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Meyer_LesSoldatsDeLAubeÉditions : Points
Traduction : de l'anglais (Afrique du Sud) par Robert PEPIN
Titre original : Dead at Daybreak
Nombre de pages : 520

"Il se réveilla brutalement d'un sommeil détrempé d'alcool, ses côtes qui l'élançaient étant la première sensation consciente qui lui vint. Puis ce furent, là et là, son œil et sa lèvre supérieure qui avait enflé, l'odeur de moisi et de produits antiseptiques de la cellule, celle, aigrelette, de son corps, et le goût salé du sang et de la bière rance dans sa bouche.
Et le soulagement.
Des bouts et des morceaux de la soirée précédente lui revinrent vaguement à l'esprit, comme en flottant. La provocation, les mines agacées, la colère. Quelle bande d'enfoirés ! Absolument normaux et prévisibles ! Tout ce qu'il y avait de plus décent et conventionnel !"
(Points - p.9)
Afrique du Sud, 2001. Zatopeck (dit "Zet") Van Heerden se réveille en prison avec une gueule de bois lui fracassant le crane. Rien de bien nouveau pour cet ex-policier qui traîne sa déprime de bar en bar depuis la mort de son co-équipier et son éviction de la police. Sorti de cellule par un ex-collègue, celui-ci lui demande un service : enquêter pour le compte d'une avocate, Hope Beneke. Sa mission ? Retrouver le testament de Johannes Jacobus Smit, mort dix mois plus tôt d'une balle dans la tête. Ce testament permettrait à la compagne de Jan Smit d'hériter d'une somme substantielle, prix des dix années passées au côté de cet amant taciturne et secret. Très vite, l'enquête démontre que cet homme vivait sous une fausse identité et que l'argent lui ayant permis d'ouvrir son commerce avait une origine plus que douteuse.

Quel livre haletant ! Voilà un thriller que l'on ne peut lâcher avant la toute dernière page : le rythme est rapide, les événements s'enchaînent, les personnages sont intéressants, torturés, en proie à des démons intérieurs contre lesquels il est difficile de lutter, l'histoire sonne terriblement juste avec pour toile de fond cette toute jeune démocratie sud-africaine qui se cherche encore et doit apprendre à vivre avec son passé parfois peu glorieux et l'intrigue est impeccable, rondement menée (seul bémol, une fusillade un peu surnaturelle à laquelle on a un peu de mal à croire...). Que demander de plus ? Rien, c'est parfait !

Le roman alterne entre le récit de l'enquête et les écrits de Zet Van Herdeen dans son journal intime, seul moyen que le détective ait trouvé pour affronter son passé et les événements qu'il ne peut oublier. Et on apprend très vite que s'il tient encore debout, c'est grâce à sa mère et à l'amour qu'il a pour elle, elle qui a fait de Zet un homme cultivé, droit, avec une conscience aiguë du bien et du mal, très bon cuisinier à ses heures, et j'en passe... Un homme attachant donc qui ne demande qu'à être découvert. Cette confession, loin d'être inutile à l'enquête, éclaire le personnage d'un oeil introspectif intéressant et très évocateur, de quoi nous aider à comprendre les choix du détective durant l'enquête. Que dire de plus si ce n'est : "Précipitez-vous pour le lire !"

Un auteur à découvrir urgemment ! ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation05_30

 

Meyer_LameduChasseurÉditions : Points
Traduction : de l'anglais (Afrique du Sud) par Estelle ROUDET
Titre original : The Heart of the Hunter
Nombre de pages : 472

"Je ne crois pas qu'un homme puisse changer fondamentalement. Le mieux que l'on puisse faire, c'est de reconnaître la part de bien et de mal qui est en nous. Et de l'accepter. Parce qu'elle existe. Au moins en puissance. On vit dans un monde où le bien est glorifié et le mal méconnu. On peut changer de point de vue. Pas de nature." (Points - p.192)
Après avoir failli y passer en aidant Zet Van Herdeen lors de sa dernière enquête (cf. Les soldats de l'aube), Thobela Mpayipheli, dit "P'tit' a décidé de changer de vie. Le voilà maintenant deux ans plus tard, rangé, homme à tout faire dans un garage et vivant aux côtés de Miriam, l'amour de sa vie, et de son fils adoptif, Pakamile.
Mais lorsque Monica Kleintjes vient lui demander de l'aide au nom de l'amitié qui le lie à son père, les événements se bousculent. Cette intrusion brutale de son passé dans sa toute nouvelle vie aurait dû le faire réfléchir d'avantage mais la loyauté envers son ami est plus forte et l'oblige à accepter la mission : amener un disque dur à Lusaka pour libérer son ami. Mais les choses ne se déroulent pas comme prévu et, embarqué dans une course poursuite à travers toute l'Afrique du Sud, son passé d'agent secret du KGB le rattrape et en fait l'ennemi public n°1 des services secrets sud-africains actuels du pays. Le combat est engagé.

Comme avec les deux précédents livres que j'ai lus de cet auteur, une fois plongée dans l'histoire, il m'a été impossible d'en sortir. Le rythme et le changement incessant de point de vue à travers la multitude de personnages en font un roman haletant qui, malgré un sujet qui ne m'attirait pas du tout de prime abord (l'histoire des services secrets en Afrique du Sud), a su maintenir mon intérêt tout au long des près de cinq cents pages que constituent ce thriller passionnant.
Les personnages sont complexes, extrêmement bien décrits, psychologiquement intéressants : difficile d'y résister. Même les brutes ont une histoire qu'il convient d'écouter pour comprendre à défaut d'adhérer à leurs actes !
Par ailleurs, l'auteur profite de cette course poursuite à travers tout le pays pour nous faire découvrir la beauté de son pays : ses paysages grandioses et variés, ses animaux sauvages qui ne sont pas sans rappeler les hommes. Une ballade époustouflante de jour comme de nuit : on en redemande !

Au-delà du polar, et contrairement à ses deux premiers romans où le clivage blancs/noirs n'était même pas évoqué, Deon Meyer fait de la "Lutte" des noirs pour la liberté le thème principal de ce thriller et rappelle que, même si l'Apartheid n'existe plus officiellement, les blancs et les noirs ont encore beaucoup de mal à vivre sur un pied d'égalité : Xhosas, Zoulous, Blancs, Métis, Boers,... l'origine des hommes est étudiée à la loupe et il faudra encore beaucoup de temps au pays pour construire entre les différentes communautés une relation de confiance réciproque...

Morceau choisi :
"Le sang n'avait cessé de couler sur ce continent. Ici, où l'homme s'était enfin séparé du singe, où il avait imprimé ses premières empreintes dans une boue qui s'était ensuite fossilisée. Imposante rivières de glace qui avaient modifié le paysage et laissé derrière elle des monceaux de rochers aux allures grotesques, les glaciers mêmes n'avaient pu étancher ces flots de sang. La terre en était imprégnée. L'Afrique. Pas le continent noir, non. Le continent rouge. La mère nourricière. Celle qui donnait la vie sans compter. Et la mort en contrepartie, accouchant de prédateurs pour faire bonne mesure, de prédateurs sous toutes les formes, à travers les millénaires.
Jusqu'au jour où elle avait engendré le chasseur parfait, le prédateur qui avait enfin bouleversé l'équilibre, survécu aux périodes glaciaires, aux maladies et à la sécheresse, semant la ruine sans discontinuer, rejetant le pouvoir de la Nature et sa toute puissance. Les prédateurs bipèdes avaient accompli le grand coup d'Etat, le coup d'Etat cosmique, ils avaient conquis la planète et s'étaient ensuite entretués, Blancs contre Blancs, Noirs contre Noirs, Blancs contre Noirs."
(Points - p.129-130)

A lire de toute urgence... ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation05_30

Cet avis constitue mes 12ème et 13ème participations au challenge "Thrillers et Polars" de Liliba.

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