jimmy_le_terroristeÉditions : Philippe Picquier - Traduction : de l'anglais par Mélanie BASNEL -
Titre original : Jimmy the Terrorist - Nombre de pages : 187

4ème de couverture :
Comment je suis devenu un terroriste.
Dans la ville imaginaire de Moazzamabad, il n'y a personne du nom de Jimmy, seulement un jeune homme du nom de Jamaal, battu à mort par des policiers après avoir poignardé l'un des leurs.
Le narrateur, témoin de cette tragédie, retrace pour nous l'histoire de cette petite ville de l'Inde et de son quartier musulman, dans lequel est né Rafiq, le père de Jamaal qui rêvait de gloire et de fortune. Il va connaître l'humiliation, perdre la femme qu'il aime, voir des mosquées détruites par des hindous et se retrouver mollah presque par hasard. Jamaal, élevé par ce père, avare de paroles réconfortantes, voit le monde changer progressivement autour de lui. Le couvre-feu, les émeutes, la haine font grandir en lui la peur mais aussi ce "Jimmy le terroriste" qu'il prétendra être au moment de mourir.

Mon avis :
"Oh, je ne doute en rien de leurs bonnes intentions - il ne faut jamais douter des bonnes intentions de qui que ce soit. Mais, voyez-vous, je n'y crois plus. Que vont-ils trouver ? Jimmy n'est que la conclusion d'une longue histoire, et plus personne ne s'intéresse aux longues histoires de nos jours. Deux gros titres, une photo, et avant qu'on s'en aperçoive, ils parleront de nouveau de cricket, ou de Bollywood. Probablement des deux."  (Philippe Picquier - p.8)
Jamaal Ansari, fils de Rafiq Ansari et de Shaista Shabbir a vu le jour à Rasoolpur, quartier musulman de la ville imaginaire de Moazzamabad. Petit garçon choyé par sa mère, ses oncles et ses tantes, il grandit dans l'insouciance jusqu'au jour où sa mère meurt brutalement en couche alors qu'il n'a que cinq ans. Dès lors, il vit seul avec son père, qui, peu à peu, s'est réfugié dans la religion après avoir perdu son emploi de professeur en plus de sa femme et ses discours de mollah ont un impact certain sur cette ville qui gronde sous les conflits inter-religieux Hindous-Musulmans...

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Octobre 2008. Inspiration pour le moins étrange du styliste indien Narendra Kumar ...

Avec ce roman, Omair Ahmad m'a totalement conquise : l'histoire est rythmée, prenante, intéressante et résonne longtemps encore après la dernière page tournée. Les personnages sont par ailleurs très bien développés, très attachants aussi et le livre se lit d'une traite tant le style est fluide et agréable.
L'histoire de Jimmy pourrait être celle de n'importe qui tant elle est banale, c'est un garçon comme il en existe des milliers : calme et taciturne mais serviable et gentil, sa vie bascule le soir où il doit agir, devenant ainsi "Jimmy le terroriste". Le lieu, l'époque et le milieu social de notre naissance conditionnent-t-ils toute notre vie : nos choix, nos valeurs, nos peurs ?  Indiscutablement ! Et c'est pourquoi Jamaal est devenu Jimmy, c'était presque inéluctable...
"Il se peut que, dans tout ce que je vous raconte, rien n'explique cette ville, ce quartier ou ce garçon. Nous comprenons si peu de choses en réalité..." (Philippe Picquier - p.155)

Sous prétexte de nous conter le parcours de Jamaal alias "Jimmy le terroriste", l'auteur en profite pour décortiquer les conflits hindous-musulmans des années 1990 en Inde, la peur qui s'installe dans la minorité musulmane de la ville majoritairement hindoue de Moazzamabad, le pouvoir des mots et la facilité avec laquelle un événement banal et isolé peut se transformer en prétexte à une violence généralisée et totalement incontrôlable. C'est bien vu, fatal et angoissant.

Jimmy le terroriste est un roman qui donne terriblement envie d'en lire d'autres de l'auteur : j'y reviendrai, c'est certain !!

Morceau choisi :
"Est-elle responsable de tout ce qui s'est passé ?
C'est difficile à croire, tant elle était calme, elle qui avait connu tellement peu de joies dans sa vie, et qui est morte depuis si longtemps maintenant. Elle l'aimait profondément son
lal. Sa lune, son astre, c'est comme ça qu'elle l'appelait, il était l'accomplissement de ses rêves, à tel point qu'elle n'avait plus le moindre rêve à nourrir quand il est né.
Difficile de penser à elle de la sorte, à sa responsabilité dans la mort de son fils, à son amour instable qui l'a conduite au cimetière, où il l'a suivie peu de temps après, comme le fils obéissant qu'il était.
Qui pourrait accuser Shaista d'autre chose que d'avoir aimé son fils, de l'avoir trop aimé ? Et quelle mère indienne n'est pas coupable du même crime ?"
(Philippe Picquier - p.25)

A découvrir... ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation0_30

Val_aime_les_livres_challengeCette lecture entre bien évidemment dans le challenge de Val.