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Éditions : Folio - Traduction : du russe par Boris de SCHLOEZER -
Nombre de pages :  982 (Tome 1) + 1 009 (Tome 2)

4ème de couverture :
Tome 1
"- Ah ! enlevez ces... enlevez donc ces... (Elle désignait les lunettes.)
Pierre les enleva. Son regard n'était pas seulement étrange comme l'est d'ordinaire celui des gens qui enlèvent leurs lunettes, il était apeuré et interrogateur.  Pierre voulut se pencher sur la main d'Hélène et la baiser, mais d'un mouvement rapide et brutal de la tête, elle s'empara de ses lèvres et y appuya les siennes.  Le visage d'Hélène frappa désagréablement Pierre par son expression égarée."

Tome 2
" - Couchez-vous! cria l'aide de camp en se jetant à terre.  Le prince André, debout, hésitait.  La grenade fumante tournait comme une toupie entre lui et l'aide de camp, à la limite de la prairie et du champ, près d'une touffe d'armoise.
- Est-ce vraiment la mort ? se dit le prince André en considérant d'un regard neuf, envieux, l'herbe, l'armoise et le filet de fumée qui s'élevait de la balle noire tourbillonnante. Je ne veux pas, je ne veux pas mourir, j'aime la vie, j'aime cette herbe, cette terre et l'air..."

Mon avis :
Je ne vais certainement pas me lancer dans le résumé de cette gigantesque oeuvre de Tolstoï : d'autres l'ont déjà fait, et bien mieux que je ne serais capable de le faire ! Sachez juste que la trame de ce roman se situe en Russie et s'étale de 1805 à 1820...
Pas de résumé donc. Non, je vais plutôt m'attarder sur ce qui m'a marquée, ce que j'ai aimé et ce que j'ai moins aimé...

Ce qui m'a marquée :
Par bien des côtés, et peut-être bizarrement, ce roman m'a paru intemporel : les Hommes seront toujours des Hommes et le progrès n'a en rien corrigé leur désir de domination, leur soif de guerre, leur orgueil, leur vanité... mais également leur envie de calme, leur désir d'amour, leurs discussions interminables sur la marche du monde... Bien entendu, l'époque n'est pas la même et cela change forcément la perception du monde mais ce roman a tout de même ce petit quelque chose d'immuable, même si Tolstoï s'est parfois trompé dans ses considérations et sur l'avenir du monde...

Ce que j'ai aimé :
- Découvrir l'époque à travers les discussions de salon justement, mais également à travers les digressions de l'auteur sur la marche du monde et des hommes. C'est intéressant pour qui se passionne pour l'Histoire russe et la façon dont Tolstoï présente les salons, les courants de pensée, la guerre et les différents personnages dans leur époque la rend vivante et (presque) fascinante.
- La façon dont Tolstoï décrit et fait évoluer ses personnages : leur psychologie, leurs sentiments, leurs aspirations. Les protagonistes sont fouillés, finement analysés, attachants et qu'ils nous paraissent sympathiques ou antipathiques, ils sont toujours très vivants !
- Le prince Bolkonsky, personnage très complet qui évolue, s'étoffe tout au long du roman passant d'un homme très hautain et froid au début du récit à un protagoniste que l'on regrette de quitter... 
- Le style très accessible de l'auteur qui rend la lecture agréable. En toute honnêteté, je n'ai pas dévoré ce pavé au point de ne plus le lâcher; il y a eu des semaines où il dormait paisiblement sur ma table de chevet sans que je ne pense à le ré-ouvrir mais chaque nouvelle plongée dans ce roman était facile et, une fois tous les personnages assimilés, le plaisir de lecture était là.

Ce que je n'ai pas aimé :
- Les trop nombreuses digressions philosophiques de l'auteur. Si certaines sont vraiment intéressantes, selon moi, la plupart alourdissent considérablement le récit et rendent sa lecture un tantinet ennuyeuse...

Morceaux choisis :
De la communication inter-culturelle :
"Pfuhl était un de ces hommes sûrs d'eux, irrémédiablement, jusqu'au martyre, comme seuls peuvent l'être les Allemands, parce que seuls les Allemands fondent leur assurance sur une idée abstraite, sur la science, c'est-à-dire la prétendue connaissance de la vérité absolue. Le Français sera sûr de lui parce qu'il est convaincu de la séduction irrésistible, tant intellectuelle que physique qu'il exerce sur tous, hommes et femmes. L'Anglais est sûr de lui parce qu'il est citoyen de l'Etat le mieux organisé de tous et parce qu'il sait toujours, en tant qu'Anglais, ce qu'il doit faire et sait que tout ce qu'il fait en tant qu'Anglais est indubitablement bien fait. L'Italien est sûr de lui parce qu'il s'abandonne à son émotion et en oublie facilement et lui-même et les autres. L'assurance du Russe tient à ce qu'il ne sait rien et ne veut rien savoir, car il ne croit pas qu'on puisse savoir quoi que ce soit." (Folio - Tome 2 - p.64).

De l'absurdité de la guerre :
"Et cependant, bien qu'à la fin déjà de la bataille ils eussent senti toute l'horreur de leurs actes et qu'ils eussent été heureux de s'arrêter, on ne sait quelle force incompréhensible, mystérieuse, continuait à les dominer, et, trempés de sueur, dans la poudre et le sang, les artilleurs survivants, un sur trois, bien que titubants et haletants d'épuisement, apportaient les gargousses, chargeaient, pointaient, allumaient la mèche, toujours aussi rapides et cruels et réduisaient en bouillie le corps des hommes. Et cette chose terrible continuait à s'accomplir, cette chose qui s'accomplit non par la volonté des hommes mais par la volonté de Celui qui dirige les hommes et les mondes." (Folio - Tome 2 - p.353).

Et Newton alors ?
"Quand une pomme est mûre et tombe, pourquoi tombe-t-elle ? Est-ce à cause de l’attraction de la terre ? Est-ce parce que sa queue est desséchée et que le soleil l’a abîmée, ou bien est-elle devenue trop lourde et a-t-elle été secouée par le vent ? Ou bien est-ce parce que l’enfant debout sous l’arbre avait envie de la manger ?
Rien de tout cela n’est la cause; il ne s’agit que de la coïncidence des conditions dont dépend l’accomplissement de n’importe quel évènement de la vie élémentaire, organique. Et le botaniste qui dit que la pomme tombe parce que sa pulpe se décompose ou pour quelque cause de ce genre, aura raison tout autant que l’enfant qui, sous l’arbre, dira que la pomme est tombée parce qu’il avait envie de la manger et qu’il a prié pour qu’elle tombât."
(Folio - Tome 2 - p.12).

A lire. ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation05_30lecture_notation0_30

WarAndPeaceUn mot sur l'adaptation de King Vidor ?

Titre du Film : War and Peace
Réalisateur : King Vidor
Durée : 3h28min
Acteurs : Audrey Hepburn, Mel Ferrer, Henry Fonda et Vittorio Gassman.
Année de production :
1956

Le film de King Vidor est une adaptation assez complète, bien que très résumée du roman et je la trouve plutôt réussie. J'ai pris beaucoup de plaisir à regarder ce film : Audrey Hepburn, éblouissante comme dans la majorité de ses films est, à mon avis, assez peu convaincante en Natasha mais elle apporte une fraîcheur bienvenue qui fait oublier la sévérité de Mel Ferrer qui figure un prince Bolkonsky peu amène et la gaucherie d'Henry Fonda qui figure un Pierre Bezoukov hésitant et agaçant même s'il s'en sort tout de même plutôt bien!
Au final, cette adaptation est à voir : elle a le mérite, en plus d'un casting hors pair, de fournir un résumé assez complet de cette oeuvre gigantesque.

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