Chandra
Éditions : Gallimard - Connaissance de l'Orient -
Traduction : du bengali (Inde) par France BHATTACHARYA -
Titre original : Kapalkundala - Nombre de pages : 144

4ème de couverture :
En 1605, sur une île déserte du delta du Gange, un jeune brahmane, abandonné par ses compagnons de voyage, va être sacrifié sur l'autel d'une terrible déesse par un ascète tantrique dévoyé. Sauvé par la fille adoptive du renonçant, qu'il épouse, il rencontre chemin faisant sa première femme, qu'il avait dû quitter, parce qu'elle s'était convertie à l'islam. Le récit se déplace alors à la cour d'Agra dans les derniers jours du règne de l'empereur moghol Akbar. Intrigues et amours se succèdent jusqu'au dénouement tragique dans les flots du fleuve. Le grand auteur bengali (1838-1894) écrit ici un de ses meilleurs romans, que dominent les figures de deux femmes exceptionnelles.

BankimChandraA propos de l'auteur :
Rishi Bankim Chandra Chattopadhyay (anglicisé en Bankim Chandra Chatterjee) est un écrivain, poète et journaliste né le 27 juin 1838 à Kantalpara et mort le 8 Avril 1894 à Calcutta. Après ses études à l'université de Calcutta, il devient fonctionnaire britannique. Il est l'auteur de treize romans dont La Femme de Rajmohan, La Fille du maître du fort, Celle qui portait des crânes en boucles d’oreilles, L'arbre vénéneux, Le Testament de Krishnokanto, Le Monastère de la félicité et Rajsimha le Magnifique.
Bankim Chandra Chatterji est reconnu comme une figure clé de la littérature indienne ayant inspiré de nombreux auteurs dont, notamment, Tagore.

Il est le compositeur de la très célèbre chanson indienne Vande Mataram qui personnifie la mère Inde et qui a largement inspiré le mouvement d'indépendance de l'Inde. (source : Wikipedia)

Mon avis :
Nabakumar, un jeune brahmane, est abandonné sur une plage déserte par ses compagnons de voyage. Secouru par un ascète tantrique, ce dernier veut le sacrifier à sa déesse. Sauvé in-extrémiste par la fille adoptive de l'ermite, il s'enfuit avec la jeune femme avant de l'épouser. Alors qu'il ramène sa jeune épouse Kapalkundala chez lui, il rencontre sa première épouse, Padmavati, mais ne la reconnaît pas. En effet, leurs familles avaient arrangé leur mariage alors qu'ils n'étaient encore que des enfants mais, peu après, le père de Padmavati avait dû, pour sauver sa famille, se convertir à l'Islam, brisant ainsi le mariage de sa fille. Padmavati, elle, reconnaît son époux et donne tous ses bijoux à la nouvelle épouse de Nabakumar sans se faire reconnaître de lui. Chacun continue alors son chemin... pour mieux se retrouver par la suite...

Femme_indienne"Si cette femme avait été d'une beauté parfaite, j'aurais dit au lecteur : "Elle est belle comme votre épouse", et à vous, belle lectrice : "Elle est belle comme votre reflet dans le miroir." Dans ce cas, la description se fut arrêtée là. Malheureusement, sa beauté n'était pas parfaite, il faut donc prendre le temps de la décrire." (Gallimard - p.58)
Celle qui portait des crânes en boucles d'oreilles est une histoire qui m'a totalement enchantée : un contexte historique qui me passionne, une histoire peu banale et belle, des personnages forts et une écriture simple mais soignée et très imagée, tout a participé à cet excellent moment de lecture !

Le récit mêle donc Histoire (l'action se déroule au début du XVIIè siècle alors qu'Akbar règne encore pour très peu de temps sur l'Inde Moghole, période de l'histoire indienne que j'affectionne tout particulièrement), traditions et destinées de deux personnages féminins très différentes l'une de l'autre mais dotées chacune d'un caractère bien trempé ! En effet, les deux épouses de Nabakumar sont loin d'être des femelles dociles contrairement à ce qu'on pourrait s'attendre d'héroïnes de roman prenant place à cette époque.
Padmavati, par son éducation libre de toute contrainte, sait ce qu'elle veut et comment l'obtenir. Elle côtoie les plus grands de son époque, notamment le prince Salim qui, à la mort de son père, deviendra le quatrième empereur moghol de l'Inde. Elle est également amie avec Meher-unissa qui jouera un rôle non négligeable dans la politique de l'Inde après son mariage avec Jahangir (voir les romans d'Indu Sundaresan : La Vingtième Epouse et Le Festin de Roses).
Kapalkundala, elle, est une enfant trouvée qui a passé toute sa vie dans une forêt sauvage auprès d'un ascète qui ne s'occupait guère d'elle. Elle ne connaît rien des usages de la vie en société, n'a peur de rien et n'a aucun préjugé ayant toujours vécue isolée du monde avant son mariage avec Nabakumar.
Ces deux femmes, pourtant très différentes, se ressemblent néanmoins par leur mépris des convenances et leur capacité à suivre leurs désirs sans se soucier du "qu'en dira-t-on"... et le pauvre Nabakumar devra bien faire avec !

Celle qui portait des crânes en boucles d'oreilles est un roman qui, pour moi, s'apparente aux contes de notre enfance et, pour en profiter pleinement, il faut le lire comme si on était encore enfant et qu'on écoutait une histoire avec des gentils, des méchants et une morale à la fin. Comme dans les histoires pour enfant, l'auteur ne laisse pas le lecteur dans le doute, toutes les actions et les pensées sont expliquées et l'auteur fait souvent appel au lecteur pour s'assurer de son attention et de sa bonne compréhension; de cette façon le lecteur sait parfaitement ce que voulait dire l'auteur. Peu de place à l'interprétation donc : on aime ou on aime pas, personnellement, j'ai adoré me plonger dans cette histoire.

Morceau choisi :
"Un jour, de façon inattendue, elle avait rencontré l'objet de son amour. Elle n'avait pas bien compris alors que c'était de l'amour. Mais la graine demeura. Puis, elle ne le revit plus. Son visage cependant se présenta maintes fois à sa mémoire, elle commença à trouver du plaisir à cette évocation. La graine devint une pousse. La passion pour ce visage l'enflamma. L'esprit est tel que plus on l'exerce sur un objet, plus il est enclin à y revenir. Cela lui devint naturel. Lutf-unissa se mit à contempler cette image jour et nuit. Elle éprouva un désir fou de voir ce visage en réalité. Aussitôt, le flot de cette envie devint irrésistible. Le désir du trône de Dehli perdit de sa force en comparaison. Ce trône disparut derrière l'éclat des feux qu'allumaient les flèches du dieu de l'Amour. Abandonnant royaume, capitale et trône, elle se précipita pour voir son aimé, et ce bien-aimé était Nabakumar." (Gallimard - p.99-100)

A lire ! ;-)

Plaisir de lecture : lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation1_30lecture_notation0_30

Val_aime_les_livres_challengeCette lecture entre bien évidemment dans le challenge de Val.