Adiga_HommeÉditions : Buchet Chastel - Traduction : de l'anglais (Inde) par Annick LE GOYAT -
Titre original : Last Man in Tower - Nombre de pages : 581

4ème de couverture :
À Bombay, tout le monde sait que la tour A de la résidence Vishram est un immeuble de bonne qualité… Et ce malgré les bidonvilles qui l’environnent et la proximité de l’aéroport. Mais voilà qu’un promoteur plein d’ambition projette de construire en lieu et place de cette tour un immeuble de grand luxe, et donc d’en exproprier les copropriétaires actuels. Même si la compensation financière offerte par le magnat du bâtiment est très généreuse, certains refusent de partir. Et comme personne ne touchera la moindre roupie tant que l’unanimité ne sera pas obtenue, la tension monte, les pressions s’intensifient. Bientôt seul résiste encore un professeur retraité, autrefois respecté de tous, contre qui voisins puis amis, aveuglés par la cupidité et la promesse d’un avenir radieux, vont se liguer, prêts à tout pour empocher leur argent…

Aravind_AdigaUn roman à suspense où sont décrits, d’une plume acérée et non sans humour, les désordres qui secouent la société indienne actuelle : bouleversements immobiliers, corruption généralisée, rêves illusoires de promotion sociale. À travers la destinée de personnages hauts en couleur se dessine le portrait sans concession d’une ville d’exception, Bombay, cité sans limites, où des gens ordinaires vont être poussés au bout des leurs.

Aravind Adiga est un journaliste et écrivain indien né à Chennai le 23 octobre 1974. Il signe ici son troisième ouvrage après Le Tigre blanc (lauréat du Booker Prize en 2008) et Les Ombres de Kittur. Chef de file de la jeune littérature indienne, il vit aujourd'hui à Bombay.

Mon avis :
"Après plus de quatre décennies de moussons, d'érosion, d'intempéries, de pollution et de vibrations mesurées mais constantes causées par les avions volant à basse altitude, la tour A court un risque raisonnable de s'effondrer à la prochaine mousson.
Cependant, personne, ni dans la copropriété concernée, ni dans les environs, ne croit véritablement à son effondrement.
L'immeuble de Vishram ressemble à ses habitants : il est viscéralement petit-bourgeois. [...], les hommes ont une bedaine modeste, portent une chemise en polyester sur un pantalon blanc, et les cheveux courts et huilés. Les femmes âgées sont en sari, salwar kameez ou jupe, les plus jeunes en jean. Tous paient leurs impôts, donnent de l'argent aux bonnes oeuvres et votent aux élections locales et nationales.
Il suffit d'un coup d'oeil à Vishram, le soir, quand ses habitants sont assis dans la cour sur des sièges en plastique, qu'ils bavardent et s'éventent avec le
Times of India, pour comprendre que cette propriété est pucca (de bonne qualité, solide, soignée)."
(Buchet Chastel - p.23)
Les habitants de la tour A de la résidence de Vishram vivent en bonne intelligence. Leur entente est d'ailleurs assez remarquable et ce malgré les différences culturelles et sociales. Ainsi, même si quelques éléments se distinguent parfois, la cordialité et l'harmonie règnent entre les voisins. Mais lorsqu'un gros promoteur immobilier leur propose de racheter leurs appartements à des prix bien au-dessus du marché afin de construire une résidence de luxe, le verni craque, les événements se déchaînent et les ententes se dégradent. Entre ceux qui veulent absolument vendre et ceux qui souhaitent rester, la guerre est déclarée ! Et ce ne sont pas les plus respectables qui se montrent les plus humains...

GrouillanteMumbaiEncore une fois, Aravind Adiga a su totalement me séduire avec ce troisième roman sorti en français de l'auteur. Il nous propose avec ce livre :
- une très belle plongée en plein coeur de Bombay. L'auteur décrit à merveille cette ville aux mille facettes et nous fait visualiser les lieux, entendre les sons incessants de la ville et de ses habitants et nous titille les narines avec les odeurs de la nourriture, la puanteur des bidonvilles et les mélanges doux-amers des rues. On y est !
- des personnages variés, très fouillés qui évoluent au cours du roman et nous donnent une bonne idée de la diversité des habitants de cette ville grouillante et débordante. Du professeur aimé de tous les voisins (au début du roman !) au promoteur immobilier sans scrupule en passant par le couple de retraités, la mère au foyer qui ne vit que pour le bien-être de son fils handicapé, la mère célibataire qui travaille dur pour élever ses enfants, la femme de ménage engluée dans ses soucis domestiques et j'en passe, Aravind Adiga dresse un portrait sans concession de la société bombayite/mumbaikar qui peut faire froid dans le dos. Alors, oui, les personnages sont agaçants, haïssables ou encore énervants et aucun n'est réellement attachant mais on plonge à corps perdu dans cette communauté variée et alors même que nous savons bien (depuis longtemps même) que l'homme est un prédateur pour l'homme, nous nous étonnons de voir à quel point la promesse d'une vie meilleure peut prendre le pas sur trente ans d'amitié : comment aurions-nous réagi, nous ? C'est bien vu et troublant de réalisme ! "Quelle est la définition d'une ville moribonde, Mrs Puri ? Je vais vous le dire puisque vous semblez l'ignorer. C'est une ville qui cesse de vous surprendre. Et c'est ce que Bombay est devenue. Mettez quelques billets sous le nez de quelqu'un et le voilà qui saute, danse, court nu dans les rues !" (Buchet Chastel - p.64)
- et une histoire loin d'être convenue.

Morceau choisi :
"Que cherchez-vous ?
Dans le marché permanent qui traverse les quartiers sud de Bombay, sous les banians, sur les trottoirs, sous les arcades des immeubles gothiques, là où l'on vend de la nourriture, des livres piratés, des parfums, des montres, des perles de méditation et des logiciels informatiques, une question circule, cent fois répétée aux touristes et aux autochtones, en hindi ou en anglais. Que cherchez-vous ? Lorsque vous arpentez les allées du souk de Colaba Causeway couvertes de bâche bleue, quand vous passez devant les pirates, au pied des créatures magiques qui forment les colonnes du temple zoroastrien du quartier du Fort, à chaque tournant quelqu'un vous demande : Que cherchez-vous ? Vous pouvez tout obtenir; articles indiens ou étrangers; objets ou humains. Et si vous n'avez pas d'argent, vous aurez peut-être autre chose à proposer en échange.
Seulement voilà, un homme doit vouloir quelque chose. Quiconque habite ici sait qu'une secousse fera trembler les îles, que le ciment de la ville s'effritera et que Bombay se retransformera en sept îlots étincelant dans la mer d'Arabie si jamais elle oublie de poser cette question : Que cherchez-vous ?
"
(Buchet Chastel - p.328)

A lire. ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation0_30

Val_aime_les_livres_challenge
Cette lecture entre bien évidemment dans le challenge de Val.