Gaines_Colereen_LouisianeÉditions : Liana Lévi - Piccolo - Traduction : de l'anglais (Etats-Unis) par Michelle HERPE-VOSLINSKY -
Titre original : A Gathering of Old Men - Nombre de pages : 252

4ème de couverture :
Dans la chaleur moite du bassin du Mississippi, un coup de fusil ébranle la plantation Marshall. Le Cajun Beau Boutan a été abattu devant la porte du vieux Mathu, un Noir indépendant et fier, que tout accuse. Pour sauver du lynchage celui qui l'a élevée, la fille du propriétaire, Candy Marshall, se déclare coupable. Puis, tour à tour, ouvriers agricoles et métayers noirs racontent le drame chacun à sa manière et s'accusent du crime. Au cours de cette veillée où les confessions se répondent, conflits et solidarités entre communautés se révèlent. Le plus faulknérien des romans de Gaines.

Gaines

A propos de l'auteur :
Ernest J. Gaines est né en 1933 dans une plantation de Louisiane. A neuf ans, il y ramasse des pommes de terre pour 50 cents par jour. A quinze, il rejoint la Californie et commence à lire avec passion, en regrettant que "son monde" ne figure pas dans les livres. Il décide d'écrire pour le mettre en scène et s'affirme vite comme un des auteurs majeurs du "roman du Sud". Le National Book Award, décerné en 1994 à Dites-leur que je suis un homme (A Lesson before Dying), ainsi qu'une nomination pour le prix Nobel de Littérature en 2004, récompensent l'ensemble d'une oeuvre magistrale.

Mon avis :
Beau Boutan est mort, étalé dans la cour du vieux Mathu. Beau est cajun, Mathu est noir, l'affaire est claire : Mathu a tué Beau. La famille de Beau va venir faire justice elle-même et réclamer le sang pour le sang, sa vengeance sera à l'image de Beau Boutan : brutale et sans appel... Candy Marshall, la fille du propriétaire blanc de la plantation est la seule à croire en l'innocence de Mathu qui l'a élevée comme sa fille et décide de le sauver du lynchage : elle déclare avoir tué Beau au shérif venu arrêter Mathu... Peu à peu, tous les habitants noirs de la plantation se réveillent de leur torpeur habituelle et décident eux aussi de soutenir Mathu en s'accusant également du crime. Cette fois-ci, ils feront face, ils ne s'enfuiront pas se cacher sous leur lit en attendant que la tempête passe. Fusils à la main, la peur au ventre, ils se rassemblent autour de Mathu et attendent, bien déterminés, l'arrivée de la famille de Beau... Une longue attente commence alors...

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Tout d'abord, une fois n'est pas coutume, je tiens à remercier chaleureusement Marilyne qui, une fois de plus, m'a permis de découvrir avec ce livre un auteur exceptionnel dont je n'avais jamais entendu parler avant qu'elle m'incite à le lire. Tu as encore une fois fait mouche, Marilyne !

Ce roman m'a littéralement scotchée, pris aux tripes et je n'ai pu que vibrer avec tous ces personnages qui, tour à tour, livrent leurs pensées, leurs appréhensions, leur détermination, leur besoin de faire changer les choses. Ils sont vieux, usés, ont été malmenés toute leur vie par les blancs, leur monde a presque entièrement disparu mais ils se tiennent debout, aux côtés de leurs camarades, bien décidés à faire preuve de courage, même si le courage n'est pas ce qui a caractérisé leur vie. Ils attendent, fermes, debouts, convaincus qu'ils ont, enfin, pris la bonne décision... Ils ne flancheront pas, même devant le shérif, surtout devant le shérif !

Avec ce roman choral, Ernest J. Gaines livre un roman passionnant ! Une quinzaine de personnages s’expriment tour à tour et nous donnent à voir, l'espace d'une petite journée leurs vies d'opprimés noirs dans le Sud des Etats-Unis, là où la modernité est arrivée et prend peu à peu le pas sur la vie harassante des champs mais où la ségrégation persiste encore et toujours. A quand la vraie égalité ?

Morceau choisi :
"- Comment qu'un homme sur un chariot avec des mules, de la chair et du sang, pourrait couper la route à un tracteur, une machine ? C'est pas possible. Pas possible. Mais c'est ce qu'ils ont dit. Et moi, comme j'avais peur, Tucker a dit en nous regardant, comme j'avais peur, même après avoir vu ce qui s'était passé, j'ai dit comme les Blancs. Par peur de souffrir un peu dans ma chair, j'ai battu mon propre frère avec une tige de canne même pareil que les Blancs." (Liana Lévi - piccolo - p.118)

A lire. ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation05_30