Molas_fantomesÉditions : Albin Michel - Nombre de pages : 516

4ème de couverture :
Le Delta du Niger, l’enfer sur terre : marées noires dévastatrices, paysans réduits à la famine, guérilleros traqués par des militaires sanguinaires.
Pour les multinationales qui en exploitent l’or noir, une manne. Mais aujourd’hui, elles ont peut-être trouvé mieux que le pétrole… Face à leur cynisme, que pèsent les idéaux de deux médecins humanitaires bien décidés à ne pas les laisser faire ?
L’Afrique et ses fantômes hantent cette odyssée pleine de violence et de fureur. Éloge de l’espoir, fresque épique tout autant que thriller, Les Fantômes du Delta confirme l’incroyable talent d’Aurélien Molas pour instiller dans le suspense cette soif du mal qui ronge les hommes.

Nigeria_copie1Mon avis :
"Joliba en mandingue.
Isa ber en songhaï.
Ngher en touareg.
Le Niger, le plus beau fleuve du monde, la mémoire de l'Afrique. Prenant sa source dans les monts de Loma, il sinue sur quatre mille kilomètres, emportant dans son courant les langues et les coutumes, avant de rendre l'âme et de se fondre dans les hautes eaux du golfe de Guinée. Contaminé jusqu'à la vase par l'Histoire, il a traversé les siècles, porté les espoirs de fortune des colons britanniques er français, bercé des rêves d'indépendance et de révolte. C'était en le survolant que Taiwo Akinkunmi avait eu l'idée de composer le drapeau du Nigéria.
Une bande blanche encadrée de vert.
Un symbole de paix et d'unité.
Mais cette bande aurait dû être rouge."
(Albin Michel - p.115)
Août 2003, Nigéria, quelque part sur la rive du fleuve Niger. Une femme se présente à l'orphelinat catholique d'Owerri. Dans ses bras, une petite fille qu'elle confie au directeur de l'établissement, le père David. Parce que la petite Naïs est différente, les croyances locales mettent sa vie en danger, elle sera plus en sécurité si sa mère l'abandonne.
Juin 2006. Deux médecins de Médecins sans frontière sont chargés d'établir des statistiques sur la malnutrition au Nigéria et de vacciner les enfants contre la rougeole. Ils arrivent à l'orphelinat tard dans la nuit. L'établissement est devenu un centre de soin. Les dirigeants de ce centre, qui ressemblent plus à des geôliers qu'à des médecins, acceptent de réveiller les enfants malgré l'heure tardive. Le comportement d'une petite fille intrigue les deux médecins... Mais ils n'ont pas le temps de s'interroger sur l'étrangeté du lieu, des détonations de fusil automatique retentissent dans la nuit...

En toute honnêteté, je n'aurais certainement jamais acheté ce roman policier si je n'avais eu l'occasion d'entendre l'auteur présenter son livre lors d'une interview croisée à Paris Polar. Entendre Aurélien Molas parler des motivations qui l'ont poussé à écrire ce thriller m'a convaincu de l'intérêt que je pourrais trouver à lire ce polar.
Et, sans conteste, Les fantômes du Delta est un bon thriller : intrigue assez bien ficelée, rythme soutenu, personnages fouillés, tous ces ingrédients en font un roman prenant que l'on a du mal à lâcher. Mais ce roman est bien plus qu'un bon page-turner. L'auteur dresse en effet un portrait complet, triste et poignant de la situation dans le delta du Niger : mainmise des grosses compagnies pétrolières sur les terres, extrême pollution du fleuve, situation catastrophique des populations locales qui souffrent de la faim et de conditions sanitaires déplorables, terrorisme, révolte des paysans, règne de l'argent et de croyances d'un autre âge (peut-on vraiment croire qu'enterrer des femmes enceintes vivantes rendra une terre fertile ?); autant de maux contre lesquels des hommes et des femmes tentent de lutter. Mais les actions des organismes humanitaires, des médecins ou des religieux semblent bien vaines face à l'ampleur de la tâche.

C'est donc un roman que je recommande à toutes celles et ceux qui souhaitent associer un bon polar à une réflexion sur la course à l'argent qui détruit le monde !
Un petit bémol toutefois : si la narration est incontestablement prenante, elle est également un peu trop hachée à mon goût. Les chapitres sont souvent trop courts et les coupures parfois assez déstabilisantes; l'éditeur aurait voulu générer de la page pour en faire un livre plus volumineux qu'il ne s'y serait pas pris autrement... mais n'était-ce pas le but recherché ? C'est dommage...

Morceau choisi :
"Il avait vu couler assez de sang pour changer à jamais la couleur de tous les fleuves de ce continent, il avait vu des machettes ouvrir des visages en deux comme de vulgaires melons, il avait vu brûler des femmes et des enfants inondés d’essence, et il avait toujours trouvé en lui le courage de faire face et d’affronter ses peurs. C’était peut-être la foi qui l’avait empêché de basculer dans la folie, peut-être aussi cette croyance indéfectible qu’un homme devient mauvais parce qu’il souffre. Mais ni la foi ni la croyance ne l’épaulaient face à la terreur que lui inspirait cette enfant." (Albin Michel - p.21)

Un auteur à découvrir et un livre qui donne à réfléchir... ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation0_30

Cet avis constitue ma deuxième participation au challenge "Thrillers et Polars" de Liliba.

Liliba_Thriller

Pour aller plus loin, un reportage édifiant sur la pollution du Niger et la responsabilité des grosses compagnies pétrolières...