jaroslav-hasekÉditions : Folio poche - Traduction : du tchèque par Henry HOREJSI -
Titre original : Dobrý voják Švejk - Nombre de pages : 366

4ème de couverture :
«Vous n'auriez pas, par hasard, une ceinture sur vous pour que j'en finisse ?
- Si, et je vous la prêterai volontiers, répondit Chvéïk en quittant sa ceinture, d'autant plus que je n'ai encore jamais vu comment on fait pour se pendre dans une cellule. Ce qui est embêtant, continua-t-il en regardant autour de lui, c'est qu'il n'y a pas un seul piton ici.»

Mon avis :
"Une grande époque exige de grands hommes. Il y a des héros inconnus, obscurs, qui n'ont pas conquis la gloire de Napoléon et ne sont point comme lui entrés dans l'histoire. Et, cependant, leur caractère est si riche et si compliqué qu'ils mettraient à l'ombre Alexandre le Grand lui-même. Dans les rues de Prague vous pouvez rencontrer aujourd'hui un homme en débraillé, qui ignore quel rôle important il a joué dans l'histoire de cette grande époque nouvelle. Il suit paisiblement son chemin, sans déranger personne ni être dérangé par les journalistes, qui ne lui demandent aucune interview. Si vous l'interrogiez sur son nom, il vous répondrait de l'air le plus tranquille et le plus naturel du monde : "Je suis Chvéïk..." " (Folio poche - p.25). C'est ainsi que Jaroslav Hasek introduit son héros dans une préface qui ne dit pas tout l'humour et la dérision qui transparaîtront tout au long de la lecture de ce roman.

Svejk1914. A Sarajevo, l'archiduc François-Ferdinand est assassiné. Dès qu'il apprend la nouvelle, Chvéïk se précipite au café du coin pour commenter l'affaire autour d'un verre... et se retrouver en prison pour trahison et crime de lèse-majesté. Reconnu comme "idiot notoire", il est envoyé à l'asile où il ne reste que très peu de temps (bien qu'il ne s'y sente tout à fait à son aise) avant de retourner en prison. A sa sortie de prison, après quelques péripéties, il devient tampon d'un aumônier militaire alcoolique avant de devenir ordonnance auprès d'un lieutenant...
Tout au long de ses (mes)aventures, la vie semble se jouer de Chvéïk mais il ne se plaint jamais et semble même être satisfait de son sort tant il prend la vie avec beaucoup d'humour. En somme, c'est un brave gars que ne semblent atteindre ni les compliments ni les brimades... Mais lui qui "déclare avec obéissance" sans cesse aurait parfois été inspiré de se taire !

"Sérieusement, je ne comprendrais jamais pourquoi les fous se plaignent d'être si mal placés. C'est une maison où on peut se promener tout nu, hurler comme un chacal, être furieux à discrétion et mordre autant qu'on veut et tout ce qu'on veut. Il y a là-dedans une telle liberté que les socialistes n'ont jamais osé rêver rien d'aussi beau. [...] Pour tout dire, on vivait là-bas comme au paradis. Vous pouvez faire du chahut, hurler, chanter, pleurer, bêler, mugir, sauter, prier le Bon Dieu, cabrioler, marcher à quatre pattes, marche à cloche-pied, tourner comme une toupie, danser, galoper, rester accroupi toute la journée ou grimper aux murs. Personne ne vient vous déranger [...] Comme je vous le dis, on y est très bien, et les quelques jours que j'ai passés dans l'asile de fous sont les plus beaux de ma vie." (Folio poche - p.69-71).
Voilà un roman délicieusement drôle, bourré de personnages improbables mis dans des situations cocasses et l'irrévérence de l'auteur envers l'Autriche est palpable (n'oublions pas l'époque à laquelle a été écrit ce récit). Le début est particulièrement prenant, on tourne les pages sans même y penser, pressé de découvrir dans quel nouveau pétrin Chvéïk va encore se précipiter et on rit beaucoup. Cependant, dès que Chvéïk passe au service de l'aumônier, le rythme se ralentit, quelques lenteurs surviennent et on pourrait être tenté de lâcher le livre : ce serait dommage, la fin est grandiose !

Morceau choisi :
"- Chvéïk, habillez-vous; vous allez à l'interrogatoire !
- Je veux bien, répondit Chvéïk, ça sera de bon coeur, mais j'ai peur qu'ça ne soit par une erreur, parce que, moi, j'y suis déjà allé, à l'interrogatoire, et on m'a foutu à la porte. Et j'ai peur aussi que ces messieurs ici ne soient jaloux de m'y voir passer deux fois de suite, tandis qu'on les néglige et qu'on ne les appelle pas du tout."
(Folio - p.55-56)

A découvrir. ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation05_30lecture_notation0_30