Camilleri
Éditions : Le Livre de Poche - Traduction : de l'italien par Dominique VITTOZ -
Titre original : La concessione del telefono - Nombre de pages : 282

4ème de couverture :
Demander une ligne téléphonique : quoi de plus banal, pensera-t-on. Oui, mais pas en 1891. Et pas à Vigàta, bourgade de Sicile, relevant d'un préfet notoirement susceptible.
Le fringant Filippo Genuardi, qui s'est malencontreusement trompé d'une lettre en écrivant le nom dudit préfet, va sans le savoir être soupçonné d'agitation révolutionnaire. Et, par contrecoup, attirer sur lui le regard de la mafia locale...
Rebondissements, retournements, surprises : cette satire malicieuse de la mesquinerie et de la paranoïa humaines, qui sont éternelles, est menée tambour battant. Elle donne la mesure du talent d'Andrea Camilleri, devenu romancier après une carrière consacrée au théâtre, et qui connaît un grand succès en Italie.

Mon avis :
"Votre Excellence,
Le soussigné GENUARDI Filippo, fils de feu Giacomo Paolo et de Posacane Edelmira, né à Vigàta (province de Montelusa), le 3 septembre 1860 et domicilié 75 via dell'Unità d'Italia, de profession négociant en bois, désirerait prendre connaissance des démarches nécessaires pour obtenir la concession d'une ligne de téléphone à usage privé.
L'assurant de sa profonde reconnaissance pour l'attention qu'Elle aura la bonté d'accorder à sa demande, il prie Votre Excellence de bien vouloir agréer l'expression sincère de ses sentiments dévoués.
Genuardi Filippo "
(Le Livre de Poche - p.15).
Sicile, petite bourgade imaginaire de Vigàta, juin 1891. Genuardi Filipo, désireux d'obtenir la concession d'une ligne de téléphone à usage privé, écrit au préfet de Montelusa afin de connaître les démarches à entreprendre pour téléphoner de chez lui. Un mois plus tard, sans réponse de la préfecture, il envoie une seconde missive qui demeure, elle aussi, sans réponse. Tout juste deux mois après l'envoi de la première lettre, Genuardi Filippo récidive ne pouvant pas croire que le préfet ignore sciemment sa demande. Mais Genuardi Filippo, dit Pippo, est loin de se douter que ses trois innocentes lettres ont eu un effet dévastateur sur Vittorio Parascianno... euh, pardon, Marascianno, le préfet de Montelusa ! Non seulement ce type de renseignement ne relève pas des fonctions de la préfecture mais Pippo s'est trompé dans l'orthographe du nom du préfet; ce dernier est alors persuadé que Pippo se paie sa tête, pire, qu'un complot s'ourdit contre lui. Il lance une enquête... Et voilà comment Genuardi Filippo, sans même le savoir, se retrouve suspecté d'être un agitateur politique alors que, par ailleurs, et sans même s'en rendre compte, il fait du mafieux local son ennemi...

La Concession du téléphone est un livre que j'ai pris beaucoup de plaisir à lire. La construction, l'humour, la dérision, les personnages hauts en couleur, tout concoure à faire de ce court récit un roman drôle, rythmé et très coloré qui se dévore le sourire aux lèvres ! Utilisant un ton léger et amusant, l'auteur décrit avec beaucoup de finesse des personnages englués dans leur paranoïa, leurs mesquineries, leurs trahisons et leurs amours illicites... jusqu'à l'absurde ! La construction très originale du roman (pas de narration, juste une succession de chapitres de "choses écrites" et de chapitres de "choses dites") participe grandement au rythme enlevé de cette histoire loufoque qui ne manque pas de peps.

La Concession du téléphone est le deuxième roman que je lis d'Andrea Camilleri (j'ai adoré Maruzza Musumeci lu en 2010) et cette lecture confirme ma première impression sur cet auteur; son humour enchanteur n'a pas fini de me plaire !! ;-)

Morceau choisi :
" Depuis combien de temps ne t'es-tu pas confessée, Taninè ?
- Depuis que je me suis mariée, mon père.
- Si longtemps que ça ! Et pourquoi ?
- Ma foi, j'en sais rien. Il faut croire que mon mariage m'a détournée du droit chemin.
- Qu'est-ce que tu dis là ! Le mariage est un saint sacrement ! Comment un sacrement peut-il détourner des autres sacrements ?
- Vous avez raison, mon père. Alors, c'est peut-être que mon mari n'y tient pas plus que ça.
- Ton mari te dit de ne pas aller à l'église ?
- Du tout, il ne dit ni quoi ni qu'est-ce. Mais une fois que je sortais de chez nous pour aller à l'église, voilà qu'il se met à rire et qu'il me fait : 'Viens un peu par ici que je te donne les sacrements qu'il te faut". Vous avez raison, mon père. Alors, c'est peut-être que mon mari n'y tient pas plus que ça. Et on s'est retrouvés dans la chambre à coucher. Du coup, ça m'est sorti de la tête.
"
(Le Livre de Poche - p.125)

A découvrir. ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation0_30