)


Une histoire de mensonges, de cachotteries et de vies à demi-vécues. Aux amateurs du genre.

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation05_30 lecture_notation0_30lecture_notation0_30

D'autres avis : Anna, Sylvie et Titou.

Val_aime_les_livres_challenge

Bien que l'auteur soit d'origine pakistanaise, j'inscris cette lecture dans le challenge de Val.

 

 

Si, comme moi, vous êtes sous le charme de la couverture colorée de ce roman, allez visiter le site du photographe : Bruno Morandi , son carnet de route est aveuglant de couleurs !